Émilienne MOREAU-ÉVRARD (1898-1971)

Née un 4 juin

Émilienne MOREAU-ÉVRARD

1898-1971

    Héroïne de guerre, une des femmes les plus décorées de l’histoire de France. À seulement 17 ans, lors de la Bataille de Loos en 1915, elle s’illustre par son courage héroïque en guidant les soldats écossais sous le feu ennemi et en abattant elle-même plusieurs soldats allemands pour défendre sa maison. Ce fait d’armes lui vaut d’être la première femme à recevoir la Croix de guerre avec palme. Dans sa maison transformée en poste de secours, elle avait soigné les blessés aux côtés des infirmiers britanniques : Londres lui décerne la Military Medal et la Croix-Rouge royale, distinctions rarissimes pour une civile étrangère, et la presse alliée célèbre dans le monde entier la « Jeanne d'Arc de Loos », dont le cinéma s'empare dès 1916. Durant l’Entre-deux-guerres, elle milite activement au sein du Parti socialiste (SFIO). Lors de la Seconde Guerre mondiale, elle entre immédiatement en résistance avec son mari sous le pseudonyme d’Émilienne la Blonde. Membre du réseau Brutus, elle organise des évasions et assure des liaisons risquées entre la zone sud et Londres. Traquée par la Gestapo, contrainte de changer sans cesse d'identité, elle poursuit ses missions jusqu'à la Libération. Son engagement infatigable lui vaut d’être l’une des rares femmes (seulement six au total) à être faite Compagnon de la Libération par le général de Gaulle. Elle incarne la figure de la « combattante totale », ayant lutté les armes à la main lors de deux conflits mondiaux. Elle a raconté ses deux guerres dans « La Guerre buissonnière », parue un an avant sa mort.

    En complément : https://www.ordredelaliberation.fr/fr/les-femmes-et-les-hommes-compagnon-de-la-liberation

    Anne-Marcelle KAHN (1896-1965) Ingénieure – France

    Première femme de France diplômée d'une grande école d'ingénieurs, elle a forcé seule les portes d'un monde qui se croyait à jamais masculin. Née Anne-Marcelle Schrameck à Paris, fille d'Abraham Schrameck — préfet puis ministre de l'Intérieur de la IIIe République —, elle obtient en 1917, à force de volonté et avec l'appui de son père, son admission à l'École des mines de Saint-Étienne : l'administration de l'école s'y oppose, jugeant les carrières minières « pratiquement inaccessibles aux femmes », mais le ministère des Travaux publics tranche en sa faveur. En 1919, elle décroche son diplôme d'ingénieur civil des mines — il faudra attendre 1971, cinquante-deux ans, pour qu'une autre femme entre dans l'école. Ingénieure aux établissements chimiques Kuhlmann en Lorraine dès 1920, autrice de travaux remarqués sur l'organisation du travail, elle épouse Louis Kahn, ingénieur du génie maritime qui deviendra le premier amiral juif de France, et le suit de Brest à Saïgon. En 1941, quand les lois antijuives de Vichy révoquent son mari, elle franchit seule les Pyrénées avec leurs deux jeunes enfants, sous une fausse identité, pour rejoindre la France libre ; elle sert ensuite l'administration à Alger, puis à Paris à la Libération. Morte à Paris le 28 juin 1965, elle reste, pour toutes les ingénieures de France, celle qui a ouvert la voie.

    Yvette AMICE (1936-1993) Mathématicienne – France

    Yvette Amice entre en 1956 à l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres et obtient l'agrégation de mathématiques en 1959. En 1963, elle soutient sous la direction de Charles Pisot une thèse sur l'interpolation p-adique ; ses travaux lui valent la médaille Albert-Châtelet. Elle donne en 1966 le cours Peccot au Collège de France. Professeure aux universités de Bordeaux et de Poitiers, puis à Paris-Diderot à partir de 1970, elle dirige le département de mathématiques de l'École normale supérieure de jeunes filles, ainsi que celui de Paris-Diderot, dont elle est vice-présidente de 1978 à 1981. Spécialiste de l'analyse p-adique à une époque où ce domaine suscite un intérêt nouveau, elle fonde une école française sur le sujet et publie en 1975 Les nombres p-adiques. À partir de 1973, elle anime avec Philippe Robba un séminaire consacré à l'analyse ultramétrique à l'Institut Henri-Poincaré. En 1975, elle préside la Société mathématique de France et participe à la création du Centre international de rencontres mathématiques de Luminy, à Marseille. Chevalière de la Légion d'honneur en 1991, elle meurt en 1993 ; un colloque est organisé à sa mémoire l'année suivante. Son nom figure parmi les 72 femmes scientifiques retenues pour la tour Eiffel.

    Suzanne CIANI (1946) Compositrice – Musicienne – États-Unis

    Compositrice et pianiste, surnommée la « diva de la diode », elle est l'une des grandes pionnières de la musique électronique aux États-Unis. Élevée près de Boston dans une famille d'origine italienne, elle commence le piano à six ans, étudie la musique classique au Wellesley College, puis la composition à l'université de Californie à Berkeley. Elle y découvre les synthétiseurs de l'inventeur Don Buchla et travaille dans son atelier à souder des circuits, pour trois dollars de l'heure, afin de pouvoir s'offrir son propre instrument. Installée à New York en 1974, elle vit d'abord dans la précarité, avant de fonder sa société Ciani/Musica et de devenir une créatrice sonore très recherchée par la publicité : on lui doit notamment le son d'une bouteille de Coca-Cola que l'on ouvre et que l'on verse, ainsi que les logos sonores d'ABC et d'Energizer. En 1979, elle prête sa voix au flipper « Xenon », la première voix féminine entendue dans un jeu de flipper. En 1981, elle signe la musique du film « The Incredible Shrinking Woman » avec Lily Tomlin, considérée comme la première bande originale d'un film hollywoodien composée par une femme seule. Son premier album, « Seven Waves », marie synthétiseurs et bruit des vagues, et elle est nommée cinq fois aux Grammy Awards. Guérie d'un cancer du sein diagnostiqué en 1992, elle s'installe en Californie et fonde son propre label. En 2017, elle devient la première femme à recevoir le prix de l'innovation Moog.

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