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Née un 13 août
Grace Elizabeth BATES
1914-1996
Spécialisée en probabilités et en statistique, elle fut l’une des rares femmes à obtenir un doctorat dans ce domaine à la fin des années 1940. Ses travaux de recherche, menés avec Jerzy Neyman, ont révolutionné l’étude des distributions statistiques complexes. Elle a consacré plus de trente ans de sa vie à l’enseignement au prestigieux Mount Holyoke College. En tant que directrice de département, elle a activement promu l’accès des femmes aux carrières mathématiques. Ses publications sur le système des nombres réels font encore autorité dans l’enseignement des mathématiques supérieures. Elle a su appliquer la théorie des probabilités à des problématiques biologiques et sociales avec une grande précision. Membre honorée de l’AAAS, elle a marqué la communauté scientifique par sa rigueur et son dévouement pédagogique. Son influence se ressent encore aujourd’hui dans la manière dont les statistiques sont enseignées aux États-Unis. Grace Bates demeure un modèle de persévérance et d’excellence pour toutes les mathématiciennes contemporaines.
Théroigne de MERICOURT (1762-1817) Politique – Belgique
Révolutionnaire, personnalité flamboyante de la Révolution française, issue d’un milieu paysan aisé, elle fuit une situation familiale difficile, mène une vie d’aventurière à travers l’Europe et s’installe à Paris en 1789, emportée par le souffle de la liberté. Dès les premiers jours de la Révolution, elle se fait remarquer en assistant en tribune aux débats de l’Assemblée nationale et en fondant le « Club des Amis de la loi », promouvant l’éducation du peuple. Vêtue de son célèbre habit d’amazone rouge ou blanc et coiffée d’un chapeau d’homme, elle devient une icône populaire, injustement accusée par la presse royaliste d’avoir mené les journées d’octobre 1780. En 1792, alors que la patrie est proclamée en danger, elle milite avec ferveur pour le droit des femmes à s’organiser en corps armés et à porter les armes pour défendre la Révolution, prononçant des discours mémorables. Proche des Girondins et partisane d’une république modérée, elle s’oppose à la dérive violente des Montagnards et aux excès des révolutionnaires les plus radicaux. Le 15 mai 1793, devant les portes de la Convention, elle est prise à partie par un groupe de femmes jacobines, les « Tricoteuses », qui l’humilient publiquement en la fustigeant et en la dénudant. Ce traumatisme physique et psychologique d’une violence extrême brise définitivement sa raison et ne guérira jamais. Arrêtée puis déclarée aliénée, elle passe les vingt dernières années de sa vie recluse dans différents asiles, notamment à l’hôpital de la Salpêtrière. En savoir plus : https://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/26287415
Bchira BEN MRAD (1913-1993) Politique – Tunisie
Pionnière du mouvement féministe tunisien, née en 1913 dans une grande famille d'érudits de Tunis — son père, le cheikh Mohamed Salah Ben Mrad, était une figure religieuse de premier plan —, elle a consacré sa vie à l'instruction et à l'émancipation des femmes de son pays. En 1936, après le succès d'une grande collecte qu'elle organise au profit des étudiants maghrébins de France, elle fonde l'Union musulmane des femmes de Tunisie, toute première organisation féminine tunisienne, qu'elle préside pendant vingt ans. Sous sa direction, l'Union œuvre pour la scolarisation des filles, vient en aide aux familles démunies, soutient les étudiantes et mobilise les Tunisiennes aux côtés du mouvement national pour l'indépendance, réunissant lors de ses grandes manifestations des milliers de personnes. En 1956, au lendemain de l'indépendance qu'elle avait tant appelée de ses vœux, son association est dissoute au profit d'une nouvelle organisation officielle, sans que son rôle fondateur soit reconnu ; elle se retire alors de la vie publique avec la même dignité qui avait marqué son engagement. La reconnaissance viendra tardivement : commandeur de l'ordre de l'Indépendance en 1989, elle s'éteint le 4 mai 1993, et la Tunisie honorera ensuite sa mémoire par un timbre à son effigie et des rues à son nom. Première Tunisienne à avoir donné aux femmes de son pays une voix collective et organisée, elle demeure l'un des visages fondateurs du féminisme maghrébin.
Francesca SERIO (1903-1992) Politique – Italie
Elle s'impose comme une figure héroïque et pionnière de la lutte antimafia pour avoir été la première femme à rompre ouvertement la loi du silence et à porter plainte contre les chefs du crime organisé. Issue d'un milieu rural très modeste, elle élève seule son fils unique Salvatore Carnevale en travaillant durement comme ouvrière agricole. Son fils devient rapidement un syndicaliste engagé qui défend sans relâche les droits des paysans exploités et réclame la réforme agraire ainsi que la journée de travail de huit heures face aux propriétaires terriens alliés à la mafia. En mai 1955, le jeune militant est lâchement assassiné dans une embuscade alors qu'il se rend au travail. Refusant la fatalité, le deuil passif et la loi de l'omertà qui paralyse sa communauté, elle fait le choix historique de se dresser publiquement contre les assassins. Vêtue de noir, elle se rend directement auprès des autorités judiciaires pour désigner explicitement les commanditaires et les exécutants du crime, portant plainte avec constitution de partie civile. Son courage exemplaire transforme le procès en un événement politique d'une portée nationale, attirant le soutien d'avocats engagés et de figures intellectuelles majeures comme Carlo Levi. Bien que les prévenus soient finalement acquittés en appel après des années de batailles judiciaires éprouvantes, son combat ébranle profondément le pouvoir mafieux et brise le mythe de son intouchabilité. Devenue une icône du mouvement paysan et du droit à la justice, elle parcourt le pays pour témoigner, sensibiliser l'opinion publique et encourager les victimes à parler. Francesca Serio s'éteint à l'âge de 88 ans en léguant l'héritage fondamental d'une mère courage dont la détermination a ouvert la voie au militantisme civil antimafia moderne.