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Née un 8 octobre
Harriet TAYLOR MILL
1807-1858
Féministe dont l’influence intellectuelle sur la pensée libérale du XIXe siècle a longtemps été occultée par la renommée de son second mari, John Stuart Mill. Issue d’un milieu unitaire, elle développe très tôt une critique radicale des conventions sociales qui enchaînent les femmes, tant sur le plan juridique que domestique. Sa relation avec Mill, débutée alors qu’elle était encore mariée à John Taylor, fut un partenariat intellectuel d’une rare intensité, fondé sur une égalité totale et une révision mutuelle de leurs écrits. Elle est l’autrice principale de l’essai L’Affranchissement des femmes (1851), souvent attribué à son mari, où elle revendique non seulement le droit de vote, mais aussi l’accès des femmes à toutes les professions et à l’éducation supérieure. Mill lui-même a reconnu que ses œuvres majeures, notamment De la liberté et L’Assujettissement des femmes, étaient le fruit de leur collaboration étroite et de l’originalité de la pensée de Harriet. Elle plaidait pour une réforme profonde du mariage, qu’elle considérait comme une forme d’esclavage légal, et défendait l’idée que l’égalité des sexes était la condition sine qua non du progrès de l’humanité. Sa mort prématurée à Avignon a laissé John Stuart Mill dévasté, ce dernier consacrant le reste de sa vie à porter leurs idéaux communs sur la scène publique. Longtemps reléguée au rôle de simple « muse », les recherches contemporaines ont réhabilité son statut de philosophe de plein droit. Son héritage réside dans une vision du libéralisme qui intègre pleinement l’autonomie individuelle des femmes. Elle demeure une figure de proue de la première vague féministe, ayant posé les jalons théoriques de l’égalité civile moderne.
Charlotte BÉQUIGNON-LAGARDE (1900-1993) Magistrate – Juriste – France
Licenciée en droit à Caen en 1922, docteure en 1925 avec une thèse sur la dette en monnaie étrangère, elle devient en 1931, à trente et un ans, la première femme agrégée de droit privé en France. Elle enseigne seize ans à la faculté de Rennes tout en élevant six enfants. La loi du 11 avril 1946 ouvre enfin la magistrature aux femmes en une phrase : « tout Français, de l'un ou l'autre sexe, peut accéder à la magistrature ». Six mois plus tard, le décret du 10 octobre 1946 l'intègre directement à la Cour de cassation : elle est la première magistrate française, et elle entre par le sommet. Affectée à la chambre sociale, elle y juge pendant près de vingt ans le droit du travail d'un pays en reconstruction. Elle siège au Tribunal des conflits à partir de 1959 et en devient vice-présidente jusqu'à son départ, en 1965. Elle est morte à quatre-vingt-douze ans, au bord du lac d'Annecy, après avoir ouvert aux femmes une profession qui en compte aujourd'hui une majorité.