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Née un 30 janvier
Linda NOCHLIN
1931-2017
Universitaire, considérée comme la pionnière de l’histoire de l’art féministe qui introduit la discipline dès 1971 avec la publication de son essai révolutionnaire : Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grandes femmes artistes ? (Why Have There Been No Great Women Artists?). Dans ce texte fondateur, elle démontre que l’absence de femmes au sommet du canon artistique n’est pas due à un manque de génie naturel, mais à des barrières institutionnelles, sociales et éducatives qui leur ont bloqué l’accès aux académies et aux ateliers pendant des siècles. Par cette approche novatrice, elle a profondément transformé la recherche universitaire en appliquant une grille de lecture sociologique et politique à l’analyse des œuvres. Professeure émérite dans de prestigieuses institutions comme l’université de New York (NYU) et Yale, elle a également consacré ses travaux au réalisme du XIXe siècle, notamment à l’œuvre de Gustave Courbet. En tant que commissaire d’expositions majeures, elle a mis en lumière des générations d’artistes femmes oubliées par l’histoire officielle. Son héritage intellectuel reste une référence incontournable pour repenser la place du genre et du pouvoir dans la culture visuelle.
Amrita SHER-GIL (1913-1941) Peintre – Inde
Fille d'un aristocrate sikh érudit et d'une chanteuse d'opéra hongroise, née à Budapest, formée à Paris à l'École des beaux-arts dès seize ans, elle éblouit très tôt : en 1933, elle est la plus jeune artiste — et la seule Asiatique — élue associée du Grand Salon de Paris. Mais c'est en rentrant en Inde en 1934 qu'elle trouve sa voie : mêlant la leçon de Gauguin et Cézanne aux fresques d'Ajanta et aux miniatures mogholes, elle peint la vie des humbles — villageoises voilées, jeunes mariées, mendiants — avec une gravité et une couleur inédites. « L'Inde n'appartient qu'à moi », écrit cette pionnière flamboyante, bisexuelle assumée et esprit libre qui scandalise et fascine. Morte brutalement à Lahore le 5 décembre 1941, à 28 ans, à la veille de sa première grande exposition, elle laisse une œuvre déclarée trésor national : la plus grande peintre moderne de l'Inde, souvent appelée la « Frida Kahlo indienne ». Son autoportrait de 1930, ci-contre, la montre à dix-sept ans.
Elvia CARRILLO PUERTO (1881-1965) Politique – Mexique
Sixième des quatorze enfants d'un quincaillier de Motul, dans le Yucatán, elle se forme seule après l'école des filles, en lisant la revue de l'institutrice et poétesse Rita Cetina Gutiérrez, et devient maîtresse d'école. Mariée à dix-neuf ans, séparée à trente et un, elle prend les armes en 1910 dans la rébellion de Dzelkoop contre l'homme de paille des trente familles qui tiennent le henequén et le Yucatán. Son surnom lui vient de là : la Moniale rouge du Mayab. Exilée une première fois à Mexico, elle fonde la Ligue féministe Rita-Cetina, qui en essaimera soixante-cinq : ces ligues alphabétisent, ouvrent une école du soir pour les femmes, publient deux revues et tiennent des réunions hebdomadaires sur l'hygiène, l'éducation et le contrôle des naissances, à quoi elle ajoute en 1923, devant le Congrès panaméricain des femmes, la revendication pour chaque femme de disposer de son corps. La même année, elle est élue députée au Congrès du Yucatán avec Beatriz Peniche et Raquel Dzib : les trois premières femmes élues du Mexique, dans un pays où les femmes n'ont pas le droit de vote. Son frère Felipe, gouverneur, est assassiné en janvier 1924 ; harcelée, elle doit abandonner son siège après trois quinzaines de salaire. Élue à nouveau à San Luis Potosí en 1925, elle voit son élection annulée. Elle se battra trente ans encore : les Mexicaines votent en 1953, elle a soixante-douze ans.