Marie de GOURNAY (1565-1645)

Née un 6 octobre

Marie de GOURNAY

1565-1645

    Traductrice, grande érudite au tournant du XVIIe siècle, elle est une autodidacte passionnée et apprend seule le latin et le grec avant de se lier d’une amitié intellectuelle profonde avec Michel de Montaigne, dont elle devient la « fille d’alliance ». Après la mort de ce dernier, elle consacre une grande partie de sa vie à l’édition et à la promotion des Essais, publiant en 1595 la première édition posthume augmentée, sauvant ainsi l’œuvre de l’oubli. Pionnière du féminisme, elle publie en 1622 Égalité des hommes et des femmes, où elle soutient que l’infériorité féminine n’est pas naturelle mais résulte d’un manque d’accès à l’éducation. Dans son traité Le Grief des dames (1626), elle dénonce avec une ironie cinglante la condescendance des intellectuels masculins de son époque. Linguiste rigoureuse, elle s’oppose à l’épuration de la langue française prônée par Malherbe, défendant la richesse des termes anciens et la liberté de création verbale. Malgré les moqueries incessantes de ses contemporains qui la caricaturaient en vieille fille excentrique, elle parvient à vivre de sa plume, un exploit rare pour une femme de son rang. Elle fréquente les salons les plus prestigieux et reçoit une pension de Louis XIII en reconnaissance de ses travaux littéraires. Son œuvre, redécouverte au XXe siècle, témoigne d’une pensée d’une modernité frappante sur la justice sociale et l’autonomie intellectuelle. Elle reste aujourd’hui le symbole de la résistance savante face aux préjugés de genre dans le monde des lettres. Ses écrits constituent un pont essentiel entre l’humanisme de la Renaissance et le rationalisme des Lumières.

    Neus CATALÀ (1915-2019) Résistante – Espagne

    Née à Els Guiamets, en Catalogne, infirmière engagée pendant la guerre d'Espagne, elle fait passer la frontière française en février 1939 aux 182 enfants de la colonie qu'elle dirige. Réfugiée dans le sud-ouest de la France, elle entre dans la Résistance : sa maison sert de refuge au maquis, elle transporte messages, faux papiers et armes. Arrêtée en 1943, emprisonnée à Limoges, elle est déportée en 1944 à Ravensbrück puis au kommando de Holleischen, où elle rejoint le « commando des paresseuses » : ces femmes sabotent la production de munitions en cadence ralentie et en pièces défectueuses — des millions de balles rendues inutilisables. Libérée en 1945, elle poursuit le combat antifranquiste depuis la France, publie « De la résistance et la déportation » et préside l'Amicale de Ravensbrück, consacrant sa très longue vie à la mémoire des 92 000 femmes mortes dans ce camp. Médaille d'or de la Generalitat de Catalogne, elle s'éteint le 13 avril 2019 dans son village natal, à 103 ans, dernière survivante espagnole de Ravensbrück.

    Fannie Lou HAMER (1917-1977) Politique – États-Unis

    « Je suis fatiguée d'être fatiguée. » Dernière-née des vingt enfants d'une famille de métayers du Mississippi, aux champs de coton dès six ans, stérilisée à son insu lors d'une opération — la « Mississippi appendectomy » infligée aux femmes noires —, elle découvre à quarante-quatre ans que la Constitution lui donne le droit de vote. Sa tentative d'inscription en 1962 lui vaut d'être chassée de sa plantation et visée par des tirs. Elle s'engage corps et âme : en 1963, dans la prison de Winona, elle est battue presque à mort — séquelles à vie. Rien ne l'arrête. Cofondatrice du Parti démocrate de la liberté du Mississippi, elle témoigne en direct à la convention de 1964 avec une force telle que le président Johnson interrompt les programmes pour détourner les caméras — en vain : l'Amérique l'a entendue. Organisatrice, oratrice au verbe biblique, fondatrice d'une coopérative agricole pour les familles pauvres, elle est morte épuisée à cinquante-neuf ans, légende du mouvement.

    Odile CROISSANT (1923-2020) Biologiste – France

    Odile Croissant entre en 1942 à l'Institut Pasteur comme secrétaire et laborantine au laboratoire du typhus, et gravit tous les échelons jusqu'à devenir chercheuse, en se formant tout au long de sa vie. En 1945, au service des virus de Pierre Lépine, elle est initiée à la microscopie électronique par les physiciens qui ont conçu le premier microscope électronique français. Ses stages à Delft, au laboratoire Cavendish de Cambridge, à Montréal puis aux National Institutes of Health américains font d'elle une experte. Physicienne-préparatrice à partir de 1949, elle forme de nombreux élèves aux techniques de coupes ultrafines et enseigne la microscopie appliquée à l'étude des cellules et des virus. En décembre 1954, lors de l'épidémie de variole de Vannes, c'est à elle qu'on confie l'identification du virus à partir des prélèvements des patients. Chargée de recherche au CNRS en 1964, puis maîtresse de recherches en 1972, elle collabore avec l'équipe de Gérard Orth sur les papillomavirus humains. Elle est l'une des premières à mettre au point des techniques de détection in situ des acides nucléiques viraux et contribue à la première carte physique du HPV1, seul papillomavirus humain alors connu. À l'Unité des papillomavirus de l'Institut Pasteur, elle participe aux travaux pionniers qui révèlent la multiplicité de ces virus et leur potentiel cancérigène. Elle meurt en 2020, à 96 ans. Son nom sera inscrit sur la tour Eiffel.

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