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Née un 30 août
Nancy WAKE
1912-2011
Une des espionnes les plus redoutables et insaisissables de la Seconde Guerre mondiale. Surnommée la « Souris blanche » par la Gestapo, elle a orchestré l’évasion de centaines de soldats alliés depuis Marseille. Après avoir fui la France, elle a intégré les services secrets britanniques pour devenir une combattante d’élite parachutée en Auvergne. Chef de guerre charismatique, elle a dirigé des milliers de maquisards dans des opérations de sabotage contre l’armée allemande. Sa maîtrise du combat et son sang-froid lui ont permis de survivre aux missions les plus périlleuses derrière les lignes ennemies. Elle a sacrifié sa vie privée et son confort pour la liberté de la France, perdant son mari dans la lutte. Décorée de la Légion d’honneur et de la Médaille de la Liberté, elle demeure une héroïne nationale en Australie et en France. Sa ténacité physique et morale en a fait une légende de la guérilla urbaine et rurale. Jusqu’à sa mort à l’âge de 98 ans en 2011, elle a porté haut les valeurs de la résistance et de l’antifascisme. Ses cendres ont été dispersées en Auvergne, sur les terres qu’elle a contribué à libérer.
Mary SHELLEY (1797-1851) Femme de lettres – Royaume-Uni
Romancière visionnaire et considérée comme la créatrice de la science-fiction moderne. Née dans un milieu érudit, elle a baigné dès l’enfance dans une culture d’indépendance d’esprit, sa mère n’est autre que Mary Wollstonecraft (également sur ce site 27 avril). Son chef-d’œuvre, « Frankenstein », est né d’un défi littéraire lancé lors d’un séjour en Suisse. À travers ce récit, elle a posé les bases de la réflexion éthique sur les manipulations scientifiques qui l’intéressaient. Elle fut l’une des premières à explorer le genre post-apocalyptique avec son roman « Le Dernier Homme ». Sa vie personnelle fut marquée par des tragédies successives qui ont nourri la mélancolie de son œuvre. Elle a brillamment navigué au sein du mouvement romantique tout en affirmant sa propre voix littéraire. En tant que biographe et éditrice, elle a aussi assuré la postérité des poèmes de Percy Shelley. Son génie réside dans sa capacité à mêler l’horreur gothique à des questionnements philosophiques profonds. Mary Shelley reste aujourd’hui une icône de la littérature mondiale dont les mythes continuent de nous hanter. En savoir plus : Avoir raison avec Mary Shelley (France Culture)
Anna POLITKOVSKAÏA (1958-2006) Journaliste – Russie
Journaliste d'investigation russe, voix des sans-voix de la guerre de Tchétchénie, elle est devenue par son assassinat le symbole mondial du prix de la vérité. Née à New York de parents diplomates soviétiques d'origine ukrainienne, formée au journalisme à l'université de Moscou, elle rejoint en 1999 la rédaction de la Novaïa Gazeta, l'un des derniers journaux indépendants de Russie. Pendant sept ans, elle se rend inlassablement en Tchétchénie en guerre, là où presque plus personne n'ose aller : elle documente les exactions, les tortures et les disparitions, recueille la parole des civils broyés et publie ce que le pouvoir veut taire. En 2002, les preneurs d'otages du théâtre de Moscou la réclament comme négociatrice ; en 2004, elle est empoisonnée dans l'avion qui l'emmène vers la prise d'otages de Beslan. Ses livres, de « Tchétchénie, le déshonneur russe » à « La Russie selon Poutine », dénoncent la dérive autoritaire de son pays. Menacée sans relâche, elle refuse l'exil. Le 7 octobre 2006 — jour de l'anniversaire de Vladimir Poutine —, elle est abattue dans l'ascenseur de son immeuble moscovite ; les exécutants seront condamnés, les commanditaires jamais nommés. Chaque année depuis, le prix Anna-Politkovskaïa honore une défenseure des droits humains en danger : la voix qu'on a voulu éteindre s'est démultipliée.
Marie-Rose ASTIÉ DE VALSAYRE (1846-1915) Politique – France
Violoniste et compositrice sous le nom de scène Marie de Valsayre, infirmière pendant la guerre de 1870, journaliste et secrétaire d'Émile de Girardin : elle mène plusieurs vies avant de faire scandale. En 1886, elle croise le fer à Waterloo contre une Américaine, Miss Shelby, pour défendre l'honneur des femmes médecins françaises — un duel à l'épée dont toute la presse parle. L'année suivante, elle adresse aux députés une pétition réclamant l'abrogation de l'ordonnance de 1800 qui interdit aux femmes de porter le pantalon sans autorisation de la préfecture de police : hygiène, économie, liberté de travailler, tous ses arguments visent la même chose, rendre aux femmes la disposition de leur corps. Elle fonde la Ligue socialiste des femmes (1889) puis la Ligue de l'affranchissement des femmes (1890), réclame l'égalité des salaires, l'accès de toutes aux études et l'inscription des femmes sur les listes électorales. Escrimeuse, cycliste, vêtue en homme, signant sous une dizaine de pseudonymes, elle est la cible des caricaturistes de son temps, qui la croquent en culotte sous le titre « Les femmes porteront-elles la culotte ? ». L'ordonnance qu'elle attaquait n'a été officiellement abrogée qu'en 2013 — cent vingt-six ans après sa pétition.
Emilie FLÖGE (1874-1952) Styliste – Entrepreneuse – Autriche
Fille d'un maître tourneur viennois fabricant de pipes en écume, elle apprend d'abord le métier de couturière. À trente ans, elle s'établit créatrice de mode et dirige à partir de 1904, avec ses sœurs Helene et Pauline, le salon de haute couture Schwestern Flöge, dans la maison Casa Piccola de la Mariahilfer Straße. Josef Hoffmann et Koloman Moser en dessinent l'aménagement en style Sécession ; elle y présente des modèles conformes au goût des Wiener Werkstätte et rapporte de ses voyages à Londres et à Paris ce qui se fait ailleurs. Au sommet, elle emploie jusqu'à quatre-vingts couturières, et son salon devient le rendez-vous de la société viennoise. Gustav Klimt, frère du mari de sa sœur, la peint depuis 1891 ; des spécialistes pensent que c'est elle et lui qu'il a représentés en amants dans Le Baiser. Il aurait dessiné pour son salon quelques « robes de réforme », ces vêtements sans corset que réclamaient les féministes, mais les sœurs Flöge en concevaient elles-mêmes. Ils passent ensemble presque tous les étés de 1900 à 1916 sur l'Attersee, avec la famille Flöge. Le portrait qu'il fait d'elle seule en 1902 ne lui plaît pas ; il promet de recommencer et ne le fera jamais, et vend la toile en 1908 au musée de Basse-Autriche ; elle est aujourd'hui au Wien Museum. Après l'annexion de l'Autriche par le Reich en 1938, elle perd ses principales clientes et doit fermer. Les derniers jours de la guerre emportent dans l'incendie de son appartement sa collection de costumes et des objets de la succession Klimt.
Claudia RUGGERI (1967-1996) Poétesse – Italie
Figure de la littérature italienne de la fin du XXe siècle, elle commence à écrire très jeune et se distingue par une culture littéraire prodigieuse. Dès le début des années 1990, sa poésie capte l’attention des plus grands esprits de la littérature italienne, notamment le poète et critique Franco Fortini, qui perçoit immédiatement la puissance hors norme de son écriture. Sa poésie se caractérise par un langage baroque, incantatoire et théâtral, mêlant un lyrisme incandescent, des références érudites et une recherche formelle d’une grande complexité. Ses vers explorent avec une sensibilité extrême les thèmes de la souffrance physique et morale, du désir d’absolu, de la mort et du corps comme espace d’expérimentation poétique. Incomprise d’une partie de la scène littéraire de son époque et marquée par une fragilité psychologique profonde, Claudia Ruggeri met fin à ses jours en 1996 à l’âge de 29 ans, en se jetant du haut de son balcon à Lecce. Son œuvre, principalement publiée de manière posthume à travers des recueils comme Inferno Minore ou Canzoniere Piccolo, a progressivement acquis un statut culte en Italie.