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Née un 19 avril
Sarah BAGLEY
1806-1883
Ouvrière, syndicaliste et militante sociale du XIXe siècle, devenue l’une des premières et plus importantes figures de la lutte pour les droits des femmes travailleuses aux États-Unis. En 1837, elle quitte sa campagne natale pour travailler comme tisserande dans les filatures de coton à Lowell, dans le Massachusetts, une ville alors au cœur de la révolution industrielle. Révoltée par les conditions de travail éprouvantes, la baisse des salaires et les journées de labeur pouvant atteindre quatorze heures, elle fonde en 1844 la Lowell Female Labor Reform Association. Cette organisation, l’un des tout premiers syndicats féminins du pays, mène une campagne historique et pionnière pour réclamer la journée de travail de dix heures, collectant des milliers de signatures et témoignant directement devant le parlement du Massachusetts. Oratrice talentueuse et dotée d’une plume acérée, Sarah Bagley écrit de nombreux articles engagés et prend même la direction du journal ouvrier The Voice of Industry pour dénoncer l’exploitation des femmes. En 1846, elle innove à nouveau en devenant la première femme télégraphiste de l’histoire des États-Unis, brisant ainsi les barrières professionnelles de son époque et ouvrant la voie aux futures générations de militantes pour l’égalité des sexes et la justice sociale.
Germaine TAILLEFERRE (1892-1983) Compositrice – France
Née Germaine Taillefesse, elle est la seule femme du Groupe des Six, ces jeunes compositeurs qui bouleversèrent la musique française au lendemain de la Première Guerre mondiale aux côtés de Poulenc, Milhaud, Honegger, Auric et Durey. Enfant prodige, elle compose dès l'âge de cinq ans et déchiffre le piano seule : son père s'oppose farouchement à sa vocation, refusant de financer ses études, si bien qu'elle entre au Conservatoire de Paris en secret, soutenue par sa mère, et modifie l'orthographe de son nom pour marquer cette rupture. Elle y rafle les premiers prix d'harmonie, de contrepoint et d'accompagnement, et se lie avec Erik Satie, qui la surnomme « ma fille musicale » et l'introduit dans le cercle qui deviendra les Six. Sa musique, d'une clarté lumineuse et d'une élégance rythmique très française, séduit Maurice Ravel, qui la conseille et l'encourage. Elle compose un catalogue considérable de plus de trois cents œuvres — concertos, ballets, opéras de chambre, musique de film et de scène, pièces pour piano et pour harpe — parmi lesquelles son Concertino pour harpe, créé aux États-Unis sous la direction de Serge Koussevitzky, et son Concerto pour deux pianos. Sa carrière est pourtant freinée par deux mariages malheureux avec des hommes hostiles à son travail, par la nécessité de composer des musiques alimentaires pour élever seule sa fille, et par la longue éclipse que la critique réserva à la seule femme du groupe. Travaillant jusqu'à ses derniers jours — elle achève une œuvre à quatre-vingt-onze ans —, Germaine Tailleferre laisse une musique d'une fraîcheur intacte, redécouverte et enregistrée depuis les années 1980, qui lui rend enfin sa place parmi les grandes voix de la musique française du vingtième siècle.
Caroline de BROUTELLES (1865-1940) Journaliste – France
La femme qui inventa le Femina. Née en Algérie, journaliste montée à Paris, elle fonde et dirige des magazines qui comptent — « La Mode pratique », puis « La Vie heureuse », l'un des premiers illustrés féminins de qualité. En 1904, agacée comme toute sa rédaction de voir le tout jeune prix Goncourt ignorer superbement les femmes, elle réunit vingt-deux écrivaines et lance le prix Vie Heureuse, doté sur les fonds du journal : un jury exclusivement féminin couronnera « l'imagination et la sensibilité » sans exclure les hommes du palmarès. Devenu le prix Femina en 1922, il n'a jamais cessé depuis de faire trembler les éditeurs chaque automne, et son jury est resté fidèle au principe fondateur. Secrétaire perpétuelle de son prix, cheville ouvrière discrète, elle a offert aux femmes de lettres ce que les académies leur refusaient : le pouvoir de juger.
Eva GONZALÈS (1849-1883) Peintre – France
Fille d'un romancier-feuilletoniste qui présida la Société des Gens de Lettres et d'une musicienne, elle grandit à Paris au milieu des artistes et des écrivains. Élève de Charles Chaplin puis de Gustave Brion, elle est présentée à Édouard Manet et entre dans son atelier en 1869 : Berthe Morisot, qui y règne, prendra mal cette amitié nouvelle. Manet la peint assise devant un chevalet et expose le portrait au Salon de 1870, où elle-même présente « L'Enfant de troupe ». Zola et Castagnary la remarquent. Elle exposera au Salon presque chaque année pendant treize ans et refusera toujours de se joindre aux expositions impressionnistes, où on l'attendait pourtant. Ses huiles et ses pastels – « Une loge aux Italiens », « La Nichée », « La Modiste » – sont aujourd'hui à Orsay, à la National Gallery de Londres, à l'Art Institute de Chicago. Le 6 mai 1883, six jours après la mort de Manet, elle succombe à une embolie, à trente-six ans, quelques jours après la naissance de son fils.