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Née un 14 novembre
Sonia DELAUNAY
1885-1979
Alchimiste de la couleur moderne, abolissant les frontières entre les beaux-arts et les arts décoratifs. Cofondatrice du simultanéisme, elle a exploré l’interaction des couleurs pour générer une sensation de vibration et de rythme pur. Sa créativité s’est exprimée avec la même force sur des toiles monumentales que sur des tissus, des affiches ou des costumes de scène. En transformant la mode en un terrain d’expérimentation abstrait, elle a marqué l’esthétique des années 1920 et 1930. Sa collaboration avec les poètes de son temps a donné naissance à des chefs-d’œuvre du livre-objet. Première femme honorée par une rétrospective au Louvre, elle a acquis une reconnaissance institutionnelle exceptionnelle. Son œuvre est une célébration de la modernité, de la vitesse et de la lumière électrique. Infatigable travailleuse, elle a influencé durablement le design textile et la haute couture internationale. Elle a su préserver et faire rayonner l’héritage de l’orphisme tout en s’affirmant comme une créatrice totale et indépendante. Son style géométrique et ses cercles chromatiques restent aujourd’hui d’une modernité absolue.
Paulette LIBERMANN (1919-2007) Mathématicienne – France
Son œuvre a profondément influencé la géométrie différentielle mondiale. Malgré l’interruption brutale de ses études par les lois de Vichy, elle a su reconstruire une carrière d’exception après la guerre. Ses recherches sur les variétés symplectiques et les structures presque complexes ont fourni des outils fondamentaux à la physique mathématique contemporaine. Élève d’Élie Cartan, elle a su développer une pensée originale sur les connexions et les groupoïdes de Lie. Inlassable chercheuse, elle a contribué à faire de la France un centre d’excellence en géométrie durant les Trente Glorieuses. Première femme à présider la Société Mathématique de France en 1974, elle a ouvert la voie à de nombreuses mathématiciennes. Son livre co-écrit avec Charles-Michel Marle reste une bible pour l’étude de la mécanique analytique. Dotée d’une grande générosité intellectuelle, elle a maintenu une activité scientifique intense jusqu’à la fin de sa vie. Elle incarne à la fois la rigueur de la pensée abstraite et le courage face aux épreuves de l’histoire. Son héritage vit à travers les concepts géométriques qui portent son nom et les avancées qu’elle a rendues possibles.
Marie LONG -LANDRY (1877-1968) Médecin – France
Reconnue pour avoir été la première femme nommée Chef de clinique en France. Née dans une famille d’intellectuels engagés — son père est un juriste réputé et elle est la sœur du ministre Adolphe Landry —, elle s’oriente très jeune vers les études médicales à Paris. Passionnée par la neurologie, elle réalise son internat à une époque où le milieu médical reste très réservé aux femmes. En 1908, sous la direction du professeur Jules Dejerine, elle soutient sa thèse de doctorat consacrée à la maladie de Little et aux diplégies cérébrales infantiles, un travail scientifique de référence. En 1911, elle franchit une étape historique majeure dans l’accès des femmes aux plus hautes fonctions universitaires et hospitalières en devenant la toute première femme chef de clinique de la Faculté de médecine de Paris, au sein de l’hôpital de la Salpêtrière. Ce titre d’exception lui permet d’encadrer l’enseignement pratique des étudiants et de diriger des travaux de recherche clinique de premier plan. Durant la Première Guerre mondiale, elle s’engage activement dans le soin des blessés militaires et la rééducation des mutilés de guerre. Elle consacre ensuite la majeure partie de sa carrière à la médecine sociale, à la pédiatrie et à la lutte contre la tuberculose infantiles. Très investie dans les œuvres de protection maternelle et infantile, elle cofonde et dirige plusieurs dispensaires et centres d’accueil pour jeunes mères démunies. Membre active du Conseil national des femmes françaises (CNFF), Marie Long-Landry a milité tout au long de sa vie pour l’égal accès des femmes aux carrières scientifiques et médicales. En complément : https://www.fmsh.fr/
Fanny MENDELSSOHN (1805-1847) Compositrice – Allemagne
Aînée des quatre enfants d'une grande famille juive de Hambourg convertie au protestantisme, aussi douée que son frère Felix Mendelssohn — quatre ans plus jeune —, elle reçoit les mêmes maîtres et connaît à treize ans par cœur tout le Clavier bien tempéré de Bach. Mais quand Felix part conquérir l'Europe, son père lui écrit que la musique doit rester pour elle « un ornement, jamais un métier ». Elle compose pourtant sans relâche : plus de 450 œuvres — lieder, pièces pour piano, cantates, un trio, un quatuor — dont plusieurs paraissent d'abord sous le nom de son frère ; devant la reine Victoria, qui admire un de « ses » lieder préférés, Felix devra avouer qu'il est de Fanny. Épouse du peintre Wilhelm Hensel, qui la soutient, elle anime dans leur maison berlinoise les « Sonntagsmusiken », concerts dominicaux courus de tout Berlin, où elle dirige et joue. En 1846, elle ose enfin publier sous son propre nom un premier recueil, son opus 1. Elle meurt d'une attaque le 14 mai 1847, à 41 ans, en pleine répétition d'un concert — six mois avant Felix, inconsolable. Son œuvre, longtemps éclipsée, est aujourd'hui jouée dans le monde entier.
Varvara MOROZOVA (1848-1917) Entrepreneuse – Mécène – Russie
Fille d'un riche industriel moscovite, bibliophile et collectionneur, orpheline de mère à six ans, elle est mariée par son père à seize ans à un parent éloigné, Abram Morozov, copropriétaire de la manufacture textile de Tver. Devenue en 1871 associée de la société, elle se retrouve veuve en 1882 : son mari meurt d'une paralysie progressive. Elle prend alors la direction de la manufacture et l'exerce jusqu'à la majorité de ses fils. Autour des usines familiales existaient déjà un hôpital, une maternité et une école de commerce pour les jeunes ouvriers ; elle poursuit et amplifie cette œuvre, au point de recevoir en 1892 les remerciements du souverain pour ses dons à l'université impériale de Moscou, puis en 1898 la médaille d'or « Pour le zèle » pour son école professionnelle. Sa vie privée est aussi libre que ses affaires : elle vit avec Vassili Sobolevski, rédacteur du journal libéral Rousskié Vedomosti, sans pouvoir l'épouser pour des raisons testamentaires — leurs deux enfants, Gleb et Natalia, porteront le nom de Morozov. Dans sa maison de la Vozdvijenka, construite pour elle en 1886, elle ouvre un salon littéraire où passent Alexandre Blok, Valéri Brioussov, Andreï Biély et Vladimir Soloviov. Ses fils Ivan et Mikhaïl réuniront la collection d'impressionnistes qui fait aujourd'hui l'orgueil du musée Pouchkine.
Annie FRATELLINI (1932-1997) Artiste – Entrepreneuse – France
Petite-fille de Paul Fratellini, l'un des trois célèbres clowns Fratellini, et fille du clown et trapéziste Victor Fratellini, Annie Fratellini voit le jour à Alger, où ses parents sont en tournée. Elle débute en 1948 au cirque Medrano, où ses oncles lui apprennent la musique et l'acrobatie, même si son père lui répète qu'il est dommage qu'elle ne soit pas un garçon, car elle aurait pu être clown. Elle se tourne d'abord vers la chanson, débute à l'Olympia en 1956 et tourne au cinéma avec Louis Malle dans Zazie dans le métro, René Clair et Federico Fellini. En 1969, elle épouse le cinéaste Pierre Étaix, passionné de cirque, qui l'encourage à renouer avec la piste : en 1971, ils forment un duo où il est le clown blanc et elle l'Auguste. Elle devient ainsi l'une des premières femmes à jouer ce personnage comique. En 1974, le couple crée l'École nationale du cirque, l'une des deux premières écoles de cirque en France, ouverte à tous, puis en 1975 le Nouveau Cirque de Paris, chapiteau où se produit l'école. Après leur séparation, elle continue de diriger l'école et joue en duo avec sa fille Valérie. En 1986, elle crée à Nexon, en Haute-Vienne, un chapiteau destiné à accueillir les nouvelles vocations. Elle publie ses mémoires, Destin de clown, en 1989, et meurt en 1997. Son école est devenue l'Académie Fratellini, l'une des grandes écoles supérieures de cirque en France.
Wendy CARLOS (1939) Compositrice – États-Unis
Compositrice et pionnière de la musique électronique, elle a fait entrer le synthétiseur dans l'histoire de la musique et du cinéma. Issue d'une famille ouvrière du Rhode Island, elle prend ses premières leçons de piano à six ans, compose sa première pièce à dix ans et remporte à quatorze ans une bourse pour avoir construit un ordinateur. Diplômée en musique et en physique de l'université Brown, puis en composition de l'université Columbia, elle travaille au Columbia-Princeton Electronic Music Center, l'un des premiers studios de musique électronique des États-Unis. Proche de l'inventeur Robert Moog, elle lui suggère de nombreuses améliorations, dont un clavier sensible au toucher, qui contribuent à la mise au point de son synthétiseur. En 1968, son album « Switched-On Bach », où elle interprète Bach sur un Moog note par note au prix de centaines d'heures de travail, devient un succès mondial : il se vend à plus d'un million d'exemplaires, remporte trois Grammy Awards et Glenn Gould le salue comme le disque de la décennie. Stanley Kubrick lui confie la musique d'« Orange mécanique », puis celle de « Shining », et Disney celle de « Tron », qui associe ses synthétiseurs à l'Orchestre philharmonique de Londres. Avec « Sonic Seasonings », elle ouvre aussi la voie à la musique d'ambiance. En 1979, elle révèle publiquement sa transition dans un long entretien, devenant l'une des premières personnalités à le faire. Également photographe réputée des éclipses solaires, elle vit aujourd'hui loin des médias.