Partager son histoire
Née un 10 décembre
Ada LOVELACE
1815-1852
Visionnaire dont les travaux ont posé les fondements conceptuels de l’informatique moderne. Collaboratrice de Charles Babbage, cette mathématicienne a rédigé le premier programme informatique de l’histoire, destiné à sa machine analytique. Elle fut la première à percevoir que l’intelligence artificielle et le traitement de données symboliques étaient possibles par la machine. Son approche, qu’elle qualifiait de « science poétique », lui a permis d’imaginer des ordinateurs capables de composer de la musique ou de produire des graphismes. Malgré une santé fragile et une disparition précoce à 36 ans, elle a laissé un héritage intellectuel d’une portée incalculable. Le langage de programmation « Ada », créé par le département de la Défense américain dans les années 1980, porte son nom en son honneur. Elle reste un modèle absolu pour les femmes dans les sciences et les technologies (STEM). Son travail prouve que l’innovation naît souvent à l’intersection de la logique pure et de l’intuition créatrice. Chaque année, la journée Ada Lovelace célèbre son apport crucial à l’histoire des mathématiques. Elle demeure la figure de proue de la pensée algorithmique universelle.
Emily DICKINSON (1830-1886) Poétesse – États-Unis
Issue d’une famille aisée, elle choisit de vivre une grande partie de sa vie adulte dans un isolement presque total au sein de la demeure familiale, s’habillant exclusivement de blanc et ne communiquant avec l’extérieur que par une riche correspondance. Dans le secret de sa chambre, elle compose une œuvre monumentale de près de mille huit cents poèmes d’une modernité stupéfiante, caractérisés par des vers très courts, des rimes imparfaites et l’usage intensif de tirets horizontaux. Ses écrits explorent avec une sensibilité et une profondeur métaphysique inouïes les thèmes de la mort, de l’immortalité, de la nature, de l’amour et de la solitude spirituelle. De son vivant, sa poésie reste totalement ignorée du public, puisque seuls une dizaine de ses poèmes sont publiés, souvent modifiés par les éditeurs pour correspondre aux normes poétiques conventionnelles de l’époque victorienne. C’est sa sœur Lavinia qui découvre à sa mort, en 1886, des dizaines de cahiers cousus main contenant l’intégralité de ses textes cachés dans un coffre. Novatrice et influente dans la littérature mondiale, publiée de manière posthume, son œuvre révolutionne la poésie moderne par son audace stylistique et sa liberté de ton absolue. Emily Dickinson demeure l’incarnation de la puissance intérieure, une artiste visionnaire qui a su capturer l’immensité du monde et de l’âme humaine depuis le silence de sa retraite.
Nelly SACHS (1891-1970) Poétesse – Allemagne
Poétesse de langue allemande dont l'œuvre est devenue le grand chant funèbre des victimes de la Shoah. Enfant unique d'une famille berlinoise aisée, élevée dans la musique et la danse, elle écrit à quinze ans à la romancière suédoise Selma Lagerlöf, dont elle vient de lire Gösta Berling : leur correspondance durera trente-cinq ans et finira par lui sauver la vie. En mai 1940, convoquée pour la déportation, elle quitte Berlin avec sa mère sur le dernier avion pour Stockholm — un sauf-conduit obtenu grâce aux démarches de Lagerlöf, morte deux mois plus tôt, et de la famille royale suédoise. Les deux femmes s'installent dans une pièce unique de Södermalm ; elle gagne sa vie en traduisant les poètes suédois en allemand et écrit, la nuit, ce que l'exil et l'extermination lui dictent. Ses recueils, à commencer par « Dans les demeures de la mort » en 1947, dédié à ses frères et sœurs morts, inventent une langue de cendres et d'étoiles, de chasseurs et de proies, pour dire l'indicible sans jamais le rendre supportable ; « Ô les cheminées », son poème le plus connu, ouvre ce livre. Elle noue avec Paul Celan une amitié de frère et sœur en poésie, l'une des correspondances les plus bouleversantes du siècle entre deux survivants. Longuement hospitalisée pour des crises de persécution où revenaient les cauchemars du nazisme, elle reçoit le prix Nobel de littérature le 10 décembre 1966, le jour de ses soixante-quinze ans. Devenue suédoise, elle n'est jamais retournée vivre en Allemagne.