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Née un 5 avril
Bette DAVIS
1908-1989
Élevée par sa mère photographe après le départ du père, elle débarque à Hollywood en 1930 et s'entend dire par le patron d'Universal, qui découvre son premier film : « Comment peut-on tourner un film dans lequel un homme en voit de toutes les couleurs et le terminer en cadrant sur un tel visage ? » Elle impose pourtant, chez Warner, des femmes dures, laides ou méchantes que personne n'osait montrer, et décroche deux Oscars de la meilleure actrice. En 1936, refusant les scénarios qu'on lui assène, elle claque la porte du studio pour tourner à Londres : la Warner lui fait un procès et le gagne – mais le système des contrats à vie en sort ébranlé, et Olivia de Havilland l'abattra neuf ans plus tard. Elle est la première personne à réunir dix nominations à l'Oscar d'interprétation, la première femme à présider l'Academy, et la première femme à recevoir le prix d'honneur de l'American Film Institute. En 1942, elle fonde avec John Garfield le Hollywood Canteen, où les soldats en partance étaient servis par les vedettes en personne. « Attachez vos ceintures, la nuit va être agitée » : sa réplique d'« Ève » résume soixante ans de carrière et plus de cent films.
Janet ROWLEY (1925-2013) Généticienne – États-Unis
Elle attend neuf mois une place à l'université de Chicago, qui ne réserve que trois sièges aux femmes sur soixante-cinq, puis travaille à mi-temps pendant vingt ans, le temps d'élever quatre fils. C'est sur la table de sa salle à manger, en découpant des photographies de chromosomes et en les disposant à la main, qu'elle fait en 1972 la découverte qui change la médecine : dans les cellules d'un malade atteint de leucémie, deux chromosomes ont échangé un morceau. Cette translocation n'est pas une conséquence du cancer, elle en est la cause. L'idée que le cancer soit une maladie génétique heurte alors le consensus, et sa première publication est refusée. Elle identifie pourtant translocation après translocation – les chromosomes 8 et 21, puis 15 et 17 –, et en 1990 on en compte plus de soixante-dix. De ce principe naîtront les thérapies ciblées, dont l'imatinib, qui a transformé la leucémie myéloïde chronique en maladie chronique au lieu d'un arrêt de mort. Médaille nationale de la science en 1998, prix Lasker la même année, médaille présidentielle de la Liberté en 2009, prix du Japon en 2012. Elle allait travailler à bicyclette jusqu'à quatre-vingts ans passés et est morte d'un cancer de l'ovaire.
Maria BRIGNOLE-SALE, duchesse de Galliera (1811-1888) Mécène – Philanthrope – Italie
Elle est l'une des plus célèbres et généreuses mécènes du XIXe siècle. Issue d'une illustre et très riche famille patricienne de Gênes, elle épouse en 1828 le marquis Raffaele de Ferrari, un financier exceptionnellement doué qui accumule une fortune monumentale grâce au développement des chemins de fer et de la banque à travers toute l'Europe (obtenant le titre pontifical de duc de Galliera). Après le décès de son mari en 1876 et le refus de son unique fils survivant de poursuivre le mode de vie aristocratique ou d'hériter de l'immense fortune familiale, la duchesse prend une décision historique : consacrer la totalité de son colossal patrimoine à la philanthropie, aux œuvres charitables et au rayonnement des arts. Son œuvre philanthropique se distingue par son ampleur spectaculaire et son engagement social, tant en France qu'en Italie. Le Palais Galliera et les collections d'art (Paris) : désireuse de faire profiter le public de ses trésors, elle décide d'édifier un palais à Paris destiné à abriter sa somptueuse collection de peintures, de sculptures et d'objets d'art. Elle fait don du bâtiment et du square qui l'entoure à la Ville de Paris. Ce palais est aujourd'hui le célèbre Musée de la Mode de la Ville de Paris. L'Hospice Galliera à Clamart : soucieuse du sort des personnes âgées et des plus démunis, elle finance intégralement la construction de la Fondation Brignole-Galliera à Clamart, un gigantesque ensemble d'hospices et de maisons de retraite doté des équipements les plus modernes pour l'époque. Les institutions médicales et charitables à Gênes : sa ville natale bénéficie largement de sa générosité. Elle y fait construire l'hôpital Galliera, élevé de 1877 à 1888 à la mémoire de son fils Andrea, mort à seize ans, fait donation du palais Rosso et du palais Bianco avec leurs collections de maîtres italiens à la municipalité, et finance la modernisation des infrastructures portuaires. Le soutien à l'éducation et à la santé : elle multiplie les dons aux orphelinats, aux écoles populaires, aux congrégations religieuses soignantes et aux caisses de secours pour les ouvriers. Discrète, pieuse et guidée par un sens aigu du devoir moral face à sa richesse, la duchesse de Galliera n'a pas cherché à accumuler des biens pour sa propre gloire, mais s'est imposée comme une bienfaitrice majeure dont le legs culturel et social continue de profiter au public plus d'un siècle après sa mort.
Adrienne LECOUVREUR (1692-1730) Comédienne – France
Fille d'une blanchisseuse et d'un chapelier alcoolique et violent, elle récite des vers chez les bourgeois de Fismes, qui se la font venir pour l'entendre. À treize ans, des jeunes gens du quartier montent « Polyeucte » dans une cour parisienne : drapée dans la robe d'une femme de chambre, elle dit son rôle d'un ton naturel et vrai, à rebours de la diction chantante de l'époque – les Comédiens français, jaloux de leur privilège, dépêchent les archers pour faire interrompre le spectacle. Reçue à la Comédie-Française en 1717, elle impose ce jeu simple qui fera d'elle la plus grande actrice du siècle. Voltaire est son ami. À trente-sept ans, après une hémorragie et une dose massive d'ipécacuanha ordonnée par un médecin ignorant, elle meurt en quelques jours : la rumeur accuse d'empoisonnement la duchesse de Bouillon, sa rivale auprès du maréchal de Saxe, et Voltaire réclame une autopsie qui ne conclura rien. Excommuniée comme tous les comédiens, elle est enterrée à la sauvette dans un marais du bord de Seine. Le scandale nourrira le combat de tout un siècle pour l'état civil des acteurs.
Nancy HOLT (1938-2014) Plasticienne – États-Unis
Venue de la photographie et du cinéma, elle installe son œuvre dans le désert plutôt que dans les galeries. En 1976, au terme de trois ans de travail dans le Grand Bassin de l'Utah, elle achève « Sun Tunnels » : quatre cylindres de béton de cinq mètres, posés en croix dans le vide, alignés sur le lever et le coucher du soleil des solstices. Chacun est percé de trous qui reproduisent une constellation et jettent à l'intérieur des taches de lumière mouvantes selon l'heure. Il faut rouler des kilomètres de piste pour les atteindre : l'œuvre exige qu'on se déplace, et le spectateur y voit le paysage recadré comme dans un objectif. Suivront « Rock Rings » dans l'État de Washington et « Dark Star Park » en Virginie, l'un des premiers exemples d'art public conçu avec les urbanistes. Veuve de Robert Smithson, mort en 1973, elle passe une partie de sa vie à faire connaître l'œuvre de son mari, au point que la sienne est longtemps restée dans l'ombre – les musées ne l'ont redécouverte qu'après sa mort.
Solange CORBIN (1903-1973) Musicologue – France
Élève de la pianiste Blanche Selva à la Schola Cantorum, elle est maîtresse de chapelle adjointe à Bourges de 1929 à 1933 avant de se consacrer à l'étude du chant médiéval. Elle devient l'une des premières spécialistes de la notation neumatique, ces signes tracés au-dessus du texte latin qui, avant l'invention de la portée, indiquaient au chantre la courbe de la mélodie sans en fixer les hauteurs. Elle enseigne à l'École pratique des hautes études à partir de 1950 et en devient directrice d'études en 1959, deux ans après sa thèse à la Sorbonne. « L'Église à la conquête de sa musique », paru chez Gallimard en 1960, raconte comment le chant liturgique s'est imposé en Occident. En 1961, elle fonde à l'université de Poitiers le département de musicologie, le premier créé en province, et forme la génération de chercheurs qui étudiera les manuscrits médiévaux. Elle meurt à Bourges, où elle avait commencé.