Portrait à venir

Née un 18 janvier

Damaris C. MASHAM

1659-1708

    Fille de Ralph Cudworth, maître de Christ's College et chef de file des platoniciens de Cambridge, elle n'alla jamais à l'école : elle apprit dans la bibliothèque et les conversations de son père. Elle rencontre John Locke avant 1682 et engage avec lui une correspondance philosophique ; en 1691, il vient s'installer chez elle, à Otes, dans l'Essex, avec près de deux mille livres, et y restera jusqu'à sa mort, treize ans plus tard. Leur maison devient un lieu de passage pour les savants d'Europe : c'est là que Newton vint retrouver Locke à l'automne 1702, neuf ans après lui avoir écrit, en pleine crise nerveuse, une lettre où il l'accusait d'avoir cherché à « me brouiller avec les femmes » et confessait l'avoir « pris pour un hobbiste ». Elle publie en 1696 « A Discourse Concerning the Love of God », réfutation de John Norris et du malebranchisme, puis en 1705 « Occasional Thoughts in Reference to a Vertuous or Christian Life », où elle soutient que les femmes doivent être instruites – non pour plaire, mais parce qu'elles élèvent les enfants et parce que, écrit-elle, « les femmes ont une âme à sauver, aussi bien que les hommes ». Ses deux livres parurent sans nom d'auteur. De 1703 à 1705, elle débat par lettres avec Leibniz de l'harmonie préétablie et de l'union de l'âme et du corps. Sa vue était si faible qu'elle ne pouvait lire longtemps ; Norris l'avait dite aveugle, elle le corrigea. Elle repose à l'abbaye de Bath.

    Lucile DESMOULINS (1770-1794) Politique – France

    Fille d'un premier commis du Contrôle général des finances, elle tient dès l'adolescence un journal – le plus ancien journal intime de femme retrouvé en France, selon Philippe Lejeune qui l'a édité en 1995 – où perce une jeune femme rieuse et rêveuse. Camille Desmoulins, avocat sans clientèle, la demande en mariage en 1787 ; éconduit par le père, il l'obtient trois ans plus tard, auréolé d'avoir appelé le peuple aux armes au Palais-Royal. Leur salon devient l'un des cœurs de la Révolution, où passent Danton, Robespierre – témoin de leur mariage et parrain de leur fils – et toute la gauche montagnarde. Elle suit les séances de la Convention et consigne dans ses cahiers la nuit du 9 au 10 août 1792 ; comme Madame Roland, elle ne réclamera jamais le droit de vote pour les femmes. Quand Camille, dans « Le Vieux Cordelier », réclame un comité de clémence et la fin de la Terreur, le couple bascule : il est arrêté puis guillotiné le 5 avril 1794. Lucile écrit alors à Robespierre une lettre qui n'implore pas mais raisonne : elle lui demande s'il croit vraiment que le peuple lui fera confiance en le voyant immoler ses amis, et soutient que la clémence l'affermirait au lieu de l'affaiblir. Accusée d'avoir comploté avec le général Dillon pour soulever les prisons, elle signe ses interrogatoires « Femme Camille Desmoulins », est jugée le 13 avril 1794 et guillotinée le soir même, à vingt-quatre ans, aux côtés de la veuve d'Hébert. Elle avait écrit le matin à sa mère : « Bonsoir, chère maman, une larme s'échappe de mes yeux ; elle est pour toi. Je vais m'endormir dans le calme de l'innocence. » Son fils Horace avait vingt et un mois.

    Maria de Lourdes PINTASILGO (1930-2004) Ingénieure – Politique – Portugal

    Diplômée en 1953 de l'Instituto Superior Técnico de Lisbonne, où les femmes se comptaient sur les doigts d'une main, elle devient à vingt-quatre ans ingénieure en chef au bureau d'études de la Companhia União Fabril, le plus grand groupe industriel portugais. Elle mène en parallèle une autre vie, dans les mouvements catholiques : présidente internationale de Pax Romana en 1956, puis vice-présidente internationale du Grail, et enfin représentante du Vatican auprès du Conseil œcuménique des Églises. Sous la dictature de Salazar, ces réseaux lui servent d'abri et de tribune. La révolution des Œillets la fait entrer au gouvernement dès mai 1974 : secrétaire d'État à la Sécurité sociale, puis ministre des Affaires sociales, elle pose les bases d'un système de santé et de retraites pour un pays qui n'en avait guère. Nommée en 1975 première ambassadrice du Portugal auprès de l'UNESCO, elle est appelée le 1ᵉʳ août 1979 à diriger un gouvernement de transition chargé de conduire le pays aux élections. Elle reste à ce jour la seule femme à avoir été Première ministre du Portugal. Candidate indépendante à la présidence en 1986, elle recueille près de 419 000 voix, puis siège au Parlement européen de 1987 à 1989. Elle a écrit sur la démocratie, le catholicisme et la place des femmes jusqu'à sa mort, d'un arrêt cardiaque, à soixante-quatorze ans.

    Et vous, quelle femme célèbre est née le même jour que vous ?

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