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Née un 14 avril
Elizabeth HUCKABY
1905-1999
Éducatrice et autrice qui a joué un rôle historique crucial lors de la crise de la déségrégation scolaire en 1957. En tant que directrice adjointe des filles au lycée central de Little Rock, en Arkansas, elle s’est retrouvée en première ligne lorsque neuf étudiants afro-américains (les « Little Rock Nine ») ont intégré cet établissement jusqu’alors réservé aux Blancs. Face à l’hostilité d’une partie de la population, aux manifestations violentes et à la présence des troupes fédérales envoyées par le président Eisenhower, elle a fait preuve d’un courage et d’une dignité exemplaires. Elizabeth Huckaby s’est personnellement investie pour assurer la sécurité physique et morale de ces étudiants noirs au quotidien, les protégeant contre le harcèlement de leurs camarades et les discriminations au sein de l’école. En documentant scrupuleusement ces événements tragiques jour après jour, elle a laissé un témoignage historique d’une valeur inestimable, publié plus tard sous le titre « Crisis at Central High: Journal of a Little Rock Teacher ». Son action humaniste et sa fermeté face à l’injustice ont fait d’elle une figure respectée de la lutte pour les droits civiques et un modèle d’intégrité dans le domaine de l’éducation.
Anuradha KOIRALA (1949) Humanitaire – Népal
Fille d'un officier népalais, enseignante d'anglais pendant vingt ans à Katmandou, elle sort d'un mariage violent avec une conviction chevillée au corps : aucune femme ne doit être une marchandise. En 1993, avec ses économies d'institutrice, elle fonde « Maiti Nepal » — « la maison maternelle » — pour recueillir les fillettes et les jeunes femmes vendues aux réseaux de prostitution entre le Népal et l'Inde. Patrouilles aux postes-frontières pour intercepter les trafiquants, raids dans les maisons closes de Bombay ou Calcutta, foyers d'accueil, soins, écoles, poursuites en justice : en trente ans, Maiti Nepal a secouru et protégé des dizaines de milliers de filles et fait condamner des centaines de trafiquants. Celle que toutes appellent « Dijju » — grande sœur — reçoit en 2010 le titre de Héros de l'année de CNN, puis devient en 2018 la première gouverneure de la province de Bagmati. Inlassable à plus de 75 ans, elle répète que sa récompense est « le sourire retrouvé d'une seule enfant ». En complément : https://aurorahumanitarian.org/en/anuradha-koirala-modern-day-hero
Ágnes ULLMANN (1927-2019) Microbiologiste – France
Originaire de Satu Mare, en Transylvanie, Ágnes Ullmann étudie à l'université Bolyai puis à Budapest, où elle travaille dès 1949 sur les protéines musculaires auprès de Brunó Straub. Dans la Hongrie de l'époque, où les thèses de Lyssenko font référence, elle se procure clandestinement un article contestant le lyssenkisme, et décide de rencontrer son auteur, Jacques Monod. En 1957, un visa obtenu pour un congrès à Londres lui permet de rencontrer Jacques Monod à Paris ; elle revient en 1958-1959 pour un stage à l'Institut Pasteur auprès de François Gros. En 1960, Jacques Monod organise son évasion clandestine de Hongrie avec son mari, Tamás Erdős, via l'Autriche. Elle rejoint le laboratoire de Monod et devient française en 1966. Avec François Jacob, Jacques Monod et leurs collègues, elle contribue à la compréhension de l'opéron lactose et du rôle des promoteurs dans la régulation des gènes. En 1968, avec Jacques Monod, elle montre le rôle clé de l'AMP cyclique dans le métabolisme de la bactérie E. coli. Elle étudie ensuite la toxine de la coqueluche et s'en sert pour développer des vaccins. Directrice de recherche au CNRS et directrice scientifique du Développement à l'Institut Pasteur, elle signe 180 publications et 5 brevets, et renouvelle l'enseignement de la microbiologie en associant cours et travaux pratiques. Chevalière de la Légion d'honneur en 1996 et médaille d'or Robert Koch en 2002, elle meurt à Paris en 2019. Son nom sera inscrit sur la tour Eiffel.
Isabella STEWART GARDNER (1840-1924) Collectionneuse – Mécène – États-Unis
Elle fit bâtir un palais vénitien à Boston, devenu musée et qui l'est resté. Grande voyageuse endeuillée par la perte de son unique enfant, elle consacre sa vie et sa fortune à l'art, conseillée par le jeune Bernard Berenson : Titien, Rembrandt, Vermeer, Botticelli entrent dans sa collection, la première de ce rang constituée par une femme. En 1903, elle inaugure Fenway Court, palais inspiré de Venise construit sous sa direction tatillonne, où elle vit au dernier étage en ouvrant les salles au public. Son testament fige tout : rien ne doit être déplacé, ajouté ni vendu, sous peine de dissolution — et le musée Isabella Stewart Gardner demeure tel quel, jusqu'aux cadres restés vides depuis le fameux cambriolage de 1990, le plus grand vol d'œuvres d'art de l'histoire. Scandaleuse pour son époque — elle promenait, dit-on, des lionceaux en laisse —, elle a prouvé qu'une femme pouvait créer un musée de toutes pièces. En complément : https://www.gardnermuseum.org/
Hersilie ROUY (1814-1881) Pianiste – France
Pianiste et compositrice, professeure à Paris et à Londres, préceptrice dans les familles aristocratiques, elle mène une vie libre et mondaine jusqu'à ses quarante ans. Le 8 septembre 1854, elle disparaît de son domicile parisien : un médecin la fait enfermer d'office à l'asile impérial de Charenton. « Je ne sais ni par qui, ni comment », écrira-t-elle. Pour effacer sa trace, on l'inscrit sous le nom de jeune fille de sa mère et on la déclare née de parents inconnus – sans vérification. Derrière l'opération, son demi-frère, seul enfant légitime d'un père bigame, et qui administre un grand quotidien. Quinze ans durant, elle passe d'asile en asile, privée de son identité même, écrivant sans relâche à qui voudrait la lire. Libérée en 1868, elle consacre le reste de sa vie à faire reconnaître l'arbitraire dont elle a été victime et à réclamer la refonte de la loi de 1838 sur les aliénés. Ses mémoires, publiés après sa mort, restent l'un des documents les plus accablants sur les internements abusifs des femmes au XIXᵉ siècle. En complément : https://www.scienceshumaines.com/yannick-ripa-l-histoire-d-hersilie-rouy-femme-seule-contre-l-asile_fr_26030.html