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Née un 22 avril
Germaine de STAËL
1766-1817
Plus connue sous le nom de Madame de Staël, romancière, essayiste et philosophe franco-suisse, figure éminente de l’Europe des Lumières et du romantisme. Fille du ministre Necker, elle anime à Paris un salon littéraire et politique brillant qui devient le carrefour des idées libérales. Dotée d’une pensée politique acérée, elle s’oppose fermement à la dérive autoritaire de Napoléon Bonaparte, qui la considère comme une rivale idéologique dangereuse et la condamne à un exil de dix ans. Durant cette période, elle voyage à travers l’Europe et publie son ouvrage majeur, « De l’Allemagne » (1810), qui introduit le romantisme allemand en France et bouleverse le paysage littéraire de l’époque. Également romancière à succès avec des œuvres féministes avant l’heure comme « Delphine » et « Corinne ou l’Italie », elle y défend la liberté morale et intellectuelle des femmes face aux conventions sociales rigides. Pionnière de la littérature comparée et de la sociologie de la culture, elle prône l’ouverture culturelle et le dialogue entre les peuples. Son courage politique et son génie littéraire ont fait d’elle l’une des consciences les plus libres de son temps, influençant profondément des générations d’écrivains et de penseurs libéraux à travers tout le continent. A lire: https://www.seuil.com/ouvrage/biondetta-stephanie-hahusseau/9782021618648
Jeanne CHAUVIN (1862-1926) Avocate – France
Orpheline de père très jeune, elle bénéficie du soutien indéfectible de sa mère pour mener de très hautes études. Dotée d’une force de travail exceptionnelle, elle accumule les diplômes dans des domaines exclusivement masculins. Elle devient ainsi la deuxième licenciée en Droit de France, ouvrant la porte pour les futures générations de juristes. En 1892, sa soutenance de doctorat sur les professions accessibles aux femmes marque un tournant politique majeur. Chahutée par des étudiants misogynes chantant la Marseillaise, elle obtient son titre de Docteure à l’unanimité. Sa thèse pointe courageusement l’impact des religions dans l’instauration des inégalités juridiques entre les sexes. Malgré l’excellence de son parcours académique, les portes des tribunaux lui restent fermées. Elle se tourne vers l’enseignement, dispensant des cours de Droit pour armer intellectuellement les jeunes filles. Parallèlement, elle s’investit dans les réseaux féministes et milite activement pour l’indépendance de la femme mariée. En 1897, elle tente de prêter serment devant la Cour d’appel de Paris, provoquant un séisme institutionnel. Les magistrats rejettent sa demande, invoquant la « nature » prétendument émotive et fragile des femmes. Les arguments de l’époque affirment que la séduction féminine viendrait pervertir la sérénité des décisions de justice. Loin d’abandonner, Jeanne Chauvin utilise ce refus pour déplacer le combat sur le terrain législatif. Elle rédige elle-même une proposition de loi pour ouvrir la profession d’avocat à ses consœurs. Elle s’appuie sur son frère Émile, député, et sur des hommes politiques progressistes comme René Viviani. La presse et les parlementaires conservateurs multiplient les attaques et les caricatures sexistes à son encontre. Après trois ans de bataille acharnée, la loi historique est enfin votée et promulguée en décembre 1900. Bien qu’Olga Petit la devance de quelques jours pour le serment, Jeanne Chauvin incarne la véritable victoire politique. Elle prête serment le 19 décembre 1900 et devient l’une des toutes premières femmes à plaider en France. Sa première affaire, très médiatisée, concerne une terrible et meurtrière catastrophe ferroviaire. Elle y défend avec brio un cheminot, refusant qu’il serve de bouc émissaire aux défaillances de la compagnie. Au barreau, elle impose son style : une rigueur technique absolue, un esprit vif et un refus du pathos. Toute sa vie, elle continue d’allier l’exercice du droit, l’enseignement et la défense des droits humains. En janvier 1926, la nation reconnaît son œuvre en lui décernant la prestigieuse Légion d’honneur, quelques mois plus tard, elle disparait. En savoir plus : A écouter : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/jeanne-chauvin-1862-1926-le-barreau-au-feminin-7163317 À découvrir : https://lesvisitesdetheo.com/les-femmes-dans-lhistoire/
Rita LEVI-MONTALCINI (1909-2012) Neurobiologiste – Italie
Elle s'impose comme l'une des figures les plus éminentes de la neurobiologie mondiale pour avoir découvert le facteur de croissance nerveuse, une avancée scientifique fondamentale récompensée par le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1986. Décidée à suivre des études médicales malgré les réticences initiales de son père, elle intègre la faculté de médecine et se consacre à la recherche en neurologie et en embryologie. Confrontée aux lois raciales antisémites promulguées à la fin des années 1930 qui lui interdisent toute carrière académique et hospitalière, elle refuse d'abandonner ses travaux et aménage un laboratoire clandestin dans sa propre chambre à coucher. À l'aide de microscopes et d'instruments rudimentaires bricolés à partir d'aiguilles de couture, elle étudie le développement du système nerveux sur des embryons de poulet, posant les bases conceptuelles de ses futures découvertes. Après la Seconde Guerre mondiale, elle rejoint l'université Washington de Saint-Louis pour approfondir ses recherches. C'est là qu'elle isole la protéine responsable du développement et de la survie des neurones, le facteur de croissance nerveuse, ouvrant la voie à une compréhension inédite des maladies neurodégénératives, du cancer et des processus de cicatrisation. Chercheuse infatigable, elle dirige plusieurs instituts de recherche majeurs tout en militant activement pour l'accès des jeunes femmes aux carrières scientifiques et pour la formation intellectuelle dans les pays en développement. Nommée sénatrice à vie dans son pays natal et ambassadrice de bonne volonté, elle poursuit son travail intellectuel et ses engagements civiques avec une lucidité remarquable jusqu'à son décès à l'âge de 103 ans, léguant un héritage scientifique d'une valeur inestimable pour la médecine moderne.
Jenny ALPHA (1910-2010) Chanteuse – Comédienne – France
Figure de la communauté antillaise de Paris, chanteuse puis comédienne. Issue d'un milieu aisé de Martinique, elle arrive à Paris en 1929 pour devenir institutrice et abandonne ses études pour le théâtre. L'époque coloniale lui en ferme les portes : « Je voulais jouer du classique, et on me répondait : vous voulez rire, vous ne voyez pas une femme noire dire du Racine ou du Molière. » Elle se tourne vers le music-hall, croise Duke Ellington et Joséphine Baker, fonde son orchestre Les Pirates du rythme qui réunit musiciens noirs et blancs. Sous l'Occupation, avec son mari le poète Noël Villard, elle cache une famille juive à son domicile de Nice. En 1956 elle participe au premier congrès des écrivains noirs à Paris, auprès d'Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor, et porte dès lors le combat de la culture créole. Le théâtre s'ouvre enfin à elle en 1958 avec « Les Nègres » de Jean Genet. De 1984 à 1989, elle tourne avec « Folie ordinaire d'une fille de Cham », mis en scène par Daniel Mesguich. Une place porte son nom dans le 15e arrondissement de Paris, une autre à Romainville. Elle s'éteint à Paris en 2010, à cent ans, après plus de soixante-dix ans de scène.