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Née un 26 avril
Gerty ARCHIMÈDE
1909-1980
Elle fut la première avocate de couleur de France et la première femme députée de Guadeloupe en 1946. Féministe anticolonialiste, communiste, elle lutta toute sa vie pour la justice et l’amélioration des conditions de vie en Guadeloupe. Elle entre en droit à la Sorbonne et fréquente le milieu juridique progressiste. Le contexte de guerre renforce son engagement. Elle adhère au Parti Communiste Français et dirige la branche guadeloupéenne. En 1946, elle est élue députée de Guadeloupe, deux ans après l’entrée en vigueur de l’ordonnance du 21 avril 1944 qui a accordé aux femmes le droit de vote et d’éligibilité. Gerty Archimède ouvre la branche guadeloupéenne de l’Union des Femmes Françaises et mobilise les femmes guadeloupéennes pour améliorer les conditions de vie sur l’île, défendre les droits des femmes, la sécurité sociale, les retraites et la paix. A l’Assemblée Nationale, elle témoigne des difficultés économiques et sociales de la Guadeloupe d’après-guerre. Elle s’investit dans la Commission de la justice et de la législation, où elle présente en 1947 le projet de loi permettant aux femmes d’investir diverses professions judiciaires. Elle siège aussi à la Commission des territoires d’outre-mer. Elle est également juge-suppléante à la Haute cour de justice. En 1951, elle fait partie de la défense des accusés du premier procès du colonialisme français aux Antilles : l’affaire des « 16 de Basse-Pointe ». 16 coupeurs de cannes martiniquais qui avaient été arrêtés à Basse-Pointe à la suite du meurtre d’un administrateur blanc dans le contexte d’un conflit social. Les 16 accusés sont acquittés. Élue locale, elle est très présente dans les luttes sociales de l’île et représente le Parti Communiste dans de nombreuses conférences à travers le monde. Devenue une figure du barreau de Guadeloupe, elle en assure la présidence comme bâtonnière de 1967 à 1970. En 1969, elle défend la militante africaine-américaine Angela Davis contre les douanes françaises qui l’ont arrêtée avec ses camarades alors qu’elle était en escale en Guadeloupe. Angela Davis lui consacre un passage admiratif dans son autobiographie. Gerty Archimède meurt en 1980. Sa maison à Basse-Terre devient un musée. En 2013, son nom est proposé, aux côtés de celui de Paulette Nardal, originaire de la Martinique, pour entrer au Panthéon.
Sébastienne GUYOT (1896-1941) Ingénieure aéronautique – Athlète – Résistante – France
Fille d'un gendarme et issue d'une famille modeste du Finistère, Sébastienne Guyot est institutrice près de Vannes lorsqu'elle apprend, en 1917, que l'École centrale de Paris s'ouvre aux jeunes filles. Elle démissionne pour préparer le concours, fait partie des sept femmes admises dans cette première promotion et sort diplômée en 1921, parmi 243 élèves. Ingénieure en aérodynamique, elle travaille au bureau d'études aéronautiques de Louis de Monge, puis de 1929 à 1935 chez Lioré et Olivier, où elle dessine fuselages et coques d'hydravions. En 1932, elle apprend à piloter et achète son propre avion. Elle se tourne ensuite vers les hélicoptères et dépose plusieurs brevets. Athlète de haut niveau, elle est championne de France de cross-country en 1928 et participe la même année aux Jeux olympiques d'Amsterdam sur 800 mètres. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1940, elle tente de faire évader son frère, prisonnier au camp de Mulsanne ; arrêtée par les Allemands, elle est emprisonnée six mois et sa santé se dégrade gravement. Elle meurt à Paris en 1941 des suites de sa détention. Médaille de la Résistance à titre posthume, elle est la seule femme inscrite sur le monument aux morts de Centrale, dont une bourse, une promotion et le bâtiment parisien portent son nom. Elle figure parmi les 72 femmes de la tour Eiffel.
Fanny BLANKERS-KOEN (1918-2004) Athlète – Pays-Bas
Athlète néerlandaise, elle s'essaie d'abord au tennis, à la natation, à la gymnastique et au patin à glace, jusqu'à ce qu'un entraîneur de natation lui conseille la course à pied. En 1935, à 17 ans, elle bat le record des Pays-Bas du 800 mètres. L'année suivante, aux Jeux de Berlin, elle se classe cinquième du saut en hauteur et du relais 4 × 100 m, et obtient un autographe de Jesse Owens qu'elle gardera toute sa vie. Privée des Jeux de 1940, annulés à cause de la guerre, elle épouse cette année-là son entraîneur Jan Blankers, ancien triple-sauteur olympique. Sous l'occupation allemande, les compétitions nationales continuent et elle établit plusieurs records du monde, dont 1,71 m en hauteur et 6,25 m en longueur en 1943. En 1948, à Londres, certains journalistes la jugent trop âgée : à 30 ans et mère de deux enfants, elle remporte pourtant quatre médailles d'or, sur 100 m, 200 m, 80 m haies et au relais 4 × 100 m. Le règlement limitant chaque athlète à trois épreuves individuelles, elle a renoncé à la hauteur et à la longueur, dont elle détenait les records du monde. La presse la surnomme « la ménagère volante ». Elle ajoute cinq titres européens et 58 titres nationaux, et bat ou égale 12 records du monde. Après sa retraite en 1955, elle dirige l'équipe féminine néerlandaise d'athlétisme de 1958 à 1968. En 1999, l'IAAF la désigne meilleure athlète féminine du XXe siècle. Ses victoires ont contribué à faire tomber l'idée que l'âge et la maternité empêchaient les femmes de réussir dans le sport.
Adrienne MONNIER (1892-1955) Libraire – Éditrice – France
L'inventrice de la librairie moderne. À vingt-trois ans, avec les indemnités d'un accident de son père, cette Savoyarde ouvre rue de l'Odéon la Maison des Amis des Livres : on n'y vend pas seulement des livres, on les prête, on les lit à voix haute, on y débat — un foyer littéraire comme la France n'en avait jamais connu. Gide, Valéry, Fargue, Prévert ou Walter Benjamin s'y croisent ; en face, sa compagne Sylvia Beach ouvre sur son modèle Shakespeare and Company, et les deux librairies deviennent le cœur battant du Paris des lettres de l'entre-deux-guerres. Éditrice courageuse, Adrienne Monnier publie la première traduction française de l'« Ulysse » de Joyce en 1929, aventure ruineuse et glorieuse. Sa revue, ses catalogues et ses essais achèvent de faire d'elle une figure unique, mi-libraire mi-écrivaine, qui a démontré qu'un commerce de livres pouvait être une œuvre.