Portrait à venir

Née un 17 février

Jacqueline FERRAND

1918-2014

    Également connue sous le nom de Jacqueline Lelong-Ferrand, elle est une pionnière de l’accès des femmes aux sciences de haut niveau. Brillante étudiante, elle intègre l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm en 1936, faisant partie du très restreint cercle de femmes admises avant la fermeture des concours mixtes. En 1939, elle marque l’histoire académique en étant reçue première ex-æquo à l’agrégation (masculine) de mathématiques, une performance mémorable aux côtés de Roger Apéry. Immédiatement nommée à l’École Normale Supérieure de Jeunes Filles de Sèvres, elle déploie une énergie remarquable pour hisser l’enseignement scientifique des filles au même niveau d’excellence que celui des garçons. Elle mène de front ses recherches et soutient en 1942 une thèse d’État très remarquée sur la représentation conforme, qui lui vaut de prestigieuses distinctions. Sa carrière universitaire est fulgurante : nommée professeure à Bordeaux, Caen puis Lille, elle enseigne ensuite à l’université de Paris (puis Paris VI) de 1956 jusqu’à sa retraite en 1984. Spécialiste mondialement reconnue de la géométrie différentielle et de la théorie du potentiel, elle publie plus d’une centaine d’articles de recherche d’une grande rigueur. Elle laisse également une empreinte indélébile sur des générations d’étudiants grâce à son fameux Cours de mathématiques coécrit avec Jean-Marie Arnaudiès, qui est resté pendant des décennies la bible absolue des classes préparatoires. En 1996, à l’âge de 78 ans, elle accomplit un dernier coup d’éclat scientifique en démontrant la conjecture de Lichnerowicz relative à la géométrie conforme des variétés riemanniennes. Modèle de persévérance et de clarté intellectuelle, elle a fait tomber les barrières académiques pour inscrire son nom au sommet des mathématiques françaises du XXe siècle.

    En complément : https://www.toureiffel.paris/fr/actualites/chantiers/72-noms-de-femmes-de-science-les-propositions-devoilees

    Isabelle EBERHARDT (1877-1904) Exploratrice – Écrivaine – Suisse

    Exploratrice, journaliste et autrice suisse d'origine russe, figure mythique de la littérature de voyage, célèbre pour son immersion profonde dans la culture arabo-musulmane et son style de vie profondément libre et anticonformiste. Née à Genève d'une mère aristocrate d'origine russe et d'un père ex-prêtre orthodoxe devenu anarchiste, elle reçoit une éducation nomade, très érudite et libertaire. Polyglotte (elle maîtrise le russe, le français, l'allemand, l'italien, le grec et le latin), elle apprend seule l'arabe classique dès son adolescence et nourrit une fascination pour l'Orient et le désert. En 1897, à l'âge de 20 ans, elle effectue son premier voyage en Algérie avec sa mère. Séduite par le pays, elle se convertit à l'Islam sous le nom de Si Mahmoud Saadi. Pour voyager en toute liberté dans une société coloniale très patriarcale, elle adopte le costume traditionnel masculin d'un lettré arabe, monte à cheval comme un homme et fume le kiff. Ce mode de vie déconcerte tant les autorités coloniales françaises, qui la soupçonnent d'espionnage, que certaines élites locales. Installée dans le Sud algérien, elle s'initie aux doctrines soufies et rejoint la confrérie religieuse des Qadiriyya, ce qui lui vaut d'être la cible d'une tentative d'assassinat au sabre en 1901 par un membre d'une confrérie rivale. Expulsée d'Algérie par le gouvernement général, elle y retourne en épousant un sous-officier algérien, Slimane Ehnni. Devenue correspondante pour le journal La Dépêche algérienne, elle parcourt le désert à cheval, rédigeant des récits, des nouvelles et des articles de presse d'une sensibilité poétique remarquable. Ses écrits portent un regard profondément humain et lucide sur les populations locales, dénonçant sans détours les injustices et les abus du système colonial. Son destin tragique s'achève brutalement le 21 octobre 1904 : elle meurt à seulement 27 ans, noyée lors d'une crue soudaine qui ravage sa maison en pisé dans la ville d'Aïn Sefra, au bord du désert. Ses manuscrits, sauvés des boues par des officiers français (dont le futur maréchal Lyautey), seront publiés à titre posthume (Notes de route, Dans l'ombre chaude de l'Islam, Pages d'Islam), consacrant Isabelle Eberhardt comme l'une des voix les plus singulières et indépendantes de la littérature du désert.

    Rózsa PETER (1905-1977) Mathématicienne – Hongrie

    Fondatrice  de la théorie des fonctions récursives, c’est une étudiante brillante qui se passionne d’abord pour la chimie avant de se tourner définitivement vers les mathématiques pures. Dans les années 1930, elle développe le concept de fonction récursive, jetant ainsi les bases théoriques de ce qui deviendra l’informatique moderne. Ses travaux approfondissent et complètent les célèbres théorèmes d’incomplétude d’un de ses correspondants réguliers, le logicien Kurt Gödel. En 1937, elle introduit la célèbre fonction d’Ackermann-Péter, un jalon majeur pour illustrer les limites de la calculabilité en mathématiques. Juive dans la Hongrie des années 1940, elle subit de plein fouet les persécutions du régime et se voit temporairement interdire d’enseigner. Malgré l’isolement et la guerre, elle continue ses recherches clandestinement et publie en 1951 son ouvrage fondateur, Recursive Functions. Après la guerre, elle devient la première femme à obtenir le titre de docteure en sciences mathématiques de l’Académie hongroise. Nommée professeure titulaire à l’université de Budapest en 1955, elle y forme avec passion des générations de logiciens de premier plan. Visionnaire, elle anticipe dès les années 1960 l’application de la théorie des fonctions récursives aux architectures des ordinateurs. Pédagogue hors pair, elle écrit également des livres de vulgarisation pour rendre la poésie des mathématiques accessible au grand public. Première femme élue à l’Académie des sciences de Hongrie, elle reçoit les plus hautes distinctions nationales pour ses avancées scientifiques.

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