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Née un 24 juin
Joan CLARKE
1917-1996
Cryptologue de génie qui a joué un rôle crucial dans le dénouement de la Seconde Guerre mondiale. Recrutée par Gordon Welchman pour rejoindre Bletchley Park, elle fut la seule femme à travailler au cœur de l’équipe d’Alan Turing dans la section du Hut 8. Sa maîtrise exceptionnelle des mathématiques lui a permis de devenir une experte du « Banburismus », une technique de cryptanalyse permettant de décoder les messages de la marine allemande. Bien qu’elle accomplissait les mêmes tâches que ses collègues masculins, elle fut initialement classée comme simple linguiste pour justifier son salaire, faute de grade officiel pour les femmes cryptologues. Sa rapidité d’esprit et sa discrétion en ont fait l’une des figures les plus respectées du centre de décryptage, malgré le secret absolu entourant ses activités. Elle a contribué directement à la neutralisation des sous-marins allemands dans l’Atlantique, sauvant ainsi des milliers de vies et raccourcissant la durée du conflit. Après la guerre, elle a poursuivi une carrière brillante dans la numismatique, devenant une autorité mondiale dans l’étude des monnaies anciennes. En raison du « Secret Act », son rôle historique est resté méconnu du grand public pendant des décennies, avant d’être enfin révélé par la déclassification des archives. Elle a été décorée de l’Ordre de l’Empire britannique en 1946, une reconnaissance rare pour une femme ayant œuvré dans l’ombre des services secrets.
Pearl WITHERINGTON (1914-2008) Espionne – Royaume-Uni
L'Anglaise qui commandait un maquis. Née et élevée à Paris, elle s'évade de France en 1940 et s'engage au SOE. Parachutée en septembre 1943 comme agente de liaison sous le nom de « Marie », elle sillonne le Berry à bicyclette pour porter messages et explosifs. Quand son chef de réseau est arrêté en mai 1944, elle prend le commandement : sous le nom de guerre de « Pauline », elle organise, arme et dirige un maquis qui compte jusqu'à trois mille cinq cents hommes, multiplie les sabotages des voies ferrées et harcèle si bien la Wehrmacht en retraite que les Allemands mettent sa tête à prix pour un million de francs. À la Libération, on lui propose une décoration civile : elle la refuse, faisant remarquer qu'elle n'avait « rien fait de civil ». L'armée britannique lui remettra finalement son brevet de parachutiste... à quatre-vingt-douze ans.
Marguerite CAETANI (1880-1963) Mécène – Éditrice – États-Unis / Italie
L'Américaine qui offrit deux revues légendaires à la littérature européenne. Héritière de la Nouvelle-Angleterre devenue princesse di Bassiano par son mariage avec le compositeur Roffredo Caetani, elle fonde à Paris en 1924 « Commerce », avec Valéry, Fargue et Larbaud en parrains : Joyce, Rilke, Saint-John Perse ou Michaux s'y côtoient dans des traductions soignées qu'elle finance sans compter. Après-guerre, installée à Rome, elle récidive avec « Botteghe Oscure », revue polyglotte où débutent Dylan Thomas, René Char, Italo Calvino ou Truman Capote — vingt-cinq numéros payés de sa poche et expédiés aux quatre coins du monde. Découvreuse infatigable, correspondante de centaines d'écrivains qu'elle soutenait souvent en secret, cette passeuse entre les langues a fait de sa fortune un pont entre les littératures, sans jamais chercher la lumière pour elle-même.
Véra OBOLENSKY (1911-1944) Résistante – France
Fille d'un haut fonctionnaire russe réfugié à Paris après la révolution, mannequin dans les maisons de couture russes puis secrétaire, elle épouse en 1937 le prince Nicolas Obolensky. Dès l'été 1940, celle que ses camarades appellent Vicky entre dans la clandestinité : secrétaire générale de l'Organisation civile et militaire, l'un des grands mouvements de la Résistance, elle centralise les renseignements militaires, organise l'évasion de prisonniers britanniques, aide les prisonniers soviétiques et fonde une Union des patriotes russes. Sa mémoire prodigieuse lui permet de tout retenir sans rien écrire – ce qui sauvera bien des vies. Arrêtée par la Gestapo le 17 décembre 1943, torturée, elle ne livre aucun nom, répondant invariablement qu'elle ne sait rien. Transférée à Berlin, elle est décapitée le 4 août 1944 à la prison de Plötzensee, à trente-trois ans. Faite chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume, elle n'a pas de tombe : trois plaques, dont deux à Sainte-Geneviève-des-Bois, portent son nom.