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Née un 18 août
Klára DAN VON NEUMANN
1911-1963
Pionnière de l’informatique dont la contribution a été longtemps occultée par l’ombre de son mari, le célèbre mathématicien John von Neumann. Bien qu’elle n’ait pas de formation scientifique initiale, elle est devenue l’une des premières programmatrices de l’histoire moderne en apprenant à traduire des équations complexes en code machine pour l’ordinateur ENIAC. Elle a joué un rôle crucial dans le développement de la méthode de Monte-Carlo, une technique statistique essentielle pour simuler des phénomènes aléatoires, utilisée initialement pour les calculs de fission nucléaire à Los Alamos. Klara a écrit le code de la première prévision météorologique réussie sur ordinateur, jetant ainsi les bases de la météorologie numérique contemporaine. Sa capacité à comprendre l’architecture logique des premières machines de calcul lui a permis de résoudre des problèmes de programmation que même les ingénieurs concepteurs trouvaient insurmontables. Après la mort de son mari, elle a édité ses manuscrits inachevés, assurant la transmission de ses travaux sur les automates cellulaires et la théorie de l’information. Femme d’une grande vivacité intellectuelle et polyglotte, elle a navigué dans les cercles scientifiques les plus fermés de l’après-guerre avec une aisance remarquable. Sa carrière illustre parfaitement le rôle invisible, mais vital, des femmes dans l’émergence de l’ère numérique. Klara Dan von Neumann demeure une figure clé de l’histoire du codage, ayant prouvé que la logique de programmation était une discipline à part entière, indépendante du matériel.
Winona LADUKE (1959) Écrivaine – États-Unis
Cette militante, économiste et écrivaine amérindienne de la nation Ojibwé est l’une des voix les plus puissantes de l’écologisme et des droits des peuples autochtones aux États-Unis. Diplômée de l’université de Harvard en développement économique rural, elle consacre sa vie à la défense des terres ancestrales et à la souveraineté alimentaire de sa communauté. En 1985, elle fonde l’Alliance des terres de la réserve de White Earth afin de récupérer les territoires traditionnels spoliés par l’État et de relancer la culture du riz sauvage traditionnel. Quelques années plus tard, elle cofonde l’organisation Honor the Earth, jouant un rôle national crucial dans la lutte contre les projets d’oléoducs destructeurs, notamment lors des manifestations historiques de Standing Rock. Son engagement politique la mène sur le devant de la scène présidentielle américaine en 1996 et 2000, où elle se présente comme candidate à la vice-présidence des États-Unis aux côtés de Ralph Nader sous la bannière du Parti vert. Autrice prolifique et théoricienne de l’indigénisme, elle promeut sans relâche un modèle économique durable basé sur les énergies renouvelables et le respect des cycles naturels plutôt que sur l’extraction intensive. Reconnue mondialement pour sa vision pionnière de l’écoféminisme, elle a été introduite au National Women’s Hall of Fame pour son combat acharné contre le racisme environnemental.
Jeanne MARNI (1851-1910) Femme de lettres – France
Née Marie Françoise Jeanne Barousse, elle est journaliste, dramaturge et romancière, célèbre pour ses analyses psychologiques acérées de la société de la Belle Époque et son engagement en faveur de la cause des femmes. Fille de l'autrice féministe Manoël de Grandfort, elle se destine d'abord au théâtre et suit une formation de comédienne. Après le décès de son mari Victor Désiré Marnière en 1880, elle décide de vivre de sa plume et adopte le pseudonyme de Jeanne Marni. Elle commence par publier des nouvelles, des romans et des scènes dialoguées dans de grands journaux parisiens comme Le National, Le Petit Journal, L'Écho de Paris et Le Journal. Son style ironique et incisif rencontre un immense succès auprès du public. Spécialiste des dialogues courts et percutants, elle publie des recueils populaires comme Comment elles se donnent et Comment elles nous lâchent, tout en écrivant pour le théâtre, notamment des pièces jouées au Grand-Guignol et sur les grands boulevards. Dans ses romans psychologiques, tels que La Femme de Silva ou sa trilogie s'achevant par Souffrir…, elle dépeint sans complaisance les travers masculins, les peines sentimentales et la condition souvent précaire des femmes de son temps. Proche des milieux intellectuels et réformateurs, elle collabore dès 1897 au journal féministe La Fronde, entièrement fondé et dirigé par des femmes. En 1904, elle participe activement à la création du jury du prix Vie Heureuse, qui deviendra plus tard le prix Femina, visant à offrir une reconnaissance littéraire aux autrices snobées par l'Académie Goncourt. Jeanne Marni s'éteint en 1910 à l'âge de 58 ans, laissant le souvenir d'une observatrice lucide des mœurs de son époque.
Elsa MORANTE (1912-1985) Écrivaine – Italie
Romaine de naissance et de cœur, élevée dans le quartier populaire du Testaccio, elle publie ses premiers contes dès treize ans et quitte tôt sa famille pour vivre de sa plume. Épouse tumultueuse de l'écrivain Alberto Moravia, avec qui elle fuit dans les montagnes en 1943 pour échapper aux rafles — expérience qui nourrira son œuvre —, elle impose une voix unique dans les lettres italiennes : « Mensonge et sortilège » (1948, prix Viareggio) éblouit, puis « L'Île d'Arturo » fait d'elle en 1957 la première femme à remporter le prix Strega. En 1974 paraît son chef-d'œuvre, « La Storia » : l'histoire d'une institutrice et de son enfant dans Rome occupée, publiée à sa demande directement en poche pour être lue par tous — un phénomène qui divise la critique et bouleverse des millions de lecteurs, aujourd'hui classé parmi les cent plus grands livres de tous les temps. Passionnée de chats siamois, qui peuplent ses photos et ses pages, elle s'éteint à Rome le 25 novembre 1985.
Clémentine-Hélène DUFAU (1869-1937) Peintre – Affichiste – France
Affichiste et peintre décoratrice, elle a donné son visage au premier quotidien entièrement fait par des femmes. De santé fragile, contrainte enfant à rester allongée, elle dessine ; ses parents finissent par vendre le domaine viticole familial pour l'accompagner à Paris, où elle entre à l'Académie Julian. En 1897, Marguerite Durand lui commande l'affiche de La Fronde, journal rédigé, composé et imprimé par des femmes : l'image fait le tour de Paris. Reconnue, elle décore la villa d'Edmond Rostand au Pays basque, peint Anna de Noailles et Jeanne Lanvin, et reçoit de l'État la commande des grands panneaux de la nouvelle Sorbonne, où elle célèbre l'astronomie, les mathématiques et la radioactivité. Chevalier de la Légion d'honneur en 1909, elle se passionne ensuite pour les théories de la couleur et publie en 1932 un livre-testament, Les Trois Couleurs de la lumière, où elle dénonce les violences faites aux femmes et appelle à l'égalité des sexes. Sa fortune s'est effondrée : elle vend sa villa, loue son atelier d'Antibes pour subsister et continue d'exposer au Salon des femmes artistes modernes. Elle meurt d'un cancer en 1937 et est enterrée au carré des indigents du cimetière de Thiais — sort d'une artiste que l'État avait pourtant décorée et dont les œuvres ornent la Sorbonne.
Margaret « Mardy » MURIE (1902-2003) Protectrice de la nature – États-Unis
« La grand-mère du mouvement écologiste américain ». Première diplômée de l'université d'Alaska, elle épouse le biologiste Olaus Murie et passe sa lune de miel en traîneau à chiens, à huit cents kilomètres au nord du cercle polaire — le début d'une vie entière d'expéditions partagées. Depuis leur ranch du Wyoming, devenu le foyer du mouvement pour la nature sauvage, elle mène avec lui puis seule les campagnes qui aboutissent en 1960 à la création de l'Arctic National Wildlife Refuge, plus vaste refuge faunique des États-Unis, et en 1964 au Wilderness Act, la loi fondatrice qui protège les derniers espaces vierges du pays — elle témoigne au Congrès et veille au texte. Son livre « Two in the Far North » a enchanté des générations. Médaille présidentielle de la Liberté à quatre-vingt-seize ans, elle s'éteint à cent trois ans dans son ranch, ayant gagné plus de batailles pour la nature qu'aucun homme de son siècle. À soixante-dix-sept ans, elle témoignait encore devant le Congrès pour la grande loi sur les terres d'Alaska de 1980, qui doubla d'un coup les espaces protégés des États-Unis. Son ranch de Moose, au Wyoming, forme depuis des volées de jeunes naturalistes qui l'appellent simplement « Mardy ».