Partager son histoire
Née un 16 décembre
Lin ZHAO
1931-1968
Poétesse et figure majeure de la dissidence intellectuelle sous l’ère Mao Zedong. Elle est d’abord engagée auprès du Parti Communiste puis va basculer dans l’opposition pour défendre la liberté de pensée et la dignité humaine. Condamnée pour ses écrits jugés subversifs, elle a transformé sa cellule en un sanctuaire de résistance littéraire. Dans des conditions de détention inhumaines, elle a rédigé des milliers de mots avec son propre sang, dénonçant la tyrannie et affirmant sa foi chrétienne. Son exécution en 1968 reste l’un des épisodes les plus tragiques de la Révolution culturelle, marqué par la cruauté symbolique de la « facture de la balle » imposée à ses proches. Longtemps occultée, son histoire a été redécouverte grâce au travail du documentariste Hu Jie. Elle incarne aujourd’hui la conscience inflexible face à l’oppression totale. Sa poésie, empreinte de spiritualité et de ferveur démocratique, continue de résonner comme un appel à la vérité. Sa vie est le témoignage ultime de la puissance de l’esprit sur la force brute.
Jane AUSTEN (1775-1817) Femme de lettres – Royaume-Uni
Septième d’une fratrie de huit enfants, elle développe dès son plus jeune âge une passion dévorante pour la lecture et l’écriture, rédigeant des pièces satiriques et des contes humoristiques pour divertir son entourage familial. Malgré un cadre de vie apparemment restreint et une existence paisible rythmée par les visites de voisinage et les bals de province, elle observe avec une acuité psychologique extraordinaire les comportements, les petitesses et les structures sociales de la société georgienne qui l’entoure. Derrière des intrigues d’apparence sentimentale, Jane Austen déploie une satire sociale d’une ironie mordante. À une époque où la femme ne possède aucune indépendance financière et où le mariage constitue son unique moyen d’échapper à la déchéance sociale, l’autrice dissèque avec une précision chirurgicale les rouages du marché matrimonial. Ses héroïnes, à l’image de la vive Elizabeth Bennet dans Orgueil et Préjugés ou de la méticuleuse Emma Woodhouse dans Emma, se caractérisent par leur intelligence, leur ironie et leur refus catégorique de sacrifier leur intégrité morale ou leur liberté d’esprit pour des convenances financières. Jane Austen elle-même applique ces principes à sa propre vie : en 1802, après avoir accepté une proposition de mariage d’un riche parti, elle se rétracte dès le lendemain, choisissant le célibat pour préserver son indépendance d’écriture. Pionnière de la technique narrative du discours indirect libre, elle révolutionne le roman moderne en permettant au lecteur de s’immerger directement dans les pensées intimes de ses personnages. Publiant l’ensemble de ses chefs-d’œuvre « »Raison et Sentiments, « Orgueil et Préjugés », « Mansfield Park », « Emma ») sous le couvert de l’anonymat avec la simple mention « By a Lady », elle connaît un succès d’estime de son vivant. Elle meurt prématurément en 1817 à l’âge de 41 ans, probablement des suites de la maladie d’Addison, reconnue aujourd’hui comme l’un des plus grands génies de la littérature universelle, son nom figure désormais sur les billets de 10 livres sterling de la Banque d’Angleterre.
Barbe-Nicole CLICQUOT PONSARDIN (1777-1866) Entrepreneuse – France
Une des premières femmes d’affaires de l’histoire moderne à avoir bâti un empire commercial international. Élevée à Reims dans une famille aisée de la haute bourgeoisie, elle épouse François Clicquot en 1798. Lorsque son mari meurt brutalement en 1805, alors qu’elle n’a que 27 ans et est mère d’une petite fille, elle prend une décision stupéfiante pour l’époque: refuser de vendre l’affaire familiale et reprendre seule les rennes de la maison de vin de Champagne, bravant les interdictions administratives qui privaient alors les femmes de droits civils et commerciaux (le statut de veuve étant l’un des rares leur accordant une autonomie juridique). Audacieuse, novatrice et dotée d’un sens des affaires exceptionnel, elle révolutionne profondément l’industrie viticole et les méthodes d’élaboration du champagne :
-L’invention de la table de remuage Antoine de Muller (1816) avec son chef de cave : Elle invente le procédé de la table de remuage, permettant d’éclaircir le vin en concentrant les dépôts de levure dans le col de la bouteille pour les extraire, une innovation technique majeure adoptée par l’ensemble des maisons de Champagne.
-Le premier champagne rosé d’assemblage (1818) : Elle crée le tout premier champagne rosé obtenu par assemblage de vins rouges et de vins blancs, remplaçant la méthode par coloration au sureau.
-Le champagne millésimé : Elle est à l’origine du tout premier champagne millésimé connu en 1810 garantissant une qualité exceptionnelle lors des grandes années de récolte.
-Une conquête commerciale internationale héroïque : En plein blocus avec les guerres napoléoniennes, elle prend d’immenses risques financiers et logistiques pour expédier clandestinement 10 500 bouteilles de son millésime 1811 vers l’Empire russe. Le succès est retentissant : le « vin de la Veuve » devient la boisson préférée du Tsar Alexandre Ier et de l’aristocratie européenne, propulsant sa marque à l’échelle mondiale. À sa mort en 1866 à l’âge de 89 ans, la maison Veuve Clicquot exporte plus de 750 000 bouteilles à travers le monde. Femme rigoureuse sur la qualité, elle a transformé un petit négoce familial en une icône mondiale du luxe français et du savoir-faire champenois. A lire : https://www.veuveclicquot.com/fr-int/madameclicquot.html
YU Gwan-sun (1902-1920) Résistante – Corée
La « Jeanne d'Arc de Corée ». Étudiante de l'école Ewha de Séoul, elle a seize ans quand éclate, le 1er mars 1919, le soulèvement pacifique contre l'occupation japonaise. École fermée, elle rentre dans son village du Chungcheong, recopie la déclaration d'indépendance et organise pour le 1er avril la grande manifestation du marché d'Aunae : trois mille personnes aux cris de « Mansei ! ». La gendarmerie japonaise tire sur la foule ; ses parents sont tués sous ses yeux. Arrêtée, elle revendique tout mais refuse, torture après torture, de livrer un seul nom, et récuse la légitimité du tribunal colonial. À la prison de Seodaemun, loin de plier, elle déclenche pour le premier anniversaire du soulèvement une manifestation derrière les barreaux. Elle meurt des suites des tortures le 28 septembre 1920, à dix-sept ans. La Corée en a fait l'un de ses symboles nationaux les plus vénérés.
Andrée BLOUIN (1921-1986) Politique – Centrafrique
Fille d'un commerçant français et d'une adolescente banziri de quatorze ans, elle est arrachée à sa mère à trois ans et enfermée dans un orphelinat pour métis de Brazzaville, tenu par des religieuses, dont elle s'évade à dix-sept. Son fils René meurt du paludisme à deux ans : la loi coloniale réservait la quinine aux Blancs, et l'administrateur a refusé le traitement à un enfant d'ascendance africaine. De ce refus naît une militante. Elle mène campagne contre la loi sur la quinine, puis rejoint les mouvements d'indépendance de Guinée, du Congo belge et d'Algérie. En 1960, elle fonde le Mouvement féminin de solidarité africaine, qui rassemble en quelques mois des dizaines de milliers de Congolaises, et devient chef du protocole du gouvernement de Patrice Lumumba, dont elle rédige des discours. Après l'assassinat de celui-ci, elle est condamnée à mort et fuit le pays. Son autobiographie, « Mon pays, l'Afrique », a été rééditée en 2025 et la fait redécouvrir.
Augusta HOLMÈS (1847-1903) Compositrice – France
Compositrice et poétesse d'origine irlandaise, elle est l'une des figures les plus flamboyantes de la vie musicale française de la fin du XIXe siècle. Filleule d'Alfred de Vigny, élevée à Versailles, elle se voit refuser l'accès au Conservatoire et se forme par des leçons privées, avant de devenir l'élève de César Franck. Admirée par Franz Liszt, fervente wagnérienne, elle écrit elle-même les textes de toutes ses œuvres vocales et publie ses premières partitions sous le pseudonyme masculin d'Hermann Zenta, avant de signer de son propre nom. Pendant la guerre de 1870, elle sert comme ambulancière. Elle adopte la nationalité française et ajoute un accent grave à son nom. Ses poèmes symphoniques « Les Argonautes », « Irlande » et « Pologne » lui apportent la célébrité, et elle reverse les droits d'« Irlande » à des organisations nationalistes irlandaises. En 1889, la République lui commande l'« Ode triomphale » pour le centenaire de la Révolution, jouée au palais de l'Industrie par plus d'un millier d'interprètes devant des milliers de spectateurs. En 1895, son opéra « La Montagne noire » est créé à l'Opéra de Paris, faisant d'elle l'une des toutes premières femmes programmées par cette institution. Compagne du poète Catulle Mendès, avec qui elle a plusieurs enfants, elle signe aussi le célèbre chant de Noël « Trois anges sont venus ce soir ». Claude Debussy lui rend hommage à sa mort.