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Née un 30 décembre
TU Youyou
1930
Prix Nobel de médecine 2015, elle a découvert l'artémisinine, qui a sauvé des millions de vies. Née à Ningbo, dans le Zhejiang, elle doit interrompre ses études à seize ans pour une tuberculose : c'est cette maladie qui la décide à faire de la recherche médicale. Diplômée en 1955 de la faculté de pharmacie de Pékin, formée ensuite deux ans et demi à la médecine traditionnelle chinoise, elle entre à l'Académie de médecine chinoise. En 1967, pendant la guerre du Vietnam, Hô Chi Minh demande à Zhou Enlai un traitement contre le paludisme qui décime ses soldats et résiste à la chloroquine : le « projet 523 » est lancé en secret. En 1969, à trente-huit ans, elle en prend la tête dans son institut. Les laboratoires du monde entier ont déjà testé 240 000 composés sans résultat ; elle décide de chercher ailleurs. Elle parcourt le pays pour interroger les praticiens traditionnels, compile 640 recettes anciennes, teste plus de 2 000 préparations et 380 extraits. L'armoise annuelle se détache, mais l'extraction à l'eau chaude ne donne rien — jusqu'à ce qu'elle relise un texte de Ge Hong, vieux de seize siècles, qui prescrit de tremper la plante dans l'eau froide. Elle change de solvant et obtient, en 1972, la molécule pure. Pour les premiers essais humains, elle se porte volontaire elle-même : « J'étais responsable de ce groupe de recherche. » Son travail sera publié anonymement en 1977.
Mary TEALBY (1801-1865) Protectrice des animaux – Royaume-Uni
Née Bates à Huntingdon, en Angleterre, elle s'installe à Londres après la fin de son mariage. Bouleversée par les milliers de chiens affamés qui errent dans les rues de la capitale victorienne, elle fonde en 1860, à Holloway, le Temporary Home for Lost and Starving Dogs — le tout premier refuge pour animaux abandonnés. On se moque d'elle : le Times raille cette « folie sentimentale » alors que des humains meurent de faim. Elle tient bon, recueille les bêtes une à une, organise collectes et souscriptions, et gagne à sa cause Charles Dickens, dont un article retourne l'opinion publique. Elle meurt d'un cancer le 3 octobre 1865, sans voir le triomphe de son œuvre : devenu le célèbre Battersea Dogs & Cats Home en 1871, son refuge a recueilli depuis plus de trois millions d'animaux et inspiré des refuges dans le monde entier.
Yvonne BRILL (1924-2013) Ingénieure – Canada
Son professeur de physique lui avait dit qu'une femme n'irait jamais nulle part, et l'université du Manitoba avait refusé son inscription en ingénierie au motif que le camp d'été obligatoire n'avait pas d'installations pour les filles. Elle prend donc un diplôme de mathématiques en 1945, entre chez Douglas Aircraft et se retrouve, à vingt-deux ans, seule femme au monde à travailler sur la propulsion des fusées. Dans les années 1970 elle met au point le moteur qui porte son nom, un propulseur électrothermique à hydrazine : au lieu de brûler le carburant, il le chauffe électriquement. Le gain est de trente pour cent d'ergols, ce qui permet à un satellite d'emporter davantage d'instruments et de rester bien plus longtemps en orbite. Presque tous les satellites de télécommunications en sont équipés depuis. Elle a aussi travaillé à la navette spatiale et à la sonde Nova. Médaille nationale de la technologie en 2010, entrée la même année au Temple de la renommée des inventeurs. Le « New York Times » ouvrit sa nécrologie sur son bœuf Stroganoff et les huit ans qu'elle avait pris pour élever ses enfants : le tollé obligea le journal à réécrire le texte, et l'affaire est restée comme un cas d'école du sexisme ordinaire.
Patti SMITH (1946) Chanteuse – Poétesse – États-Unis
Ce qu'elle invente tient en une date : le 10 février 1971, à l'église Saint-Marc de New York, elle lit ses poèmes accompagnée de la guitare électrique de Lenny Kaye. Personne ne faisait cela ; la poésie sortait du livre, le rock recevait un texte. Ouvrière dans une usine de jouets du New Jersey, elle était montée à New York à vingt ans avec des carnets pour tout bagage, avait dormi au Chelsea Hotel et partagé sa chambre avec Robert Mapplethorpe. Son premier recueil, « Seventh Heaven », paraît en 1972 ; son premier 45 tours, « Hey Joe / Piss Factory », en 1974. Puis vient « Horses », réalisé par John Cale en 1975, un an avant le premier album des Ramones : il s'ouvre sur une profession d'incroyance – « Jesus died for somebody's sins but not mine » – et la pochette de Mapplethorpe, chemise blanche et veste jetée sur l'épaule, refuse tous les codes alors imposés aux chanteuses. Sa résidence au CBGB avec Television fait de ce club le foyer du punk new-yorkais. « Because the Night », écrite avec Bruce Springsteen, atteint la treizième place américaine en 1978 ; « People Have the Power » deviendra un hymne de manifestation. Seize ans de retrait dans le Michigan pour élever ses enfants, un retour après la mort de son mari, l'entrée au Rock and Roll Hall of Fame en 2007, puis le National Book Award en 2010 pour « Just Kids ». En 2016, à la remise du prix Nobel de Bob Dylan, elle chante « A Hard Rain's A-Gonna Fall », s'interrompt, s'excuse et recommence.