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Née un 10 avril
Delphine SEYRIG
1932-1990
Actrice majeure du cinéma européen et militante féministe passionnée, dotée d’une voix grave et d’une présence magnétique inoubliables. Révélée mondialement en 1961 par son rôle mystérieux dans L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais, elle devient l’égérie de réalisateurs prestigieux comme François Truffaut (Baisers volés) et Luis Buñuel (Le Charme discret de la bourgeoisie). Actrice exigeante au théâtre comme à l’écran, elle bouleverse les codes du cinéma en 1975 en incarnant magistralement la routine aliénante d’une femme au foyer dans le chef-d’œuvre de Chantal Akerman, Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles. Parallèlement à sa carrière, elle s’engage activement dans le mouvement de libération des femmes, signant le Manifeste des 343 en 1971 et s’emparant de la caméra vidéo pour réaliser des documentaires militants comme « Sois belle et tais-toi. » En 1982, elle cofonde le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir à Paris afin de conserver et diffuser les archives des luttes des femmes. Actrice insoumise, elle a utilisé sa notoriété pour subvertir l’image traditionnelle de la star et donner une voix aux femmes marginalisées. Son héritage artistique et politique unique fait d’elle une icône intemporelle de l’émancipation et de la modernité cinématographique. En 1972, elle prête son appartement pour première démonstration en France de l’avortement par la méthode Karman en présence de celui-ci et de militantes du MLF.
Hubertine AUCLERT (1848-1914) Politique – France
Révoltée par le Code Napoléon qui reléguait la femme au rang d’éternelle mineure, elle est la première militante à se proclamer ouvertement « féministe ». Elle rompt avec le féminisme dit modéré de son époque, qu’elle juge beaucoup trop hésitant. Pour elle, le droit de vote n’est pas un objectif lointain, mais la clé de tous les autres droits. En 1876, elle fonde la société « Le Droit des femmes », axée sur le suffrage politique. Dotée d’un sens inouï de la mise en scène, elle multiplie les actions spectaculaires. Elle lance la première grève de l’impôt en refusant de payer l’État qui la prive de droits. « Si je n’ai pas le droit de voter, je n’ai pas le droit d’être imposée », écrit-elle. En 1881, elle crée La Citoyenne, un journal entièrement dédié au combat des suffragettes. Elle n’hésite pas à boycotter le recensement ou à perturber les mariages civils à la mairie. En 1908, elle va jusqu’à renverser une urne électorale lors des élections municipales à Paris. Elle passe sa vie entière à subir les moqueries et le mépris d’une classe politique patriarcale. Mais son acharnement finit par installer définitivement la question du vote des femmes dans le débat.
Elle s’éteint en 1914, trente ans avant que les Françaises n’obtiennent enfin le droit d’aller voter. Elle demeure l’une des figures les plus radicales, modernes et courageuses de notre histoire.
Cécile ROL-TANGUY (1919-2020) Résistante – France
Résistante de la première heure et voix de la libération de Paris. Fille d'ouvrier communiste, dactylo aux usines Hispano-Suiza, elle entre en clandestinité dès 1940 avec son mari Henri Rol-Tanguy. Agente de liaison pendant toute l'occupation, elle transporte armes, documents et matériel de propagande dans le landau de ses enfants, traversant Paris sous l'œil des patrouilles allemandes — tout en perdant deux bébés en bas âge dans les privations de la guerre. En août 1944, dans le poste de commandement souterrain de Denfert-Rochereau, elle tape et diffuse les appels à l'insurrection, dont le fameux « Tous aux barricades ! » qui soulève la capitale. Décorée de la Grand-croix de la Légion d'honneur, infatigable témoin auprès des jeunes générations, elle s'éteint symboliquement un 8 mai, jour anniversaire de la victoire de 1945.
Leona VICARIO (1789-1842) Politique – Mexique
Orpheline et riche héritière, élevée par un oncle avocat royaliste, elle met sa fortune au service de l'insurrection mexicaine dès 1810 : elle finance l'achat d'armes, entretient des familles d'insurgés, et surtout fait passer aux rebelles, cachés dans ses courriers, les renseignements recueillis dans les salons de Mexico. Elle recrute des armuriers de Biscaye et les fait envoyer clandestinement aux ateliers insurgés. Arrêtée en 1813 et enfermée au couvent de Belén, elle refuse de livrer un seul nom malgré les interrogatoires ; trois insurgés déguisés en officiers viennent l'en tirer. Elle rejoint alors la guérilla, rédige dans « El Ilustrador Americano » et épouse en 1815 l'avocat Andrés Quintana Roo — leur fille naît dans une grotte pendant une fuite. Le Mexique indépendant lui restitue ses biens et la déclare « Bienfaitrice et très douce Mère de la Patrie » ; en 2020, le Congrès a inscrit l'année sous son nom.
Consuelo de SAINT-EXUPÉRY (1901-1979) Peintre – Sculptrice – Salvador / France
Fille de propriétaires terriens salvadoriens, elle étudie aux Beaux-Arts de San Francisco puis le droit à Mexico, où elle devient journaliste et rencontre Diego Rivera : de la peinture murale mexicaine elle gardera une palette vive et dense. Veuve à vingt-six ans de l'écrivain Enrique Gómez Carrillo, elle mène à Paris une vie d'artiste et se lie au groupe surréaliste – Duchamp, Breton, Balthus, Derain, Oscar Dominguez influencent durablement son travail. Elle épouse Antoine de Saint-Exupéry en 1931. Réfugiée pendant la guerre près de Marseille, où Varian Fry fait passer les intellectuels menacés aux États-Unis, elle rejoint New York et y écrit « Oppède » ; c'est par la presse qu'elle apprend la disparition de son mari, en 1944. Sans ressources, elle décore alors les vitrines de Bloomingdale's, grâce à Salvador Dalí. Rentrée en France, elle se consacre à la peinture et à la sculpture, expose ici et à l'étranger. Ses souvenirs, longtemps enfermés dans une malle, ont paru en 2000 sous le titre « Mémoires de la rose ».
Juliette DROUET (1806-1883) Comédienne – Épistolière – France
Née Julienne Gauvain, elle est une comédienne française restée célèbre pour avoir été la compagne dévouée, la muse et la collaboratrice de Victor Hugo pendant plus de cinquante ans. Orpheline très jeune, elle est élevée dans un couvent parisien avant de se tourner vers le théâtre. Dotée d'une grande beauté, elle devient une actrice en vue sur les scènes parisiennes et la maîtresse du sculpteur James Pradier, avec qui elle a une fille, Claire. Sa vie bascule en février 1833 lors des répétitions de la pièce « Lucrezia Borgia » : elle rencontre Victor Hugo et tombe éperdument amoureuse de lui. À la demande de l'écrivain, elle abandonne sa carrière théâtrale et sa vie mondaine pour se consacrer entièrement à lui. Pendant un demi-siècle, elle s'installe à proximité de ses différentes résidences (à Paris, puis en exil à Jersey et Guernesey), menant une vie de réclusion volontaire et de dévouement absolu. Son rôle dépasse largement celui d'une simple maîtresse puisque lors du coup d'État du 2 décembre 1851 par Louis-Napoléon Bonaparte, elle sauve la vie de Victor Hugo en lui organisant une cachette puis un passeport pour fuir vers Bruxelles. Elle recopie minutieusement tous ses manuscrits (dont « Les Misérables » et « La Légende des siècles »), et gère une partie de sa correspondance. Elle rédige chaque jour une à plusieurs lettres d'amour destinées à Hugo, constituant une correspondance monumentale de plus de 20 000 lettres. Elle ne regagne Paris qu'après la chute du Second Empire en 1870 et termine ses jours aux côtés du poète, qui disparaîtra deux ans plus tard.