Fatima JINNAH (1893-1967)

Née un 30 juillet

Fatima JINNAH

1893-1967

    Chirurgienne-dentiste, femme d’État et humanitaire, affectueusement surnommée Madar-e-Millat (Mère de la Nation) au Pakistan. Elle fut la première femme à ouvrir un cabinet dentaire à Calcutta en 1923, brisant les barrières sociales dans un secteur alors exclusivement masculin. Elle abandonna sa brillante carrière médicale pour soutenir son frère, Muhammad Ali Jinnah, devenant sa conseillère la plus proche lors de la lutte pour l’indépendance et la création du Pakistan. Au-delà de la politique, elle s’engagea corps et âme dans l’aide humanitaire, notamment en organisant le secours aux réfugiés lors de la sanglante partition de 1947. Elle fonda l’Association des femmes du Pakistan pour promouvoir l’éducation des filles et l’autonomisation économique des femmes dans le nouvel État. En 1965, malgré son âge avancé, elle sortit de sa retraite pour se présenter à l’élection présidentielle contre le dictateur Ayub Khan, devenant un symbole de la résistance démocratique. Son courage face à l’oppression militaire a galvanisé la société civile et ouvert la voie aux futurs mouvements pour les droits civiques. Elle militait pour un Pakistan moderne où la justice sociale et l’égalité des chances seraient les piliers de la nation. Sa droiture morale et son refus des compromis ont fait d’elle une icône respectée par-delà les clivages partisans. Elle a consacré sa fortune et son énergie à la création de cliniques, d’écoles et de centres de formation pour les plus démunis. Fatima Jinnah demeure aujourd’hui la personnalité féminine la plus importante de l’histoire pakistanaise, incarnant l’alliance parfaite entre l’expertise scientifique et le dévouement patriotique. Son œuvre continue d’inspirer des millions de femmes en Asie du Sud.

    Marie THARP (1920-2006) Géologue – Océanographe – États-Unis

    Cartographe, ses travaux ont permis de mettre en exergue la tectonique des plaques ce qui a révolutionné la compréhension de la Terre. Diplômée en géologie au milieu des années 1940, elle intègre le laboratoire de l’université Columbia, où elle entame une collaboration de trente ans avec le géologue Bruce Heezen. En raison des préjugés sexistes de l’époque, Marie Tharp est interdite d’embarquer sur les navires de recherche et reste à terre pour traiter les données de sondage recueillies. Armée de ses stylos et de sa table à dessin, elle transforme de simples profils d’échos sonars en cartes topographiques tridimensionnelles des fonds marins. En 1953, elle découvre une immense structure inconnue : une vallée d’effondrement (rift) continue au milieu de l’océan Atlantique. Elle comprend immédiatement que cette faille est la preuve irréfutable de la dérive des continents, une théorie alors rejetée par la majorité de la communauté scientifique. Heezen rejette d’abord sa découverte en la qualifiant de « discussions de bonne femme », avant de devoir se rendre à l’évidence face à la précision de ses tracés. En 1977, ils publient la toute première carte mondiale du fond des océans, un chef-d’œuvre scientifique et artistique qui valide définitivement la théorie de la tectonique des plaques. Reconnue tardivement par ses pairs, elle reçoit la médaille d’or de la Society of Woman Geographers et est honorée par la Bibliothèque du Congrès.

    Louise DU PIERRY (1746-1807) Astronome – France

    Astronome française, première femme à avoir enseigné l'astronomie en France, elle fait partie des 72 femmes scientifiques dont le nom sera inscrit sur la tour Eiffel. Née Marie Louise Élisabeth Félicité Pourrat de la Madeleine à La Ferté-Bernard, dans le Maine, devenue veuve du Pierry, elle s'installe à Paris où sa rencontre avec le grand astronome Jérôme de Lalande, en 1779, décide de sa vie : elle devient son élève, puis sa plus proche collaboratrice. Calculatrice hors pair, elle établit des tables d'éclipses remontant sur plusieurs siècles — précieuses pour dater les événements de l'histoire — ainsi que des tables de réfraction et d'aberration des étoiles. Lalande lui dédie en 1785 son « Astronomie des dames », saluant en elle une véritable astronome et non une simple curieuse. En 1789, elle franchit un pas historique : elle ouvre à Paris son « Cours d'astronomie ouvert pour les dames et mis à leur portée » — le seul cours d'astronomie professé par une femme que connaisse le XVIIIe siècle, qui lui vaut d'être souvent qualifiée de première professeure de la Sorbonne. Membre de plusieurs académies, de Béziers jusqu'à Richmond en Amérique, elle fut longtemps réputée morte « vers 1830 » : les recherches récentes ont retrouvé sa trace — elle s'est éteinte le 27 février 1807 à Luzarches. Deux siècles plus tard, la tour Eiffel s'apprête à porter son nom vers le ciel qu'elle a tant scruté.

    Maria Anna MOZART (1751-1829) Musicienne – Autriche

    Maria Anna Mozart, surnommée « Nannerl », naît le 30 juillet 1751 à Salzbourg. Enfant prodige du clavecin et du pianoforte, elle sillonne l'Europe avec son jeune frère Wolfgang lors de la grande tournée familiale (1763-1766) : à Londres, Paris ou Vienne, les deux enfants émerveillent les cours royales, et le nom de Nannerl figure souvent en tête des affiches. Son père Leopold la décrit comme l'une des meilleures pianistes d'Europe. Mais à dix-huit ans, l'âge de se marier selon les usages du temps, elle doit renoncer aux tournées et rester à Salzbourg pendant que Wolfgang poursuit sa carrière. Elle compose — son frère loue la beauté de ses œuvres dans ses lettres — mais son père lui ordonne de cesser d'écrire, persuadé qu'une femme ne saurait être compositrice, et aucune de ses partitions ne nous est parvenue. Mariée en 1784 au magistrat Berchtold zu Sonnenburg, elle élève leurs trois enfants, puis revient à Salzbourg après son veuvage, en 1801, et vit de ses leçons de piano. Devenue aveugle à soixante-quatorze ans, elle consacre ses dernières années à préserver la mémoire et les manuscrits de son frère. Elle meurt le 29 octobre 1829 à Salzbourg. Son destin est devenu le symbole de ces sœurs de génie que leur époque a réduites au silence.

    Françoise BARRÉ-SINOUSSI (1947) Virologue – France

    Entrée à l'Institut Pasteur comme stagiaire bénévole, faute de poste, elle y fait en 1983 la découverte qui va changer le destin de millions de malades. Passionnée de sciences naturelles depuis l'enfance, elle partage d'abord son temps entre la faculté et une paillasse où elle travaille sans salaire sur les rétrovirus animaux. En janvier 1983, un prélèvement de ganglion provenant d'un patient atteint d'un syndrome encore mystérieux arrive au laboratoire ; en quelques semaines, elle détecte dans la culture l'activité d'une transcriptase inverse, signature d'un rétrovirus inconnu. Avec Jean-Claude Chermann et Luc Montagnier, elle isole ainsi le virus du sida, dont elle signe la description en première autrice dans la revue Science le 20 mai 1983. La découverte permet en quelques mois de protéger les dons du sang, puis d'ouvrir la voie au dépistage et aux traitements antirétroviraux. Elle refuse ensuite de s'installer dans la gloire du laboratoire : elle passe une grande partie de sa carrière au Vietnam, au Cambodge et en Afrique, à former des équipes locales, à se battre pour que les traitements arrivent partout et à travailler avec les associations de malades, dont elle a toujours défendu la place dans la recherche. Prix Nobel de médecine en 2008 avec Luc Montagnier, présidente de la Société internationale du sida, elle interpelle publiquement le pape sur l'usage du préservatif et préside en 2020 le comité scientifique français chargé de la recherche sur le Covid-19. Elle n'a jamais quitté le terrain, ni cessé de rappeler que la recherche fondamentale et le soin aux malades sont indissociables.

    Emily BRONTË (1818-1848) Écrivaine – Poétesse – Royaume-Uni

    Cinquième de six enfants d'un pasteur du Yorkshire, elle grandit au presbytère de Haworth, au bord de la lande. Sa mère et ses deux sœurs aînées meurent tôt ; le père et une tante laissent aux enfants une liberté rare. En 1826, douze soldats de bois offerts à son frère Branwell suffisent à allumer les imaginations : avec Charlotte, Anne et lui, elle invente dès 1827 la confédération de Glass Town, racontée en poèmes, journaux et pièces de théâtre. Quand Charlotte part étudier, Emily et Anne font sécession et créent Gondal, un royaume plus rude, gouverné par une femme. Emily écrira pour ce monde imaginaire l'essentiel de ses poèmes, et le jouera encore avec Anne à vingt-six ans. En 1842, elle suit Charlotte à Bruxelles au pensionnat Héger, apprend le français et l'allemand, devient une excellente pianiste — puis rentre à Haworth à la mort de sa tante, fin 1842. Revenue à Haworth, elle tient la maison, marche des heures dans la bruyère et écrit. Selon une anecdote rapportée par Elizabeth Gaskell, mordue par un chien errant auquel elle voulait donner à boire, elle aurait cautérisé elle-même la plaie au fer rouge. En 1846, les trois sœurs publient leurs poèmes à compte d'auteur sous des pseudonymes à consonance masculine ; Emily devient Ellis Bell. L'année suivante paraît son unique roman, Les Hauts de Hurlevent, dont la construction déroute la critique : son génie ne sera reconnu que des décennies plus tard. Contaminée sans doute par la tuberculose qui a emporté Branwell en septembre 1848, elle refuse de se soigner et meurt trois mois après lui, à trente ans.

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