17 NOVEMBRE

Germaine DULAC (1882-1942)  Réalisatrice – France

Figure de proue de l’avant-garde française ayant redéfini le cinéma comme un art majeur. Journaliste féministe de formation, elle a utilisé la caméra pour explorer la psyché féminine et dénoncer les carcans sociaux. Son film « La Souriante Madame Beudet » en 1923 est une œuvre fondatrice qui utilise des effets visuels novateurs pour traduire l’ennui et le désir d’évasion. Théoricienne du « cinéma pur », elle a prôné une esthétique visuelle débarrassée des conventions narratives classiques. Sa collaboration mouvementée avec Antonin Artaud pour La Coquille et le Clergyman a posé les jalons du surréalisme au cinéma. En tant que directrice de Gaumont-Presse, elle a également marqué l’histoire du documentaire et de l’information filmée. Elle a lutté toute sa vie pour que le cinéma soit reconnu comme une forme d’expression artistique majeure au même titre que la peinture ou la musique. Pionnière infatigable, elle a organisé les premiers ciné-clubs pour éduquer le regard du public. Elle reste le symbole d’un cinéma audacieux, expérimental et profondément politique, son œuvre demeure une référence.

 

 

 

MARIE LOUISE GIRAUD (1903- 1943)   Bienfaitrice – France

Née dans une famille très pauvre de Normandie, elle connaît une jeunesse marquée par la précarité, les travaux pénibles de servante ou de lavandière et de petits démêlés avec la justice. Installée à Cherbourg avec son mari marin et leurs deux enfants, elle tente de survivre dans un foyer instable en louant des chambres à des prostituées. Durant l’Occupation allemande, face à la détresse de mères démunies ou de femmes de prisonniers de guerre confrontées à des grossesses non désirées, elle commence en 1940 à pratiquer des avortements clandestins à l’injection d’eau savonnée. D’abord bénévoles, ses services deviennent payants et elle réalise 27 interventions jusqu’en 1942, dont l’une entraîne la mort d’une patiente par septicémie. Son destin bascule quand le régime de Vichy, guidé par son idéologie nataliste « Travail, Famille, Patrie », promulgue la loi du 15 février 1942 faisant de l’avortement un crime contre la sûreté de l’État passible de la peine de mort. Dénoncée par une lettre anonyme, Marie-Louise Giraud est arrêtée puis jugée à Paris par le Tribunal d’État, une juridiction politique d’exception sans appel possible. Lors de son procès en juin 1943, l’accusation en fait un exemple d’immoralité pour terrifier l’opinion, la dépeignant comme une faiseuse d’anges cynique. Condamnée à la peine capitale, elle voit sa demande de grâce rejetée par le maréchal Pétain, désireux de marquer les esprits par une fermeté absolue. Le 30 juillet 1943, à 39 ans, elle est guillotinée à la prison de la Roquette à Paris, devenant la seule femme exécutée pour avortement sous Vichy. Abrogée à la Libération puis dépassée par la loi Veil de 1975, son histoire poignante a été immortalisée au cinéma par Claude Chabrol dans le film *Une affaire de femmes*.