26 AOÛT

Katherine JOHNSON (1918-2020)  Mathématicienne – Physicienne – États-Unis

Femme d’exception dont les calculs ont été fondamentaux pour le succès des missions spatiales américaines. Surnommée l’« ordinateur humain », elle a rejoint le NACA en 1953 au sein de l’unité de calcul ségréguée, travaillant aux côtés de Mary Jackson. Elle s’est illustrée par la précision incroyable de ses trajectoires de vol, calculant notamment la fenêtre de lancement pour la mission historique d’Alan Shepard en 1961. Sa réputation était telle que l’astronaute John Glenn a personnellement demandé qu’elle vérifie à la main les calculs de l’ordinateur avant son premier vol orbital en 1962. Elle a également contribué aux calculs de trajectoire pour la mission Apollo 11, permettant ainsi le premier pas de l’homme sur la Lune en 1969. Malgré la ségrégation et les préjugés sexistes de l’époque, sa persévérance et son génie mathématique lui ont permis de briser de nombreuses barrières au sein de la NASA. Son histoire a été révélée au monde entier grâce au livre et au film Les Figures de l’ombre, mettant en lumière son rôle crucial longtemps resté méconnu. En 2015, Barack Obama lui a remis la Médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine. Elle a également reçu la Médaille d’or du Congrès en 2019 pour l’ensemble de sa carrière scientifique. Un centre de recherche de la NASA porte aujourd’hui son nom, honorant une vie dédiée à la science et à l’excellence.

 

Hélène METZGER (1889-1944) Chimiste – France

Également Historienne des Sciences et de Philosophe, elle est une  pionnière de l’épistémologie de la chimie. Issue d’une famille de la grande bourgeoisie juive, elle surmonte les barrières de son époque pour obtenir un diplôme d’études supérieures en minéralogie à la Sorbonne en 1912. Profondément marquée par le décès précoce de son  mari en 1914, elle se réfugie dans le travail intellectuel et soutient en 1918 une thèse de doctorat de lettres d’une immense rigueur sur la genèse de la science des cristaux. Elle réoriente ensuite ses recherches vers l’histoire de la chimie du XVIIe et XVIIIe siècles, devenant une spécialiste mondiale de la transition entre l’alchimie et la chimie moderne. Ses ouvrages magistraux analysent l’évolution des concepts scientifiques en les replaçant dans leur contexte culturel, philosophique et religieux, une approche totalement novatrice pour l’époque. Membre fondatrice et cheville ouvrière de l’Académie internationale d’histoire des sciences, elle dirige également la bibliothèque de l’Institut d’histoire des sciences de la Sorbonne. Ses réflexions influencent de grands penseurs contemporains comme Gaston Bachelard, Thomas Kuhn ou Émile Meyerson, qui saluent sa méthode d’analyse interne des textes scientifiques. Pendant l’Occupation, refusant de fuir la France, elle se réfugie à Lyon où elle continue d’écrire et de participer à des cercles d’études philosophiques malgré les persécutions. Arrêtée par la Gestapo en février 1944 , elle est déportée par le convoi n° 69 vers le camp d’extermination d’Auschwitz où elle est assassinée à son arrivée. Hélène Metzger laisse derrière elle une œuvre historique et philosophique monumentale qui a redéfini la manière de penser les révolutions scientifiques.

 

Mère Teresa (1910-1997) Religieuse – Humanitaire – Albanie

Née Anjezë Gonxhe Bojaxhiu dans l’Empire ottoman, actuelle Macédoine du Nord, Mère Teresa est une religieuse catholique, naturalisée indienne, icône mondiale de la charité au XXe siècle. Ressentant l’appel de la foi dès son adolescence, elle quitte sa famille à dix-huit ans pour rejoindre les Sœurs de Lorette en Irlande, avant d’embarquer pour l’Inde où elle devient professeure de géographie à Calcutta. Sa vie bascule le 10 septembre 1946 lors d’un voyage en train où elle reçoit « l’appel dans l’appel » : l’ordre divin de tout quitter pour vivre au milieu des plus pauvres parmi les pauvres. Après avoir suivi une formation de base en soins infirmiers, elle s’installe dans les bidonvilles de Calcutta, vêtue de son célèbre sari de coton blanc bordé de trois bandes bleues. En 1950, elle fonde la congrégation des Missionnaires de la Charité, vouée au service gratuit des démunis, des abandonnés et des mourants de la rue. Elle ouvre le mouroir de Kalighat, un havre où les sans-abri peuvent s’éteindre dans la dignité, entourés d’amour, ainsi que des orphelinats et des léproseries à travers toute l’Inde. Son action pragmatique et son dévouement absolu attirent rapidement des milliers de volontaires et des dons venus du monde entier, permettant à sa congrégation d’essaimer sur les cinq continents. Sa silhouette frêle et son visage profondément ridé deviennent familiers des chefs d’État et des médias, qu’elle bouscule sans relâche pour plaider la cause des exclus. Reconnue mondialement pour son œuvre humanitaire immense, elle reçoit le prix Nobel de la paix en 1979, utilisant l’argent de la récompense pour financer de nouveaux centres d’accueil. Malgré des décennies de doutes spirituels profonds révélés après sa mort, elle maintient une dévotion inflexible envers les malades du sida, les victimes de famines et les laissés-pour-compte de la modernité. Souffrant de graves problèmes cardiaques, elle abandonne la tête de sa congrégation au début de l’année 1997, quelques mois avant son ultime soupir.

Peggy GUGGENHEIM (1898-1979) Collectionneuse – États-Unis

Mécène  sans qui l’art du XXe siècle n’aurait pas le même visage. Née dans une des grandes fortunes de New York, orpheline à treize ans de son père disparu dans le naufrage du Titanic, elle fuit les salons dorés pour le Paris bohème des années 1920, où elle se lie avec Marcel Duchamp, Man Ray et Djuna Barnes. En 1938, elle ouvre à Londres sa galerie Guggenheim Jeune, puis, tandis que la guerre approche, elle applique à Paris une devise restée légendaire : « acheter un tableau par jour ». Braque, Dalí, Mondrian, Brancusi entrent dans sa collection au moment où l’Europe s’effondre ; elle finance dans le même élan la fuite vers l’Amérique d’artistes menacés, dont André Breton et Max Ernst, qu’elle épouse. À New York, sa galerie-musée Art of This Century, inaugurée en 1942, révolutionne la présentation de l’art moderne ; elle y organise en 1943 « Exhibition by 31 Women », l’une des premières expositions entièrement consacrées à des femmes artistes, et découvre un inconnu nommé Jackson Pollock, qu’elle salarie pour qu’il puisse peindre. En 1948, sa collection triomphe à la Biennale de Venise ; elle s’installe l’année suivante dans le palais Venier dei Leoni sur le Grand Canal, où elle vit trente ans entourée de ses petits chiens, ouvrant ses salles aux visiteurs. Devenue la Collection Peggy Guggenheim, sa demeure est aujourd’hui l’un des musées les plus visités d’Italie. Celle qui se disait « accro à l’art » repose dans son jardin vénitien, auprès de ses chiens bien-aimés, gardienne magistrale d’un siècle qu’elle a contribué à inventer.