18 MAI

Madeleine PELLETIER (1874-1939)  Médecin – France

Première femme à devenir interne en psychiatrie en 1906, elle doit se battre pour ouvrir les concours médicaux aux femmes. Militante socialiste puis communiste, elle adopte un style de vie assez étonnant pour son époque, s’habillant en homme et portant les cheveux courts pour affirmer l’égalité des sexes. Elle prône un féminisme intégral, exigeant non seulement le droit de vote, mais aussi le droit à l’avortement et à la contraception. Membre de la franc-maçonnerie, elle défend une éducation rationnelle et l’indépendance économique des femmes. Son engagement pour la liberté des femmes la conduit à pratiquer des avortements clandestins par conviction militante. Arrêtée en 1939, elle meurt internée dans un asile, victime de l’exclusion sociale qu’elle a combattue toute sa vie. Elle reste aujourd’hui une icône de la lutte pour l’autonomie du corps féminin. Elle est l’une des premières féministes à aborder la notion de genre et à en faire l’une des causes de l’inégalité des sexes.

 

Michelle PERROT (1928) Historienne – France

Professeure d’université  considérée comme une pionnière de l’histoire des femmes et du genre en France. Étudiante à la Sorbonne, elle obtient l’agrégation d’histoire et consacre sa thèse de doctorat aux mouvements ouvriers du XIXe siècle sous la direction de l’historien Ernest Labrousse. Professeure émérite à l’université Paris-Diderot, elle bouleverse le paysage académique en co-animant dès 1973, avec Pauline Schmitt-Pantel et Fabienne Bock, le tout premier cours universitaire dédié à l’histoire des femmes. Ses travaux révolutionnent la discipline en s’intéressant aux marges et aux invisibles de la société, explorant successivement l’histoire des ouvriers, du système pénitentiaire et de la vie privée. Aux côtés de l’historien Georges Duby, elle codirige le monumental ouvrage en cinq volumes Histoire des femmes en Occident (1991-1992), qui s’impose immédiatement comme une référence mondiale. Intellectuelle engagée, elle utilise les concepts de genre pour analyser les rapports de pouvoir et déconstruire les mécanismes de l’exclusion féminine de l’espace public. Productrice à France Culture de l’émission Les Lundis de l’histoire, elle s’attache avec ferveur à vulgariser le savoir historique et à transmettre la mémoire des luttes féministes au grand public. Son livre Mon histoire des femmes (2006) ou son essai sur George Sand résument son ambition d’écrire une histoire mixte où les femmes sont enfin actrices de leur propre destin. Figure majeure des débats contemporains, elle s’exprime régulièrement sur l’égalité salariale, la parité en politique et les droits des minorités, incarnant un féminisme humaniste et universaliste. Commandeur de la Légion d’honneur, elle continue d’écrire, de témoigner et d’inspirer de nouvelles générations de chercheurs à travers le monde. Véritable éclaireuse qui a redonné aux femmes leur juste place dans le grand récit de l’humanité.

https://www.seuil.com/ouvrage/-mon-histoire-des-femmes-plus-cd-michelle-perrot/9782020866668

https://editions.flammarion.com/les-femmes-ou-les-silences-de-lhistoire/9782080673244

Josefa CAMEJO (1791-1862)  Résistante – Venezuela

Héroïne de la guerre d’indépendance du Venezuela, restée dans la mémoire nationale sous le nom de « La Camejo », elle a levé elle-même les troupes qui libérèrent sa province. Née à Curaidebo, dans la péninsule aride de Paraguaná, éduquée à Coro puis à Caracas, elle épouse la cause républicaine dès les premières heures : en 1811, à Barinas, elle est de celles qui signent la « Représentation du beau sexe au gouvernement de Barinas », adresse restée célèbre par laquelle les femmes de la ville offrent de prendre les armes pour défendre la patrie. Les revers de la guerre la jettent sur les routes de l’exil intérieur, mais elle ne renonce jamais. En 1821, revenue à Paraguaná, elle soulève les trois cents esclaves de son domaine contre les royalistes : le 3 mai, à la tête d’une poignée d’hommes, elle défait le chef royaliste de Baraived, marche sur Pueblo Nuevo, fait arrêter le gouverneur et proclame elle-même la province de Coro libre et fidèle à la République — quelques semaines avant la victoire décisive de Carabobo. Retirée ensuite dans une vie discrète, elle meurt à Ciudad Bolívar le 5 juillet 1862 — un 5 juillet, jour anniversaire de l’indépendance qu’elle avait contribué à conquérir. En 2002, ses restes symboliques sont entrés au Panthéon national de Caracas, où le Venezuela honore en elle l’une des grandes figures féminines de sa liberté.