7 AOÛT

Elinor OSTROM (1933-2012)  Economiste – Politique – États-Unis

Economiste visionnaire et première femme lauréate du prix Nobel d’Économie, elle a révolutionné notre compréhension de la gestion des ressources naturelles partagées, appelées les communs. En s’opposant à l’idée que seule la privatisation ou l’État pouvaient empêcher le gaspillage, elle a valorisé l’auto-organisation locale. Ses recherches sur le terrain ont montré que les communautés peuvent gérer durablement leurs forêts ou leurs pêcheries par la coopération. Elle a défini des principes fondamentaux pour instaurer des règles collectives équitables et efficaces. Son travail a redonné du pouvoir aux citoyens face aux structures de gouvernance rigides et descendantes. Scientifique pluridisciplinaire, elle a su marier la science politique, la sociologie et l’économie. Ses conclusions sont aujourd’hui au cœur des débats sur la protection de l’environnement et de la biodiversité. Elle a prouvé que la confiance et le dialogue sont des moteurs économiques plus puissants que la seule recherche du profit.

 

 

 

Mata HARI (1876-1917) Danseuse – Espionne – Pays-Bas

De son vrai nom Margaretha Geertruida Zelle, elle est l’une des figures les plus mythiques, fascinantes et tragiques du XXe siècle, célèbre pour son parcours de danseuse exotique devenue le symbole absolu de l’espionne de la Première Guerre mondiale. Née aux Pays-Bas dans une famille bourgeoise, elle connaît une jeunesse marquée par des rêves de grandeur et un mariage difficile dans les Indes orientales néerlandaises (actuelle Indonésie), où elle découvre la culture et les danses asiatiques. De retour en Europe et installée à Paris en 1903, elle se réinvente sous le nom de scène de « Mata Hari » (qui signifie « œil du jour » ou « soleil » en malais). Elle s’invente des origines d’exotisme et de princesse hindoue, triomphant dans les salons parisiens et sur les scènes européennes grâce à ses danses orientales effeuillées d’une grande audace pour l’époque. Courtisane très entourée, elle fréquente les figures politiques, diplomatiques et militaires les plus influentes de toute l’Europe. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, sa nationalité néerlandaise neutre lui permet de voyager librement entre Paris, Londres, Madrid et Berlin, ce qui attire rapidement l’attention des services de renseignement alliés et allemands. Recrutée par l’espionnage allemand puis sollicitée par le contre-espionnage français mené par le capitaine Ladoux, elle se retrouve prise dans un engrenage fatal de double jeu d’agent secret. Arrêtée par la police française à Paris en février 1917, elle est accusée de haute trahison pour avoir transmis des informations confidentielles à l’ennemi. Dans une France traumatisée par les lourdes pertes militaires et la guerre d’usure, son procès sert d’exemple dramatique : condamnée à mort par un conseil de guerre, elle est fusillée le 15 octobre 1917 au château de Vincennes à l’âge de 41 ans. Les historiens s’accordent aujourd’hui à dire que si elle a effectivement accepté des sommes d’argent des deux camps, les renseignements qu’elle a fournis étaient négligeables et sans réelle valeur stratégique. Victime de sa propre légende de séductrice, du cynisme politique des services secrets et de la paranoïa ambiante du conflit mondial, Mata Hari est passée à la postérité comme l’archétype universel de la femme fatale et de la reine des espionnes.

Photo : Jacob Merkelbach, Domaine public — Wikimedia Commons

Claudine PICARDET (1735-1820) Chimiste – Traductrice – France

Elle fut au XVIIIe siècle la grande passeuse de la science européenne vers la langue française. Née Claudine Poullet à Dijon, fille aînée d’un notaire royal, mariée à un avocat membre de l’Académie de Dijon, elle s’impose au cœur du cercle savant réuni autour du chimiste Guyton de Morveau. Fait exceptionnel pour son temps : elle maîtrise cinq langues étrangères — l’anglais, l’allemand, l’italien, le suédois et le latin — et les met au service de la science. Dans les années 1780, ses traductions font événement : les « Mémoires de chymie » du Suédois Carl Wilhelm Scheele, l’un des découvreurs de l’oxygène, qu’elle traduit dès 1785, le grand traité de minéralogie de Werner, et des dizaines de mémoires pour les revues savantes. En pleine révolution chimique, celle de Lavoisier, ses traductions donnent aux chimistes français un accès immédiat aux découvertes de toute l’Europe — un rôle si central que les contemporains saluaient en elle une collaboratrice à part entière. Observatrice météorologique assidue, salonnière réputée à Dijon puis à Paris, veuve en 1796, elle épouse en 1798 Guyton de Morveau lui-même, devenant baronne. Morte à Paris le 4 octobre 1820, elle est aujourd’hui reconnue comme la pionnière de la traduction scientifique — celle sans qui la science ne circulerait pas.