19 JUIN
Erna SCHNEIDER HOOVER (1926) Mathématicienne – États-Unis
Elle a révolutionné le domaine des télécommunications en concevant le premier système de commutation téléphonique informatisé au monde. Alors que les réseaux de l’époque s’effondraient sous le poids des appels simultanés, elle a inventé un algorithme capable de réguler le trafic en temps réel. Son programme permettait de donner la priorité aux fonctions vitales du système, évitant ainsi la saturation complète des lignes de communication. Pour cette prouesse technologique réalisée aux Laboratoires Bell, où elle travaille 32 ans, elle a obtenu l’un des tout premiers brevets logiciels de l’histoire moderne. Mathématicienne de formation, elle a su briser les barrières de genre en devenant la première femme à diriger un département technique de recherche. Sa logique implacable a transformé les centraux téléphoniques mécaniques en centres de données numériques intelligents et robustes. L’architecture informatique qu’elle a imaginée dans les années 1960 reste aujourd’hui le fondement de la gestion du trafic sur Internet. Elle a été récompensée pour son génie en ayant été intronisée au prestigieux National Inventors Hall of Fame pour sa contribution majeure à la société. Son parcours exceptionnel démontre comment une pensée visionnaire peut résoudre des problèmes d’ingénierie complexes et essentiels à la vie quotidienne. Aujourd’hui encore, chaque appel ou connexion de données bénéficie indirectement de l’incroyable héritage scientifique qu’elle nous a laissé.
Aung SAN SUU KYI 1945 Politique – Myanmar
Elle est la fille du général Aung San, héros national assassiné qui négocia l’indépendance de la Birmanie. Élevée à l’étranger puis étudiante à l’université d’Oxford, elle mène une vie d’universitaire et en Grande-Bretagne jusqu’en 1988. Cette année-là, elle retourne dans sa patrie pour s’occuper de sa mère mourante et se retrouve projetée au cœur d’un gigantesque soulèvement populaire contre la dictature militaire. Portée par le prestige de son nom et une aisance oratoire remarquable, elle cofonde la Ligue nationale pour la démocratie (LND) et devient le visage de la résistance pacifique, prônant la non-violence inspirée par les principes bouddhistes et la pensée du Mahatma Gandhi face à la répression sanglante du régime. Arrêtée par la junte militaire dès 1989, elle refuse de quitter définitivement le pays en échange de sa liberté et choisit de subir près de quinze années de résidence surveillée, coupée du monde extérieur et de ses proches. Son parti remporte de manière écrasante les élections législatives de 1990, mais la junte refuse de reconnaître les résultats et maintient sa détention. Devenue l’un des plus grands symboles mondiaux de la lutte pour la liberté et les droits humains, elle reçoit le prix Nobel de la paix en 1991. Sa libération en 2010 marque le début d’une transition démocratique amorcée par l’armée, lui permettant d’entrer au Parlement puis d’amener la LND à une victoire historique lors des élections libres de 2015, prenant la tête du gouvernement de fait en tant que « conseillère spéciale de l’État ». Cependant, son exercice du pouvoir ternit dramatiquement son image auprès de la communauté internationale. Confrontée en 2017 à la brutale campagne de nettoyage ethnique menée par l’armée birmane contre la minorité musulmane des Rohingyas, elle refuse de condamner les exactions militaires et va jusqu’à défendre officiellement la Birmanie devant la Cour internationale de justice de La Haye, un silence perçu dans le monde entier comme une complicité morale. En février 2021, la junte militaire interrompt brutalement cette expérience démocratique par un nouveau coup d’État, renversant son gouvernement. De nouveau arrêtée et condamnée par des tribunaux militaires à de lourdes peines de prison cumulées, Aung San Suu Kyi réintègre le statut de prisonnière politique, illustrant le destin tragique d’un pays perpétuellement tiraillé entre l’aspiration démocratique et la violence militaire.

























