5 OCTOBRE

Fukuda HIDEKO (1865-1927)  Écrivaine – Résistante – Japon

Souvent surnommée la « Jeanne d’Arc de l’ère Meiji », était une icône du mouvement pour la liberté et les droits du peuple au Japon. Née dans une famille de samouraïs de bas rang, elle a consacré sa vie à la lutte contre l’oppression politique et à l’émancipation des femmes. En 1885, elle fut impliquée dans l’incident d’Osaka, un complot visant à soutenir l’indépendance de la Corée pour provoquer une réforme démocratique au Japon, ce qui lui valut près de trois ans de prison. À sa libération, elle a publié son autobiographie, Ma propre vie (Warawa no Hanse), l’un des premiers témoignages féministes du pays, où elle critiquait la structure patriarcale de la société japonaise. Elle a fondé en 1907 la revue Le Monde des Femmes (Sekai Fujin), qui abordait des sujets radicaux tels que le socialisme, les droits ouvriers et le suffrage féminin. Tout au long de son parcours, elle a milité pour l’accès des femmes à l’éducation et à la participation politique, bravant les lois strictes qui leur interdisaient d’assister à des réunions publiques. Pionnière du socialisme japonais, elle a entretenu des liens avec les grands penseurs de gauche de son temps tout en conservant une voix indépendante et critique. Malgré les persécutions policières incessantes et une vie marquée par la pauvreté, elle n’a jamais renoncé à ses idéaux de justice sociale. Son œuvre est immense : elle a ouvert la voie aux mouvements féministes et prolétariens de l’entre-deux-guerres. Elle reste aujourd’hui un symbole de résistance et de courage intellectuel face à l’autoritarisme de l’État Meiji. Ses écrits continuent d’être étudiés comme une étape cruciale de la transition du Japon vers la modernité politique et sociale.

 

Yvonne KNIBIEHLER  (1922-2025)  Historienne – France

Essayiste, pionnière de l’histoire des femmes, du genre et de la maternité en France. Après des études de Lettres et d’Histoire, elle consacre sa thèse de doctorat à l’époque romantique avant de se tourner vers des objets de recherche alors totalement ignorés par l’université traditionnelle. Professeure émérite à l’université d’Aix-Marseille, elle fonde dès les années 1970 l’un des premiers centres de recherche dédiés à l’histoire des femmes en France. Son travail académique révolutionne la discipline en faisant de la maternité, de la naissance, de la petite enfance et du rôle des sages-femmes des sujets d’étude scientifique à part entière. À travers des ouvrages majeurs comme L’Histoire des mères (1980), elle déconstruit le mythe de « l’instinct maternel », démontrant que la condition de mère est une construction sociale et historique évolutive. Parallèlement, elle explore l’histoire coloniale sous l’angle du genre, analysant le rôle spécifique des femmes françaises dans l’Empire colonial. Féministe pragmatique et engagée, elle intervient régulièrement dans les débats contemporains sur la parentalité, la conciliation entre vie professionnelle et familiale, et l’évolution des structures familiales. Elle milite activement pour une reconnaissance politique et sociale du travail invisible des femmes et pour le développement d’une histoire mixte, associant hommes et femmes. Autrice prolifique, elle publie jusqu’à un âge très avancé des essais percutants sur la vieillesse au féminin, le corps et le destin des femmes à travers les âges. Ses contributions intellectuelles majeures lui ont valu d’être nommée chevalière de la Légion d’honneur et de devenir une référence absolue pour les nouvelles générations de chercheurs. Yvonne Knibiehler demeure une figure intellectuelle majeure, une éclaireuse qui a su donner aux femmes une place légitime  dans le grand récit de l’histoire humaine.