2 JUILLET

Harriet BROOKS (1876-1933)  Physicienne – Canada

Première femme physicienne nucléaire en son pays et collaboratrice essentielle de chercheurs de renom tels qu’Ernest Rutherford et Marie Curie. Dès le début du XXe siècle, elle a mené des travaux pionniers sur le radon, identifiant que ce gaz émis par le radium était en réalité un élément radioactif distinct. Elle fut la première à mesurer la masse atomique du radon, apportant une preuve cruciale à la théorie de la désintégration atomique qui allait révolutionner la physique. Ses recherches ont également porté sur le phénomène de « recul » de l’atome lors de la désintégration radioactive, une observation fondamentale pour la compréhension du noyau. Malgré son génie, elle a dû affronter les préjugés sexistes de l’époque, notamment au Barnard College qui exigeait sa démission lorsqu’elle annonça ses fiançailles. Elle a fermement défendu le droit des femmes à cumuler vie de famille et carrière scientifique, affirmant que son appartenance au monde de la science était inaliénable. Après avoir travaillé brièvement à l’Institut du Radium à Paris avec Marie Curie, elle a fini par abandonner la recherche pour se consacrer à son foyer après son mariage. Son retrait prématuré de la science est souvent cité comme un exemple tragique de la perte de talents féminins due aux pressions sociales du début du siècle. Ernest Rutherford la considérait pourtant comme la plus grande chercheuse dans le domaine de la radioactivité, juste après la célèbre Marie Curie. Aujourd’hui, Harriet Brooks est reconnue comme une figure majeure de l’histoire des sciences, ayant ouvert la voie à la physique nucléaire moderne.

 

Marie BONAPARTE (1882-1962)   Psychanalyste – France

Princesse de Grèce et de Danemark et arrière-petite-nièce de Napoléon Ier, elle est la pionnière absolue qui a introduit, financé et popularisé la psychanalyse en France. Marquée par une enfance solitaire et des traumatismes profonds, elle refuse de se cantonner à son destin d’aristocrate fortunée et cherche des réponses à ses propres névroses. En 1925, sa vie bascule lorsqu’elle s’installe à Vienne pour entamer une analyse avec Sigmund Freud. Elle devient rapidement sa patiente, sa disciple, puis son amie la plus proche. Dès 1926, elle cofonde la Société psychanalytique de Paris et la Revue française de psychanalyse, institutionnalisant cette discipline alors rejetée par le milieu médical français. Son rôle historique devient héroïque à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Grâce à sa fortune immense, sa notoriété et son passeport diplomatique, elle sauve littéralement Sigmund Freud et sa famille des griffes des nazis en payant leur rançon d’exil et en organisant leur fuite de Vienne vers Londres en 1938. Elle sauve également de la destruction les manuscrits et la correspondance inestimable de Freud. Théoricienne audacieuse, Marie Bonaparte a publié de nombreux travaux scientifiques sous son nom, notamment sur la sexualité féminine et la frigidité, des sujets alors totalement tabous. En traduisant l’œuvre de Freud et en formant les premiers psychanalystes français, cette femme d’exception a transformé notre compréhension de l’esprit humain et de l’inconscient au XXe siècle.