29 MAI

Louise MICHEL (1830-1905)  Enseignante – Politique – France

Surnommée « la Vierge rouge », incontournable militante de la lutte sociale, anarchiste et franc maçonne, elle promeut l’Enseignement ou l’École pour Tous. Née au château de Vroncourt en Haute-Marne, elle est la fille naturelle de Marie Anne Michel, femme de chambre, et d’un père non dénommé, qui semble être le fils du châtelain Laurent Demahis. À la suite de sa naissance, Laurent Demahis est éloigné du château, tandis que Louise y est élevée, près de sa mère, et dans la famille des parents de Laurent Demahis, qu’elle appelle ses grands-parents. Refusant de prêter serment à Napoléon III,  à 22 ans, elle crée une école libre à Audeloncourt (Haute-Marne), elle ouvrira d’autres écoles. Institutrice, elle joue un rôle de premier plan durant la Commune de Paris en 1871, combattant sur les barricades et soignant les blessés. Déportée en Nouvelle-Calédonie après l’écrasement de la Commune, elle s’y lie d’amitié avec les Kanaks, qu’elle soutient dans leur révolte contre le colonialisme. À son retour en France, elle devient une oratrice infatigable, prônant la révolution sociale et l’émancipation des femmes par l’éducation. Sa pensée radicale rejette toute forme d’autorité, qu’elle soit politique ou religieuse. Malgré plusieurs séjours en prison pour ses activités militantes, elle ne renoncera jamais à son idéal de justice. Elle a également pris part à la cause animale Le , après avoir prononcé dans l’après-midi un discours au théâtre de la Gaîté du Havre, elle  reçoit deux coups de pistolet d’un chouan. Blessée à la tête, elle refuse de porter plainte contre son agresseur. (Une des balles se loge dans son crâne ; on ne parvient pas à l’extraire et elle y demeurera jusqu’à sa mort, dix-sept ans plus tard.). Elle reste aujourd’hui un symbole universel de la solidarité envers les plus démunis. Son cercueil fut suivi par une foule immense, témoignant de son statut d’icône populaire.

Par Chloé LEPRINCE  A écouter : https://www.radiofrance.fr/franceculture/les-femmes-dignes-d-etre-enseignees-a-l-ecole-ne-sont-elles-que-des-icones-5741378

« Au moment du 150e anniversaire de la Commune de Paris, en 2021, on retrouvait soixante-trois rééditions de textes de Louise Michel, qui ont contribué à installer la postérité de la militante. Mais entre 1905, l’année de sa mort, et 1968, elle n’avait en réalité été rééditée qu’à trois reprises, en tant qu’auteure. C’est seulement après 1968 que l’activité éditoriale s’intensifiera autour de Louise Michel, plus de six décennies après sa mort : le moment de sa canonisation était arrivé jusqu’au stade du marché des librairies. La parution – ou leur republication – de textes signés de Louise Michel s’étalera ainsi de la fin des années 1960 jusqu’à 2021, à raison de six ou sept par tranche de dix ans… mais avec une nette accélération après 2010, avec pas moins de vingt-et-un titres parus entre 2010 et 2020 : Louise Michel était devenue une icône consacrée. C’est exactement au même moment qu’elle rejoignait les programmes scolaires en tant que grande figure incontournable. »

 

 

Nicole EL KARAOUI  (1944)  Mathématicienne – France

Pionnière des mathématiques financières, diplômée de l’École normale supérieure de jeunes filles en 1964. Elle s’oriente vers la théorie des probabilités et soutient sa thèse d’État en 1971. Ses recherches fondamentales portent d’abord sur les processus de Markov et le contrôle stochastique, des concepts mathématiques qui modélisent le hasard. À la fin des années 1980, elle comprend avant tout le monde que ces outils abstraits peuvent s’appliquer à la gestion des risques sur les marchés financiers. Elle formalise les équations qui permettent de valoriser et de couvrir les produits dérivés complexes, révolutionnant les pratiques bancaires globales. Co-directrice du prestigieux Master « Probabilités et Finance » à l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI) et à l’École polytechnique, elle fonde une formation de référence mondiale. Ce cursus d’excellence, surnommé le « Master El Karoui », forme pendant des décennies les élites de l’ingénierie financière, appelés les « quants » à Wall Street et à la City. Enseignante charismatique et exigeante, elle veille à insuffler une rigueur scientifique absolue et une solide éthique professionnelle à ses étudiants. Après la crise financière de 2008, elle participe activement aux débats sur la régulation des marchés et réoriente ses recherches vers les risques climatiques et démographiques. Elle applique alors ses modèles stochastiques à la transition énergétique et aux calculs de longévité pour les systèmes de retraite. Nommée chevalière de la Légion d’honneur, elle est une figure institutionnelle majeure et un modèle inspirant pour les femmes dans les disciplines scientifiques. Aujourd’hui professeure émérite, Nicole El Karoui a transformé une discipline théorique en un pilier économique majeur, gravant son nom dans l’histoire des mathématiques appliquées.`