12 AOÛT

Margaret BURBIDGE (1919-2020)  Astrophysicienne – Grande Bretagne

Ses travaux ont littéralement révélé l’origine de la matière dans l’Univers. Elle est à la source de  l’article révolutionnaire B2FH, publié en 1957, qui a démontré que presque tous les éléments chimiques sont forgés au cœur des étoiles par des réactions nucléaires, un processus appelé nucléosynthèse stellaire. Avant cette découverte, on ignorait d’où provenaient les atomes qui nous constituent. Première femme à diriger l’Observatoire royal de Greenwich, elle a pourtant refusé le prix Annie JUMP CANNON car il était réservé aux femmes, militant toute sa vie pour que les scientifiques soient jugés sur leurs compétences et non sur leur genre. Elle a également été une pionnière dans l’étude des quasars et de la rotation des galaxies, utilisant les télescopes les plus puissants du monde malgré les interdits qui frappaient les femmes dans les observatoires de l’époque. Sa ténacité lui a permis de briser les barrières de l’observatoire du Mont Wilson, où elle s’introduisait parfois clandestinement pour observer le ciel. En tant que première femme présidente de l’American Astronomical Society, elle a ouvert la voie à des générations de chercheuses. Elle a également contribué à la conception du spectrographe d’objets faibles pour le télescope spatial Hubble, permettant d’étudier les trous noirs supermassifs. Margaret Burbidge a reçu la National Medal of Science pour son immense contribution à notre compréhension de l’évolution cosmique. Elle est décédée à l’âge de 100 ans, laissant derrière elle la preuve que nous sommes tous, au sens littéral, des « poussières d’étoiles ».

Françoise COMBES (1952)  Astrophysicienne – France

Grande spécialiste incontournable de la dynamique des galaxies. Diplômée de l’École normale supérieure, elle soutient sa thèse d’État en 1980 et consacre sa carrière à percer les secrets de la formation et de l’évolution de l’Univers. Ses recherches pionnières portent sur la structure des galaxies spirales, l’apport de la matière noire et le rôle crucial des trous noirs supermassifs. À travers des simulations numériques et des observations de pointe, elle démontre comment les bulles de gaz et les barres stellaires régulent la naissance des étoiles. Ses travaux de modélisation permettent également de comprendre la distribution de la matière à l’échelle cosmologique et de tester les théories de la gravité modifiée. Professeure au Collège de France depuis 2014, où elle occupe la chaire de Galaxies et cosmologie, elle est une pédagogue hors pair qui transmet sa passion au grand public. Astronome à l’Observatoire de Paris, elle a dirigé de nombreuses instances scientifiques et collaboré aux plus grands projets de radiotélescopes internationaux comme ALMA. Membre de l’Académie des sciences, sa carrière exceptionnelle a été couronnée en 2020 par la médaille d’or du CNRS, la plus haute distinction scientifique française. Elle a également reçu le prestigieux prix international L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science pour ses contributions majeures à l’astrophysique moderne. Toujours en activité, elle continue d’explorer les confins du cosmos tout en militant activement pour la place des femmes dans les carrières scientifiques. Françoise Combes incarne aujourd’hui l’excellence de la recherche spatiale française, une chercheuse passionnée dont les équations éclairent l’histoire de notre Univers.

Sofia KAWAWA (1936-1994) Politique – Tanzanie

Militante des droits des femmes en son pays, cofondatrice de l’Union des femmes de Tanzanie, elle fut pendant trois décennies leur porte-voix. Née à Masonya, un village de la région de Ruvuma, de parents paysans, elle a la chance rare d’être scolarisée, jusqu’au prestigieux internat de filles de Tabora. Mariée à quinze ans à Rashidi Kawawa — le futur Premier ministre de la Tanzanie —, elle refuse de n’être qu’une épouse de dignitaire : volontaire de la Croix-Rouge, elle achète sa première machine à coudre et en fera plus tard l’emblème des coopératives féminines qu’elle anime à travers le pays. Engagée dès 1955 dans la TANU, le parti de l’indépendance, elle cofonde en 1962 l’Umoja wa Wanawake wa Tanzania, l’organisation nationale des femmes, dont elle devient la figure dirigeante et qu’elle préside jusqu’en 1990. À son actif : la grande loi sur le mariage de 1971, qui unifie le droit de la famille et protège les femmes de la répudiation arbitraire ; le congé de maternité payé de 84 jours pour toutes les travailleuses, mariées ou non ; l’accès des filles à l’université ; et des centaines de crèches, dispensaires et coopératives. En 1988, elle ose critiquer publiquement la polygamie et les règles successorales imposées aux femmes — le tollé est immense, elle ne se rétracte pas. Morte à Moshi le 11 février 1994, honorée depuis par la médaille de la torche de l’Uhuru et par une rue de Dar es Salaam qui porte son nom, elle reste pour les Tanzaniennes « la voix de celles qui n’en avaient pas ».