25 AOÛT

Taslima NASREEN (1962)  Femme de Lettres – Politique – Bangladesh

Écrivaine, médecin et militante féministe laïque  devenue une icône mondiale de la lutte contre l’oppression religieuse et pour la liberté d’expression. Initialement formée comme gynécologue, elle commence sa carrière littéraire par de la poésie avant de se tourner vers le journalisme et le roman, dénonçant avec une force rare les violences faites aux femmes et les dérives des fondamentalismes.Son destin bascule en 1993 avec la publication de son roman Lajja (La Honte), qui relate les persécutions subies par une famille hindoue au Bangladesh. Ce livre déclenche une vague de protestations violentes de la part des extrémistes religieux, qui lancent une fatwa contre elle et mettent sa tête à prix. Contrainte à l’exil en 1994, elle mène depuis une vie de nomade forcée, vivant entre l’Europe et l’Inde sous haute protection policière. Figure de proue de l’athéisme militant, elle a reçu de nombreuses distinctions internationales, dont le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit décerné par le Parlement européen. Son œuvre, interdite dans plusieurs pays, explore sans relâche les thèmes de l’autonomie du corps féminin, de la critique des textes sacrés et de la défense des droits de l’homme. Taslima Nasreen incarne le courage de l’intellectuelle qui refuse de se taire face à la censure et à la menace, payant le prix de sa liberté pour avoir osé affirmer que « la religion est le plus grand obstacle à l’égalité des femmes ».

 

Constance PASCAL (1877-1937)  Psychiatre – Roumanie

Naturalisée française, pionnière de la psychiatrie en France,  elle a dû mener un combat féroce pour s’imposer dans un milieu médical exclusivement masculin. Née en Roumanie, elle quitte son pays à vingt ans contre l’avis de ses proches pour s’inscrire à la faculté de Paris. En 1903, elle brise un premier bastion en devenant l’une des premières femmes internes en psychiatrie. Sa nomination en 1909 à Clermont-de-l’Oise, le plus grand asile de France qualifié alors de « bagne », est une promotion que ses confrères masculins boudaient. Elle y réalise des réformes majeures et visionnaires : elle y interdit la camisole de force et les châtiments corporels, humanise les dortoirs et embellit l’environnement des patients.
Pendant la Grande Guerre, elle refuse d’abandonner son poste, soigne la population civile et cache héroïquement des soldats français sous l’occupation allemande. C’est dans ce tumulte qu’elle s’éprend du général Mengin et donne secrètement naissance à sa fille Jeanne en 1916. Pour préserver sa carrière du scandale et de la censure, elle cache cette maternité et adopte son propre enfant comme « orpheline de guerre ». Première femme médecin-chef en 1920 puis lauréate du prestigieux médicat de la Seine en 1925, elle poursuit ses innovations à Maison-Blanche en créant une pouponnière, un service de don du sang et en développant la psychanalyse pharmacodynamique. Auteure reconnue d’ouvrages majeurs publiés sous son nom, comme Chagrins d’amour et psychoses (1935), elle orchestrera pourtant son propre effacement historique en demandant la destruction de ses archives personnelles pour protéger sa descendance.

 

Nathalie DEMASSIEUX (1884-1961) Chimiste – France

D’origine russe, spécialiste de chimie minérale, elle fut la troisième femme de France à accéder à un poste de maîtresse de conférences à l’université. Née Nathalie Filatoff à Savenkovo, dans la région de Toula, fille d’un petit noble russe et d’une mère aux racines polonaises et françaises, elle émigre à Paris en 1901, à dix-sept ans, avec son frère. À la Sorbonne, elle enchaîne les certificats — minéralogie, mathématiques, physique générale — tout en travaillant comme préparatrice de chimie, et épouse en 1909 Louis Demassieux, professeur de chimie. Assistante titulaire de la faculté des sciences en 1920, docteure ès sciences en 1923, elle consacre ses travaux aux équilibres de la chimie minérale et devient maîtresse de conférences — seules Irène Joliot-Curie et Pauline Ramart-Lucas, que l’on retrouve au 22 novembre de ce calendrier, l’avaient précédée. En 1938 encore, elles ne sont que trois femmes dans tout le corps enseignant des facultés scientifiques françaises. Formatrice de générations de chimistes, elle s’éteint à Paris le 19 mai 1961. La chancellerie des universités de Paris a longtemps décerné en son honneur le prix scientifique Nathalie-Demassieux, qui distingue de jeunes chercheuses — l’hommage le plus fidèle à cette passeuse de science.