18 SEPTEMBRE
Virginia BRINDIS de SALAS (1908-1958) Femme de lettres – Uruguay
Poétesse, journaliste et militante considérée comme l’une des voix les plus puissantes de la littérature afro-uruguayenne du XXe siècle. Née à Montevideo dans un milieu modeste, elle s’est imposée par son talent littéraire exceptionnel, devenant la première femme noire d’Amérique latine à publier deux recueils de poésie : Pregón de Marimorena (1946) et Cien cárceles de amor (1949). Son œuvre se distingue par une dénonciation virulente du racisme, de l’exclusion sociale et des injustices subies par la communauté noire en Uruguay, tout en célébrant l’identité et la culture africaine. À travers ses vers, elle donnait une voix aux marginaux, utilisant le rythme du candombe (genre musical uruguayen) et des dialectes populaires pour ancrer son message dans la réalité sociale de son époque. Journaliste engagée, elle a collaboré activement à la revue Nuestra Raza, un organe de presse crucial pour la lutte des droits civiques des Afro-Uruguayens. Son talent a été salué par de grands intellectuels contemporains comme Gabriela Mistral et Nicolás Guillén, qui voyaient en elle une figure de proue de la poésie sociale. Malgré une reconnaissance intellectuelle, elle a vécu une grande partie de sa vie dans la précarité, restant fidèle à ses convictions et à son combat pour l’égalité. Virginia Brindis de Salas a également lutté pour les droits des femmes, liant indissociablement la cause féministe à la lutte contre l’oppression raciale. Elle a parcouru le continent, de l’Argentine au Brésil, pour diffuser ses idées et renforcer les liens entre les intellectuels noirs des Amériques. Son héritage littéraire, redécouvert et célébré tardivement, demeure une référence incontournable pour comprendre l’histoire des luttes sociales en Amérique du Sud.
María DE LA CRUZ (1912-1995) Politique – Chili
Femme politique, écrivaine et pionnière de la radio, elle est la première femme élue sénatrice de l’histoire du Chili. Née à Chimbarongo, dans la vallée centrale, largement autodidacte, elle se fait connaître dans les années 1940 par ses chroniques radiophoniques enflammées, qui font d’elle l’une des oratrices les plus populaires du pays. En 1946, elle fonde le Parti féminin du Chili, fer de lance du combat pour le droit de vote des femmes, obtenu en 1949 pour toutes les élections. Tribune du peuple et des sans-voix, elle joue un rôle décisif dans la campagne présidentielle de 1952 — la première où votent les Chiliennes — puis remporte en janvier 1953 une élection sénatoriale partielle à Santiago avec un score triomphal : elle entre au Sénat le 13 février 1953, première femme à siéger à la chambre haute chilienne. Son ascension fulgurante s’interrompt brutalement : dès août 1953, ses adversaires la font destituer sur des accusations fallacieuses de trafic et de liens avec le régime argentin de Perón. La justice l’innocentera, mais sa carrière politique est brisée ; elle poursuit son œuvre d’écrivaine et de conférencière, défendant jusqu’au bout la place des femmes dans la vie publique. Morte à Santiago le 1er septembre 1995, elle a depuis été pleinement réhabilitée : le Sénat chilien honore aujourd’hui en elle une précurseure, symbole à la fois de la conquête des droits politiques des femmes et de l’injustice faite aux pionnières.

























