21 FÉVRIER
Nina SIMONE (1933-2003) Compositrice – États-Unis
Née Eunice Kathleen Waymon, pianiste, chanteuse et compositrice américaine, dont l’œuvre a profondément marqué le jazz, le blues et la soul. Elle est une des artistes les plus influentes du XXeme siècle. Virtuose avec une voix unique et un style inclassable, elle a marqué l’Histoire de la Musique. Enfant prodige du piano classique, elle est cruellement refusée à l’institut Curtis en raison du racisme systémique, une injustice qui réorientera sa carrière vers les clubs de jazz de Atlantic City. Dotée d’une voix de contralto unique et d’un jeu de piano d’une virtuosité exceptionnelle, elle insuffle la rigueur de Jean-Sébastien Bach dans la musique populaire de son époque. Dans les années 1960, elle devient une voix de premier plan du mouvement des droits civiques, composant des hymnes de révolte mémorables comme Mississippi Goddam et To Be Young, Gifted and Black. Ses prises de position radicales et son refus des compromis face à l’oppression raciale lui vaudront d’être censurée par les radios et mise à l’écart par l’industrie musicale américaine. Lassée par la violence et le climat politique des États-Unis, elle choisit l’exil et voyage au Libéria, à la Barbade, puis au Royaume-Uni avant de s’installer définitivement en France. Interprète magnétique, elle transcende les genres et réinvente des classiques comme Feeling Good, I Put a Spell on You ou Ne me quitte pas avec une intensité dramatique incomparable. Derrière l’artiste flamboyante se cachait une femme blessée, en lutte constante contre un trouble bipolaire diagnostiqué très tardivement et une vie personnelle tumultueuse. Redécouverte et célébrée par les nouvelles générations, son style vocal unique continue d’influencer des artistes du monde entier. Introduite au Rock and Roll Hall of Fame en 2018, elle reste l’icône éternelle de la « Grande Prêtresse de la Soul » et le symbole d’une résistance artistique sans concession. Elle passe les huit dernières années de sa vie en France dans le sud et meurt à l’âge de 70 ans dans sa villa de Carry-le-Rouet.
Élisabeth-Rachel FÉLIX (1821-1858) Comédienne – Suisse
Dite « Mademoiselle Rachel » ou encore Rachel, est une tragédienne et une des plus illustres du XIXe siècle. Née en Suisse dans une famille pauvre de comédiens ambulants d’origine juive alsacienne, elle gagne d’abord sa vie en chantant dans les rues de Paris avant d’être repérée pour son talent exceptionnel. Entrée au Conservatoire, elle fait des débuts fracassants à la Comédie-Française en 1838, à seulement 17 ans, dans le rôle de Camille de la pièce *Horace* de Corneille. À une époque où le drame romantique fait fureur, son jeu intense, sa voix de bronze et sa présence magnétique ressuscitent à elles seules la tragédie classique française (Corneille, Racine), électrisant le public et obtenant les louanges d’intellectuels majeurs comme Victor Hugo ou Alfred de Musset. Devenue la star incontestée du Théâtre-Français, elle triomphe dans le rôle-titre de *Phèdre* de Racine, qui reste son chef-d’œuvre absolu et la référence théâtrale du siècle. Femme indépendante, libre et maîtresse de sa carrière, elle mène une vie amoureuse très médiatisée, devenant la maîtresse de personnalités illustres telles que le prince Napoléon ou le comte Walewski (fils de Napoléon Ier), avec qui elle a des enfants hors mariage. Pionnière des grandes tournées internationales, elle parcourt l’Europe — jouant devant les rois et les empereurs à Londres, Berlin ou Saint-Pétersbourg — et s’envole en 1855 pour une gigantesque tournée aux États-Unis et à Cuba. Épuisée par le rythme de ses représentations et affaiblie par la tuberculose contractée sur le continent américain, elle meurt prématurément à l’âge de 36 ans près de Cannes. Lors de ses obsèques au cimetière du Père-Lachaise à Paris, des dizaines de milliers de personnes lui rendent hommage, saluant l’artiste d’exception qui a incarné le sommet de l’art tragique français.

























