17 AVRIL
Karen BLIXEN (1885-1962) Écrivaine – Danemark
Également connue sous le pseudonyme d’Isak Dinesen, est célèbre pour son esprit d’aventure et sa plume d’une grande élégance. Issue d’une famille aristocratique, elle quitte son confort européen en 1914 pour s’installer au Kenya, où elle dirige courageusement une plantation de café face à d’importantes difficultés financières. De cette expérience africaine de dix-sept ans, marquée par sa passion pour les paysages grandioses et son amour tragique pour le chasseur Denys Finch Hatton, elle tire son chef-d’œuvre autobiographique La Ferme africaine (1937). Ce livre connaîtra un succès planétaire durable, notamment grâce à son adaptation cinématographique hollywoodienne sous le titre « Out of Africa ».
« La Ferme Africaine » relate sa vie dans sa plantation de café, immense ferme au Kenya, qu’elle dirige. Dans un style sobre, serti de descriptions sublimes du paysage et du monde animal africains, elle raconte ce qui fut une découverte déterminante dans sa vie: celle de l’âme noire. Elle s’insurge contre la médiocrité et les préjugés raciaux des colons anglais et estime supérieurs à bien des égards les Africains:
» Les Noirs, en effet, sont en harmonie avec eux-mêmes et leur entourage, intégrés à la nature… Dès que j’ai connu les Noirs, je n’ai eu qu’une pensée, celle d’accorder à leur rythme celui de la routine quotidienne que l’on considère souvent comme le temps mort de la vie . […] Ils entrèrent dans mon existence, comme une sorte de réponse à quelque appel de ma nature profonde. »
Ruinée, elle retourne vivre au Danemark en 1931 et se consacre entièrement à l’écriture, brillant dans l’art de la nouvelle avec des recueils comme « les Sept contes gothiques » ou « Le Dîner de Babette ». Sa prose envoûtante, qui mêle le réalisme à un sens profond du mythe, du destin et du merveilleux, passe à plusieurs reprises à deux doigts du prix Nobel de littérature. Figure d’indépendance indomptable, elle a su s’affranchir des conventions de son époque pour s’imposer comme l’une des voix les plus fascinantes et intemporelles de la littérature mondiale du XXe siècle. Karen Blixen meurt en 1962. Elle est enterrée près d’un arbre sur la propriété familiale de Rungstedlund. »
KATIA KRAFTT (1942-1991) Volcanologue – France
Pionnière de l’étude des « monstres de feu », célèbre pour avoir photographié et filmé les éruptions au plus près du danger. Avec son mari Maurice Krafft, rencontré à l’université de Strasbourg, elle forme un couple de scientifiques dédié à traquer le réveil des volcans à travers le globe. Ensemble, ils fondent le Centre de volcanologie « Vulcain » et parcourent la Terre pendant un quart de siècle, devenant les premiers arrivés sur les sites éruptifs pour collecter des gaz, mesurer les températures et analyser la composition des laves. Katia se distingue par son courage inouï et sa rigueur scientifique, n’hésitant pas à s’approcher à quelques mètres des coulées de roche en fusion vêtue d’une combinaison isolante en amiante pour capturer des images d’une beauté et d’une valeur scientifique exceptionnelles. Ses clichés et ses documentaires spectaculaires, diffusés dans le monde entier, permettent non seulement de vulgariser la volcanologie auprès du grand public, mais aussi de financer leurs expéditions indépendantes suivantes. Témoin des catastrophes meurtrières du mont Saint Helens et du Nevado del Ruiz dans les années 1980, le couple oriente ses recherches vers les volcans gris dits « tueurs » afin d’améliorer la prévision des risques et les plans d’évacuation des populations. Leurs films d’alerte sur les nuées ardentes et les lahars sauvent d’ailleurs des dizaines de milliers de vies aux Philippines lors de l’éruption du mont Pinatubo en 1991. Quelques jours plus tard, le 3 juin 1991, Katia et Maurice Krafft sont tragiquement emportés ensemble par une coulée pyroclastique sur les pentes du mont Unzen au Japon. Katia Krafft laisse derrière elle une œuvre iconographique monumentale, une avancée scientifique majeure pour la sécurité civile et le souvenir d’une femme d’exception animée par une passion scientifique incandescente.
Claire BRETECHER (1940-2020) Auteure – Dessinatrice – France
Après avoir enseigné le dessin et réalisé des illustrations pour divers journaux, elle fait ses armes dans les grands magazines jeunesse de l’époque comme SPIROU, TINTIN, PILOTE créant notamment le personnage de « Cellulite ». Toutefois, se sentant à l’étroit dans la bande dessinée traditionnelle soumise à une censure rigide envers les publications pour enfants, elle marque un tournant historique en 1972 en cofondant le magazine « L’Écho des Savanes » aux côtés de Gotlib et Nikita Mandryka, libérant définitivement la BD adulte francophone des tabous sur la sexualité et la politique. De 1973 à 1981, elle publie chaque semaine dans le magazine « Le Nouvel Observateur » sa planche légendaire intitulée « Les Frustrés ». Avec un trait d’une simplicité faussement négligée mais d’une efficacité expressive redoutable, elle y croque avec une ironie décapante la bourgeoisie intellectuelle de gauche post-mai 68. Ses personnages d’intellectuels désillusionnés, de féministes prises dans leurs propres contradictions et de couples déboussolés par la modernité font sensation, à tel point que le sémiologue Roland Barthes la qualifie publiquement de « meilleur sociologue de l’année ». Elle crée également le personnage mythique d' »Agrippine », une adolescente nombriliste au langage truculent qui dissèque les rapports intergénérationnels. Pionnière absolue sur le plan économique et statutaire dans un univers artistique alors quasi exclusivement masculin, Claire Bretécher refuse de dépendre des grands éditeurs et devient l’une des toutes premières autrices à s’auto-éditer dès la fin des années 1970 pour garantir sa liberté création absolue. Récompensée par un Prix spécial du Festival d’Angoulême en 1983, elle a ouvert la voie à plusieurs générations de dessinatrices et d’auteurs de bande dessinée sociologique.

























