23 JUIN

Madeleine PARENT (1918-2012)  Politique – Canada

Syndicaliste et militante féministe en son pays ayant consacré sa vie à la défense des travailleurs les plus exploités. Elle s’est fait connaître dès les années 1940 en mobilisant les ouvriers de l’industrie textile, défiant ouvertement le régime conservateur de Maurice Duplessis. Son courage lors de la grève historique de la Dominion Textile à Valleyfield lui a valu d’être injustement emprisonnée et poursuivie pour sédition, mais elle n’a jamais cédé face à l’intimidation étatique. Véritable pionnière du féminisme intersectionnel, elle a lutté sans relâche pour l’égalité salariale et l’amélioration des conditions de vie des femmes immigrées et des autochtones. Cofondatrice de la Confédération des syndicats canadiens, elle a étendu son influence bien au-delà des frontières du Québec pour unifier les luttes ouvrières à travers tout le Canada. Sa vision politique intégrait la justice sociale, le droit à la syndicalisation et la protection des droits humains comme un tout indissociable. Malgré les persécutions politiques incessantes, elle est restée une figure centrale de la gauche canadienne, respectée pour son intégrité absolue et son refus des compromis faciles. Elle a joué un rôle crucial dans l’avancement des droits des femmes au sein des structures syndicales souvent dominées par les hommes. À la fin de sa carrière, elle continuait de marcher dans les rues pour dénoncer la pauvreté et soutenir les mouvements pacifistes mondiaux.

 

Huda SHAARAWI  (1879-1947) Politique – Philanthrope – Égypte

Militante féministe, nationaliste et philanthrope dévouée à l’émancipation des femmes dans le monde arabe. Issue d’une famille de la haute société, elle grandit dans la claustration d’un harem stambouliote et reçoit une éducation soignée qui forge son esprit d’indépendance. Très tôt, elle s’engage dans l’action sociale en fondant un dispensaire pour les femmes pauvres et une école pour les jeunes filles. Lors de la révolution égyptienne de 1919 contre l’occupation britannique, elle organise la première grande manifestation de femmes de l’histoire du pays, devenant une figure politique incontournable. En 1923, elle fonde l’Union féministe égyptienne (UFE), qui réclame des réformes majeures telles que le droit de vote, l’élévation de l’âge légal du mariage et l’accès universel à l’éducation. Cette même année, elle marque l’histoire par un geste révolutionnaire en retirant publiquement son voile à sa descente du train en gare de Caire, un acte d’affirmation qui inspire des générations de femmes arabes. Journaliste engagée, elle crée la revue L’Égyptienne pour diffuser ses idées progressistes et structurer le débat intellectuel sur la parité. Elle internationalise son combat en participant à de nombreux congrès mondiaux et en fondant l’Union féministe arabe en 1944. Son activisme méthodique pousse l’État à accorder d’importantes avancées législatives, même si le droit de vote des femmes ne sera obtenu qu’après sa mort. Écrivaine de talent, ses mémoires éclairent de l’intérieur les mutations sociopolitiques de l’Égypte moderne.

 

Micaela BASTIDAS PUYUCAHUA (1744-1781)  Révolutionnaire – Pérou

Héroïne de la lutte pour l’indépendance du Pérou, co-dirigeante de la grande rébellion andine de 1780, elle fut l’une des premières femmes d’Amérique latine à commander un soulèvement contre la couronne espagnole. Métisse d’ascendance africaine et indigène, née près d’Abancay, dans les Andes péruviennes, elle épouse vers ses seize ans José Gabriel Condorcanqui, cacique descendant des empereurs incas, qui entrera dans l’histoire sous le nom de Túpac Amaru II. Lorsque celui-ci soulève les Andes en novembre 1780 contre les abus de l’administration coloniale, elle devient bien plus que l’épouse du chef : véritable cheville ouvrière de la rébellion, elle organise le ravitaillement et la trésorerie, recrute les combattants, dirige le service de renseignement et les communications, signe édits et sauf-conduits et commande l’arrière-garde. Ses lettres pressant son mari de marcher sans délai sur Cusco témoignent d’un sens stratégique remarquable — l’histoire lui donnera raison, car l’hésitation de Túpac Amaru laissera aux Espagnols le temps de se ressaisir. Capturée avec les siens en avril 1781, elle est suppliciée le 18 mai 1781 sur la grand-place de Cusco, avant son mari et sous ses yeux, en même temps que leur fils aîné. Son courage face à une exécution d’une cruauté inouïe a fait d’elle un symbole : le Pérou honore aujourd’hui dans « Micaela » la précurseure de l’indépendance et le visage de la résistance des femmes andines.