13 NOVEMBRE

Melinée MANOUCHIAN (1913-1989) Résistante – France

Son engagement a marqué l’histoire de la France occupée : membre des FTP-MOI, elle a agi comme agent de liaison et logisticienne au sein du réseau dirigé par son époux, Missak Manouchian. Survivante du génocide de 1915, elle a trouvé dans la lutte antifasciste un moyen de défendre sa patrie d’adoption. Son rôle de secrétaire et de messagère était vital pour la coordination des opérations armées contre les nazis. Après le martyre de ses compagnons, fusillés par les Allemands, elle est devenue la voix des « étrangers et nos frères ». Elle a porté jusqu’à sa mort la mémoire de l’« Affiche rouge », refusant que l’apport des immigrés à la Libération soit occulté. Ses origines arméniennes la portant vers d’autres combats, sa fidélité aux idéaux de liberté et de fraternité a fait d’elle une figure morale immense. Son entrée au Panthéon en 2024 symbolise la reconnaissance tardive mais solennelle de son héroïsme. Elle incarne la résilience face à la tragédie et la puissance de la mémoire contre l’oubli. Sa vie témoigne de l’universalité du combat pour les droits humains et la dignité.

 

 

 

Emilia PLATER (1806-1831) Politique – Pologne

Comtesse polono-lituanienne, héroïne de l’insurrection de novembre 1830 contre l’Empire russe, elle est passée à la postérité comme la « Jeanne d’Arc de la Pologne ». Née à Vilnius et élevée dans un manoir de Livonie au culte des héroïnes — elle vénérait Jeanne d’Arc et la capitaine grecque Bouboulina —, elle reçoit une éducation peu commune pour une demoiselle de son rang : équitation, tir, escrime. Quand l’insurrection contre l’occupant russe gagne la Lituanie au printemps 1831, elle a vingt-quatre ans : elle coupe ses cheveux, endosse l’uniforme et lève à ses frais une troupe de plusieurs centaines d’insurgés — fantassins, cavaliers et paysans armés de faux — qu’elle mène au combat. Son courage au feu lui vaut le grade de capitaine à la tête d’une compagnie du 25e régiment d’infanterie : aucune femme n’avait porté un tel grade dans l’armée polonaise. À l’effondrement de l’insurrection, elle refuse la reddition et tente de gagner Varsovie à travers les forêts pour continuer la lutte ; épuisée par les marches et la fièvre, elle meurt le 23 décembre 1831, à vingt-cinq ans. Le grand poète Mickiewicz l’immortalise aussitôt dans « La Mort du colonel » ; son visage ornera les billets polonais, et un régiment féminin portera son nom pendant la Seconde Guerre mondiale. Pologne, Lituanie, Lettonie et Biélorussie se disputent aujourd’hui encore l’honneur de cette héroïne commune.