15 NOVEMBRE

Françoise HÉRITIER (1933-2017) Anthropologue – France

Première femme à occuper une chaire d’étude de la Parenté au Collège de France. Disciple de  Claude Lévi-Strauss, elle a dépassé le structuralisme classique pour théoriser la « valence différentielle des sexes », expliquant l’origine universelle de la domination masculine. Ses recherches ont montré que le contrôle du corps des femmes et de leur fécondité est le fondement des systèmes politiques et sociaux. Intellectuelle engagée, elle a mis son savoir au service des luttes pour l’égalité et de la santé publique, notamment contre le sida. Elle a su rendre l’anthropologie accessible au grand public grâce à des ouvrages explorant la mémoire et la perception sensorielle. Sa pensée a permis de dénaturaliser les rapports de force entre hommes et femmes, les révélant comme des constructions culturelles modifiables. Inlassable observatrice des structures symboliques, elle a influencé des générations de chercheurs et de féministes. Son œuvre allie une rigueur scientifique absolue à une profonde empathie pour l’humain. Elle reste une boussole intellectuelle pour comprendre les racines de l’inégalité et les chemins vers l’émancipation.

 

 

Anna de NOAILLES (1876-1933) Poétesse – France

Une des poétesses et romancières les plus célèbres du début du 20ème siècle en France, incarnant la passion lyrique et l’effervescence intellectuelle de la Belle Époque. Née à Paris dans une grande famille de la haute aristocratie roumano-grecque, la jeune princesse Rachel Elisabeth Anna Brancovan grandit au sein d’un milieu baigné par les arts, la politique et la littérature. Très précoce, elle commence à écrire des poèmes dès son adolescence. En 1901, la publication de son premier recueil, « Le Cœur innombrable », rencontre un succès retentissant auprès du public et de la critique. Sa poésie, marquée par un romantisme vibrant, une exaltation de la nature, une obsession de la beauté et un sentiment aigu de la brièveté de la vie, fait d’elle du jour au lendemain une star littéraire. Personnalité mondaine et charismatique, elle tient à Paris un salon littéraire influent où se croisent les plus grands esprits de son temps, de Marcel Proust (avec qui elle entretient une correspondance suivie) à Paul Valéry, Colette, Jean Cocteau ou François Mauriac. Son aura est telle qu’elle devient la muse de nombreux peintres et sculpteurs, se faisant portraiturer par Auguste Rodin, Philip de László ou Jean-Louis Forain. Auteure d’une œuvre poétique et romanesque abondante (comprenant des titres comme « L’Ombre des jours », « Les Vivants » et « les Morts » ou son autobiographie « Le Livre de ma vie »), elle est la première femme à être élevée au rang de Grand Officier de la Légion d’honneur et la première femme à être reçue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. À sa mort en 1933, elle a droit à des obsèques nationales à l’église de la Madeleine, témoignage de la place immense qu’elle a occupée dans le paysage culturel français.