11 MAI

Isabelle BOGELOT (1832-1923)  Philanthrope – Politique – France

Orpheline très jeune, elle a consacré sa vie à la protection des femmes les plus marginalisées, en particulier celles sortant de prison ou vivant dans une grande précarité. En 1887, elle devient la directrice de l’Œuvre des Libérées de Saint-Lazare, une organisation révolutionnaire pour l’époque qui visait à réintégrer socialement les anciennes détenues par le travail et l’éducation. Son engagement dépasse rapidement les frontières françaises : elle cofonde le Conseil international des femmes à Washington, devenant une voix respectée sur la scène mondiale pour le droit des femmes à la dignité et à l’autonomie. Administratrice hors pair, elle a structuré l’assistance publique en prônant une approche humaniste plutôt que répressive face à la pauvreté. Elle a également joué un rôle clé dans la création du Conseil national des femmes françaises (CNFF), dont elle fut la présidente d’honneur, unissant les diverses branches du mouvement féministe de l’époque. Sa droiture et son sens de l’organisation lui ont permis d’obtenir la reconnaissance de l’État, faisant d’elle l’une des premières femmes à recevoir la Légion d’honneur pour son action sociale. Elle croyait fermement que l’émancipation des femmes passait par la solidarité active et la réforme des institutions caritatives. Son héritage se perpétue aujourd’hui à travers les structures modernes de réinsertion sociale qu’elle a contribué à inventer.

 

Lucie RANDOIN (1885-1960) Biologiste – France

Pionnière de la science de la nutrition, elle fut surnommée « la muse des vitamines ». Née Lucie Fandard dans le petit village de Bœurs-en-Othe, dans l’Yonne, normalienne de Sèvres, agrégée puis docteure ès sciences, elle consacre sa vie à une science alors balbutiante : comprendre ce que manger veut dire. Ses recherches sur les vitamines A, B, C et D — qu’elle étudie sous tous les angles, chimique, physiologique et biologique — établissent l’importance des équilibres alimentaires pour la santé. Directrice du laboratoire de physiologie de la recherche agronomique de 1924 à 1954, à la tête de l’Institut supérieur de l’alimentation à partir de 1942, elle guide les politiques nutritionnelles françaises jusque dans les années sombres du rationnement. En 1946, elle est élue à l’Académie de médecine — la deuxième femme de l’histoire à y siéger, après Marie Curie — et devient la première femme à enseigner à la faculté de médecine de Paris. Son autre grand legs date de 1951 : la première école de diététiciennes de France, qu’elle fonde et dirige, donnant naissance à un métier entier. Morte à Paris le 13 septembre 1960, longtemps tombée dans l’oubli, elle retrouve enfin les honneurs : son village natal la célèbre, et la Poste a émis un timbre à son effigie — hommage tardif à celle qui apprit aux Français à se nourrir.