11 OCTOBRE

Nicole GIRARD MANGIN (1878-1919)  Médecin – France

Elle fut l’unique femme médecin française mobilisée au front durant la Première Guerre mondiale, une situation née d’une incroyable erreur administrative. En août 1914, le ministère de la Guerre envoie une convocation au « Docteur Girard-Mangin », convaincu, au vu de son nom, qu’il s’agit d’un homme. Loin de signaler l’erreur, cette spécialiste de la tuberculose et du cancer répond à l’appel et se présente à la caserne, où elle stupéfie ses supérieurs. Malgré l’hostilité de la hiérarchie militaire qui tente initialement de l’évincer, elle s’impose par son professionnalisme et son courage exceptionnel dans des secteurs particulièrement exposés.Affectée à Verdun dès 1914, elle y soigne des milliers de blessés et de malades atteints de la typhoïde, opérant souvent sous les bombardements avec un calme qui finit par forcer le respect de ses confrères masculins. Elle est finalement nommée médecin-major de deuxième classe, recevant officiellement un grade d’officier, une première absolue pour une femme dans l’armée française de l’époque. En 1916, elle quitte le front pour diriger l’hôpital école Edith-Cavell à Paris, où elle forme des infirmières spécialisées. Malgré ses états de service héroïques, elle est démobilisée en 1919 sans aucune décoration officielle ni reconnaissance financière à la hauteur de son grade, l’administration refusant toujours d’intégrer pleinement les femmes. Épuisée physiquement et moralement par les horreurs du conflit et les deuils personnels, elle s’éteint la même année à seulement 40 ans. Elle est  une pionnière de la médecine de guerre.

Adela ZAMUDIO (1854-1928) Poétesse – Bolivie

Également romancière et pédagogue, pionnière du féminisme dans son pays — la Bolivie célèbre chaque année la Journée de la femme bolivienne le 11 octobre, jour anniversaire de sa naissance. Née à Cochabamba, elle ne connaît de l’école que le niveau primaire, le seul alors ouvert aux filles : tout le reste, elle l’apprend seule, dans les livres. Elle publie ses premiers vers à quinze ans sous le pseudonyme de « Soledad », et son poème le plus fameux, « Nacer hombre » (« Naître homme »), satire cinglante de l’inégalité entre les sexes, devient l’étendard de générations de Boliviennes. Institutrice, directrice de l’école publique de jeunes filles de Cochabamba de 1905 à 1920, elle défend l’école laïque contre l’influence de l’Église au prix de polémiques retentissantes, fonde en 1911 la première école de peinture pour femmes du pays, puis en 1916 le Liceo de Señoritas, qui porte aujourd’hui son nom. Son œuvre — poèmes, nouvelles et le roman « Íntimas » (1913) — dénonce sans relâche la condition faite aux femmes et l’hypocrisie sociale. En 1926, le président de la République la couronne solennellement comme la plus haute gloire poétique de la Bolivie, un honneur sans précédent pour une femme. Morte à Cochabamba le 2 juin 1928, elle demeure la mère des lettres féminines boliviennes — et c’est en son honneur que la présidente Lidia Gueiler fit du 11 octobre, en 1980, la fête nationale des femmes de Bolivie.

Henriette DELAMARRE DE MONCHAUX (1854-1911) Géologue – Paléontologue – France

Naturaliste, pionnière des sciences de la Terre, elle fait partie des 72 femmes scientifiques dont le nom sera inscrit sur la tour Eiffel. Née à Paris, petite-fille du général Lyautey et fille d’un peintre, elle épouse en 1875 le comte romain Pierre Lecointre — d’où le nom de « comtesse Lecointre » sous lequel la connaissent les sociétés savantes. Installée en Touraine, elle se prend de passion pour les faluns, ces dépôts marins fossilifères vieux de millions d’années qui affleurent dans la région : elle les fouille méthodiquement, constitue l’une des plus riches collections de fossiles du Miocène de son temps et correspond avec les grands savants d’Europe. Son ouvrage de référence, « Les Faluns de Touraine » (1908), met ses découvertes au service de la théorie de l’évolution — une position d’avant-garde. Les paléontologues lui rendront l’hommage suprême : trois espèces d’oursins fossiles portent son nom. Féministe convaincue, elle milite pour le droit de vote des femmes aux côtés d’Hubertine Auclert — que l’on retrouve d’ailleurs dans ce calendrier. Morte à Paris le 12 mai 1911, elle a transmis le flambeau : son fils Georges poursuivit ses recherches, et les collections familiales enrichissent aujourd’hui le musée de la Préhistoire du Grand-Pressigny.