10 OCTOBRE
Évelyne SULLEROT (1924-2017) Sociologue – France
Militante féministe dont l’action a profondément transformé la société civile et le droit des femmes au XXe siècle. Fille de l’astronome André Couder et issue d’une famille protestante engagée dans la Résistance, elle fonde en 1956, avec Marie-Andrée Lagroua Weill-Halle, le mouvement Maternité heureuse, qui deviendra en 1960 le Planning familial. À une époque où la loi de 1920 interdisait toute contraception et propagande anticonceptionnelle, elle a bravé les risques judiciaires pour offrir aux femmes le droit de disposer de leur corps. Chercheuse prolifique, elle a été une pionnière de la sociologie du travail féminin, publiant des ouvrages de référence comme Demain les femmes (1965). Elle a analysé avec précision les mutations de la main-d’œuvre et a plaidé pour une meilleure articulation entre vie professionnelle et vie familiale. Experte auprès de l’Union européenne et des Nations Unies, elle a également siégé au Conseil économique et social pendant plusieurs mandats.
Dans la seconde partie de sa carrière, elle s’est distinguée par une approche plus nuancée et parfois controversée, s’intéressant à la condition paternelle et dénonçant les déséquilibres juridiques subis par les pères après les divorces. Cofondatrice de l’association « SOS Papa », elle plaidait pour une coparentalité réelle, convaincue que l’égalité des sexes ne pouvait s’accomplir sans une redéfinition du rôle des hommes dans la sphère privée. Évelyne Sullerot reste une figure historique majeure, ayant su lier le combat politique pour la contraception à une analyse sociologique rigoureuse de la modernité.
Yvonne FOINANT (1892-1981) Industrielle – France
Incarnation même du leadership féminin industriel à une époque où le monde des affaires était exclusivement masculin. En 1928, à la suite du décès de son mari, cette femme prend les rênes de l’entreprise familiale de métallurgie, « Foinant et Fils ». Loin de se cantonner à un rôle de transition, elle modernise l’usine, gagne le respect de ses ouvriers et s’impose par sa rigueur technique dans le secteur très fermé de la forge. Sa légitimité est pourtant sans cesse contestée par ses pairs masculins. Face à ce plafond de verre, elle décide d’agir collectivement : en 1945, elle fonde l’association des Femmes Chefs d’Entreprises (FCE). Son objectif est clair : briser l’isolement des dirigeantes, défendre leurs droits et prouver qu’une femme possède autant d’audace et de compétences de gestion qu’un homme. Sous son impulsion, le mouvement s’internationalise rapidement, devenant une force économique majeure. Grâce à son opiniâtreté, Yvonne Foinant devient en 1947 la première femme élue à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, puis la première femme à siéger au Conseil économique et social. Reconnue pour son action visionnaire, elle est également nommée officier de la Légion d’honneur.

























