5 JANVIER
Nicole Reine LEPAUTE (1723-1788) Mathématicienne – France
Née Nicole-Reine Étable, est une brillante mathématicienne et astronome française du Siècle des Lumières. Fille de domestiques attachés à la famille princière qui occupe le Palais du Luxembourg, elle devient l’épouse du célèbre horloger du Roi, Jean-André Lepaute. Elle collabore d’abord activement aux travaux de son mari avant de se tourner vers l’astronomie de haut niveau. En 1757, elle est sollicitée par l’astronome Jérôme Lalande pour accomplir un exploit scientifique : calculer la trajectoire et prédire la date exacte du retour de la comète de Halley. Travaillant jour et nuit aux côtés du mathématicien Alexis Clairaut, elle intègre pour la première fois les perturbations gravitationnelles de Jupiter et de Saturne sur la comète. Leurs calculs s’avèrent d’une précision historique, marquant un triomphe pour la science newtonienne en France. Elle consacre ensuite sa vie à dresser des éphémérides astronomiques indispensables pour les marins, calculant notamment toutes les éclipses solaires et lunaires sur une période de trente ans. Reconnue par ses pairs à travers toute l’Europe pour sa rigueur monumentale, elle devient membre de la prestigieuse Académie des sciences de Béziers. En hommage à son immense contribution, l’astronome Lalande donnera son nom à l’hortensia (Hydrangea lepautia) qu’il venait de rapporter de Chine, et un cratère lunaire porte aujourd’hui son nom. Sa vie entière incarne l’excellence scientifique féminine à une époque où les femmes étaient exclues des institutions officielles.
Kathrine SWITZER (1947) Politique -États-Unis

Marathonienne, auteure et militante féministe, elle entre dans l’Histoire comme la première femme à avoir couru le marathon de Boston avec un dossard officiel. Étudiante en Journalisme à l’université de Syracuse, elle s’entraîne avec acharnement auprès de son coach Arnie Briggs, qui doute d’abord de la capacité physique d’une femme à endurer une telle distance. Déterminée à relever le défi, elle s’inscrit à l’édition de 1967 sous ses initiales « K. V. Switzer », contournant ainsi le règlement de la course qui, sans l’interdire explicitement, exclut de fait les femmes. Le 19 avril 1967, équipée du dossard 261, elle s’élance parmi les coureurs, mais sa présence déclenche rapidement la fureur des officiels au milieu du parcours. Le codirecteur de la course, Jock Semple, se précipite sur elle en pleine course et tente de lui arracher son dossard en hurlant : « Dégage de ma course et rends-moi ces numéros ! ». Son entraîneur et son compagnon de l’époque repoussent violemment l’agresseur, permettant à Kathrine de poursuivre sa course sous l’objectif des photographes de presse. Les clichés de cette agression font instantanément le tour du monde, symbolisant la violence du patriarcat face à l’émancipation sportive des femmes. Malgré la peur et la disqualification immédiate par la fédération, elle franchit la ligne d’arrivée après 4 heures et 20 minutes d’un effort historique. Cet événement agit comme un immense catalyseur : Kathrine Switzer consacre dès lors sa vie à militer pour l’ouverture des courses de fond aux femmes. Grâce à son combat acharné, le marathon de Boston s’ouvre officiellement aux coureuses en 1972, avant qu’elle ne remporte le marathon de New York en 1974. Elle joue également un rôle crucial dans l’intégration du marathon féminin aux Jeux olympiques, obtenue en 1984 à Los Angeles. En 2017, pour célébrer le 50e anniversaire de son exploit, elle court à nouveau le marathon de Boston à l’âge de 70 ans, arborant fièrement le dossard 261, définitivement retiré par l’organisation en son honneur.
Forough FARROKHZAD (1935-1967) Poétesse – Réalisatrice – Iran
Poétesse et cinéaste, elle est la voix la plus libre et la plus audacieuse de la poésie persane moderne. Née dans la famille nombreuse d’un colonel, mariée à seize ans, mère à dix-sept, divorcée à dix-neuf — et privée de son fils, blessure qui hantera toute son œuvre —, elle fait scandale en 1955 avec son premier recueil, « La Captive » : pour la première fois dans l’Iran moderne, une femme y dit à la première personne le désir, la révolte et l’enfermement. « Le Mur » puis « Rébellion » confirment le talent et le parfum de soufre. Passée au cinéma aux côtés d’Ebrahim Golestan, elle réalise en 1962 « La Maison est noire », documentaire bouleversant tourné dans une léproserie près de Tabriz : primé en Europe, il est considéré comme l’acte fondateur de la Nouvelle Vague iranienne — et elle en revient avec un fils, Hossein, l’enfant de deux lépreux qu’elle adopte. En 1964, « Une autre naissance » s’impose comme l’un des sommets de la poésie persane du XXe siècle. Elle meurt le 13 février 1967, à trente-deux ans, dans un accident de voiture à Téhéran, pleurée par tout un pays. Officiellement censurée en Iran après la Révolution, elle n’a jamais cessé d’y être lue, recopiée, récitée : pour des millions d’Iraniennes, Forough reste, par son prénom seul, le visage même de la liberté.
Photo : Ali Khadem, années 1960, Domaine public — Wikimedia Commons

























