25 DÉCEMBRE

Noëlla ROUGET (1919-2020)  Résistante – France

Née le jour de noël, d’où son prénom, cette jeune fille a 19 ans lorsqu’elle doit renoncer aux études de lettres quand l’occupant envahit la Loire. Engagée dans la diffusion de la presse clandestine, elle entre dans le réseau résistant Honneur et Patrie, d’obédience gaulliste. Elle tombe amoureuse d’ Adrien Tigeot, instituteur et  résistant comme elle. En juin 1943, les bans de leur mariage à peine publiés, les fiancés sont dénoncés et arrêtés. Adrien Tigeot fut torturé et fusillé dans les jours qui suivirent. Noëlla Peaudeau, est quant à elle déportée à Ravensbrück en 1944. Rentrée squelettique, tuberculeuse, elle a  résisté à l’enfer au même titre que Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion ou Denise Vernay. Elle aima à nouveau et devint Noëlla Rouget. Elle avait pour viatique la lettre que lui avait écrite Adrien Tigeot avant d’être fusillé : « Sois heureuse, très heureuse, fais-le pour moi ». En 1965, son acte de bravoure le plus singulier fut de solliciter la grâce de son propre bourreau, Jaques VASSEUR, refusant de céder à la vengeance. Ce membre de la Gestapo, responsable de 310 déportations et de 230 morts, de son arrestation, sa déportation et de la torture et la mort de son fiancé. Opposée à la peine capitale, contre l’esprit de vengeance, seule parmi 200 témoins, elle appela à commuer la peine de mort en peine de prison et sollicita le général de Gaulle. Lorsque la grâce présidentielle fut obtenue, elle écrivit régulièrement à Vasseur en prison, sans jamais obtenir de son bourreau le moindre signe de repentance. Cet acte de pardon, d’autant plus impressionnant qu’il se heurta à l’incompréhension hostile de ses contemporains et à l’impénitence du coupable, était la marque d’une immense générosité d’âme, d’un humanisme à toute épreuve.  Établie en Suisse après la guerre, elle est devenue une « passeuse de mémoire » infatigable, témoignant devant des milliers d’élèves dès 1980. Sa parole, empreinte de douceur et de fermeté, visait à prévenir le retour des idéologies totalitaires. Elle a reçu les plus hautes distinctions, dont la Grand-Croix de la Légion d’honneur, pour son courage et son œuvre éducative. Jusqu’à son centenaire, elle a plaidé pour la vigilance démocratique et la fraternité universelle.