21 MARS

Sophie BLANCHARD (1778-1819)  Aéronaute – France

Première professionnelle des airs, épouse d’un pionnier de l’air Jean-Pierre Blanchard, elle va surmonter sa nature timide pour braver le danger. Dès 1804, elle prend seule les commandes et après la mort de son mari en 1809, elle est nommée « Aéronaute des fêtes officielles » par Napoléon Ier, puis reconduite dans ses fonctions par Louis XVIII. Elle captive les foules européennes lors de dizaines de vols spectaculaires, souvent nocturnes, où elle tire des feux d’artifice depuis sa nacelle. Spécialiste des ballons à gaz à hydrogène, plus petits et plus maniables que les montgolfières, elle réalise des ascensions audacieuses à travers toute l’Europe, bravant le froid intense et franchissant parfois de grandes distances. Sa témérité légendaire inspire les plus grands écrivains de son époque, de Victor Hugo à Charles Dickens. Malheureusement, sa passion lui coûte la vie le 6 juillet 1919 lors d’un spectacle au jardin de Tivoli à Paris : un feu d’artifice embrase le gaz de son ballon, provoquant une chute tragique sur le toit d’une maison. Première femme à périr dans un accident aérien, elle laisse derrière elle l’image d’une pionnière absolue de la conquête du ciel. Elle a effectué 67 ascensions réussies et va être aussi la première femme à périr dans un accident aérien lorsque le ballon, d’où elle lançait des feux d’artifice et qui prit feu dans les airs au-dessus de Paris. Elle mène des expériences sur le parachute. Jules Verne fait référence à son histoire dans Cinq Semaines en Ballon (1863).

Gravure de Jules Porreau, 1859

Matilda Joslyn GAGE (1826-1898) Politique – États-Unis 

Née de parents abolitionnistes et dans une famille érudite, elle est initiée par son père médecin à l’anatomie. Militante féministe, abolitionniste et écrivaine, elle grandit au sein d’une famille engagée dont la maison servait de refuge pour les esclaves en fuite. En 1852, elle rejoint officiellement le mouvement pour le droit de vote des femmes en s’exprimant lors de la convention nationale de Syracuse. Très radicale pour son époque, elle cofonde la National Woman Suffrage Association (NWSA) aux côtés de Susan B. Anthony et Elizabeth Cady Stanton. Elle estimait que le droit de vote n’était qu’une étape et que la véritable égalité exigeait une refonte complète des institutions. Elle a fermement condamné l’Église chrétienne, qu’elle accusait d’avoir institutionnalisé l’infériorité des femmes au fil des siècles. Son ouvrage majeur, Woman, Church and State (1893), détaille cette critique systémique du patriarcat religieux et politique. Sensible à toutes les formes d’oppression, elle s’est aussi battue pour les droits des Amérindiens, notamment les Haudenosaunee (Iroquois). Impressionnée par leur structure sociale matriarcale, elle fut adoptée par le clan des Loups et reçut le nom de « Celle qui retient le ciel ». Plus tard, sa rupture avec les branches modérées du mouvement féministe, jugées trop conservatrices, a contribué à son invisibilisation historique. Ce n’est qu’en 1993 que l’historienne Margaret W. Rossiter a nommé « l’ effet Matilda » en son honneur. Ce concept scientifique désigne le déni récurrent et la spoliation des contributions des femmes chercheuses au profit de leurs collègues masculins. Gage reste aujourd’hui une pionnière intellectuelle majeure de la première vague féministe, dont la pensée globale intégrait déjà l’intersectionnalité des luttes.