12 OCTOBRE

Paulette NARDAL (1896-1985)  Femmes de lettres – Politique – France

Intellectuelle et journaliste de l’île de la Martinique, pionnière de la « conscience noire » et figure de proue méconnue du mouvement de la Négritude. Première étudiante noire inscrite à la Sorbonne, elle a fondé à Paris, avec ses sœurs, un salon littéraire influent où se croisaient les futurs grands penseurs comme Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. En 1931, elle cofonde La Revue du monde noir, une publication bilingue essentielle pour l’internationalisme noir et les échanges avec la Renaissance de Harlem. Son militantisme ne s’est pas limité aux lettres : de retour en Martinique après la guerre, elle a créé le Rassemblement féminin pour encourager les femmes à exercer leur nouveau droit de vote. Elle a également œuvré pour les Nations Unies, rédigeant des rapports cruciaux sur la situation politique des femmes aux Antilles. Malgré un handicap physique sévère suite au torpillage de son navire en 1939, elle a continué à promouvoir la culture et la musique, notamment via la chorale « Joie de chanter ». Longtemps restée dans l’ombre de ses homologues masculins, elle est aujourd’hui réhabilitée comme une théoricienne majeure de l’identité intersectionnelle. Son héritage intellectuel lie indéfectiblement la lutte contre le racisme à l’émancipation des femmes. Elle est aujourd’hui honorée par de nombreuses institutions pour avoir ouvert la voie à l’affirmation de la fierté noire francophone. Sa devise « Black is beautiful » résonne encore comme un témoignage de son avant-gardisme culturel.

https://www.fondation-giacometti.fr/fr/evenement/384/les-soeurs-paulette-et-jeanne-nardal-passeuses-du-monde-noir

Nísia FLORESTA (1810-1885) Écrivaine – Éducatrice – Brésil

Pionnière du féminisme en Amérique latine, elle est considérée comme la première féministe du Brésil. De son vrai nom Dionísia Gonçalves Pinto, née à Papari, dans le Rio Grande do Norte, mariée de force à treize ans, elle ose quitter son mari — un scandale inouï pour l’époque — et choisit elle-même le compagnon de sa vie. En 1832, à vingt-deux ans, elle publie « Direitos das mulheres e injustiça dos homens » (« Droits des femmes et injustice des hommes »), libre adaptation de Mary Wollstonecraft et tout premier livre consacré aux droits des femmes au Brésil : un texte fondateur pour tout le continent, signé du pseudonyme qu’elle rendra célèbre. Première Brésilienne à publier dans les grands journaux, elle fonde en 1838 à Rio de Janeiro le Colégio Augusto, école d’avant-garde où les filles apprennent les langues, les sciences et la littérature — et non plus seulement la broderie —, qu’elle dirige pendant dix-sept ans malgré les attaques de la presse conservatrice. Sa plume défend toutes les causes des opprimés : les femmes, mais aussi les peuples indigènes et les esclaves, comme dans son poème « A lágrima de um Caeté » (1849) ou son « Opúsculo humanitário » (1853). Installée en Europe, amie d’Auguste Comte dont elle suit les cours à Paris, elle meurt à Rouen le 24 avril 1885. Le Brésil ne l’a pas oubliée : depuis 1948, sa ville natale porte fièrement le nom de Nísia Floresta.

Photo : Gravure de « Mulheres illustres do Brazil », 1889, Domaine public — Wikimedia Commons