27 AVRIL

Claudine GUÉRIN de TENCIN (1682-1749) Femme de lettres – France

Elle compte parmi les salonnières les plus célèbres et influentes du XVIIIe siècle. Placée très jeune au couvent par sa famille, elle réussit à faire annuler ses vœux religieux pour mener à Paris une vie d’une liberté exceptionnelle pour son époque. Dotée d’une intelligence politique rare et d’un esprit redoutable, elle ouvre un salon littéraire et philosophique qui devient le cœur battant des Lumières, fréquenté par les plus grands esprits du temps comme Montesquieu, Fontenelle, Marivaux ou Helvétius. Femme d’influence dans l’ombre du pouvoir sous la Régence et le règne de Louis XV, elle utilise ses réseaux pour favoriser la carrière de son frère, le cardinal de Tencin, et naviguer au centre des intrigues de la cour. Parallèlement à sa vie publique intense, elle s’impose comme une romancière de premier plan, publiant anonymement des œuvres à succès comme Mémoires du comte de Comminge (1735) ou Le Siège de Calais (1739), des récits historiques novateurs qui préfigurent le roman sensible et psychologique moderne. Également célèbre pour sa vie romanesque et pour être la mère biologique — bien qu’elle l’ait abandonné devant l’église Saint Jean le Rond— du grand mathématicien et encyclopédiste Jean Le Rond d’Alembert, Madame de Tencin est une personnalité incontournable de l’émancipation intellectuelle féminine qui a su transformer son salon en un véritable laboratoire d’idées politiques et philosophiques qui ébranlèrent l’Ancien Régime. Sa nièce, Louise-Françoise-Alexandrine Guérin de Tencin, marquise de La Tour-du-Pin-Montauban, inspira Choderlos de Laclos lorsqu’il créera le personnage de Mme de Merteuil dans Les liaisons dangereuses.

 

SÉVERINE (1855-1929)  Journaliste – France

Née Caroline Rémy à Paris, Séverine est l’une des premières journalistes professionnelles et compte parmi les personnalités incontournables du féminisme et du syndicalisme. Issue d’une famille bourgeoise, sa vie bascule lorsqu’elle rencontre l’écrivain et journaliste insurgé Jules Vallès en 1879. Elle devient sa secrétaire, sa collaboratrice et sa plus proche disciple, l’aidant à relancer le célèbre journal d’opposition Le Cri du Peuple. À la mort de Vallès en 1885, elle prend courageusement la direction du journal, devenant la première femme à diriger un grand quotidien politique. Surnommée « la frondeuse », elle impose un style unique : le journalisme de terrain, n’hésitant pas à descendre au fond d’une mine après une catastrophe pour témoigner. Humaniste révoltée, elle met sa plume incisive au service des opprimés, des ouvriers en grève, des pauvres et de la cause des femmes. En 1897, elle participe activement à la création de La Fronde, le tout premier quotidien entièrement conçu, rédigé et administré par des femmes. Lors de l’affaire Dreyfus, elle s’engage avec une ferveur absolue aux côtés de Zola pour défendre l’innocence du capitaine. Militante infatigable, elle réclame le droit de vote des femmes, l’accès à toutes les professions et le droit à l’avortement. Pacifiste convaincue, elle s’oppose à la Première Guerre mondiale et soutient la révolution russe de 1917 avant d’adhérer brièvement au Parti communiste. Elle quitte le Parti par fidélité à ses valeurs de liberté, refusant de sacrifier son indépendance d’esprit aux dogmes politiques. Séverine s’éteint en avril 1929 à Pierrefonds, saluée par une foule immense d’ouvriers et d’intellectuels venus honorer « Notre-Dame de la Larme ».

Portrait d’Auguste RENOIR 1885

A VOIR : https://reseaumaisonsecrivain-hdf.fr/severine-une-journaliste-engagee-attachee-a-pierrefonds/

Mary WOLLSTONECRAFT  (1759 -1797)  Femme de Lettres – Grande Bretagne

Philosophe et traductrice, considérée comme l’une des théoriciennes fondatrices du féminisme occidental. Issue d’une famille ruinée par un père violent, elle fait l’expérience précoce de la précarité et cherche très tôt son indépendance économique, devenant demoiselle de compagnie, institutrice, puis directrice d’école. Déterminée à vivre de sa plume, une ambition alors marginale pour une femme, elle s’installe à Londres en 1787 et devient traductrice et critique littéraire pour l’éditeur progressiste Joseph Johnson. Son existence est bouleversée par la Révolution française, un élan de liberté dont elle prend ardemment la défense en publiant dès 1790 la Défense des droits des hommes. Son chef-d’œuvre philosophique paraît en 1792 : Défense des droits de la femme (A Vindication of the Rights of Woman), un traité d’une audace conceptuelle révolutionnaire pour l’Europe des Lumières. Dans cet ouvrage majeur, elle soutient avec force que l’apparente infériorité intellectuelle des femmes n’est pas biologique, mais découle uniquement du manque d’éducation stricte qui leur est imposé. Elle exige que les femmes soient traitées comme des êtres rationnels à part entière et prône un système éducatif national mixte pour leur permettre d’accéder à l’autonomie citoyenne. En décembre 1792, elle s’installe seule à Paris pour observer de près la Terreur, un séjour durant lequel elle vit une liaison passionnée mais destructrice avec l’aventurier américain Gilbert Imlay, dont naît sa première fille, Fanny. De retour en Angleterre, après avoir surmonté plusieurs tentatives de suicide liées à cet abandon, elle trouve l’apaisement auprès du philosophe anarchiste William Godwin, qu’elle épouse en 1797. Le 30 août de la même année, elle donne naissance à sa seconde fille, Mary (la future Mary Shelley, auteure de Frankenstein), mais contracte une fièvre puerpérale lors de la délivrance. Morte précocement à l’âge de 38 ans, cette visionnaire est considérée pour beaucoup comme étant la mère du Féminisme.